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Du web immersif à la réalité mixte

Une réflexion de fond sur l’innovation en 2024

Oubliez les univers virtuels et le web immersif, l’avenir est la réalité mixte ! Il y a déjà quelques mois, j’ai invité Stéphane Boukris, multientrepreneur talentueux pour me parler de son livre le petit métavers chez Dunod, sorti en 2023. Nous avons déjà évoqué ici que le « métavers » n’était pas mort, sauf peut-être dans la forme rêvée par Meta il y a quelques années. Cette interview fut l’occasion de creuser ce sujet avec Stéphane, de se pencher sur ce qui a marché, ce qui n’a pas marché et pourquoi. Et surtout d’évoquer la réalité mixte, une nouvelle façon d’aborder les univers virtuels. À moins que ce ne soit que la manière de faire réussir des projets antérieurement avortés, comme celui des lunettes connectées des années 2010. Une réflexion de fond sur l’innovation, au-delà du métavers, qui nous permet de bien débuter l’année 2024, que nous vous souhaitons bonne et heureuse.

Oubliez le web immersif et passez à la réalité mixte

Réalité mixte
Stéphane Boukris, multientrepreneur et auteur d’un livre chez Dunod sur le métavers, nous incite à nous intéresser à la réalité mixte – photographie Yann Gourvennec vismktg.info/studio

Que peux-tu dire à ces entrepreneurs qui veulent se repérer dans cet environnement digital où ils ne comprennent plus rien.

Stéphane Boukris. Les entrepreneurs, à mon avis, doivent se poser surtout la question de savoir quel est leur besoin. Un entrepreneur voit des problèmes et essahttps://visionarymarketing.com/wp-admin/admin.php?page=wpstg_cloneie d’y apporter des solutions. Excelsior, la dernière entreprise que j’ai montée était dans le service. Elle proposait des experts du numérique aux professionnels. On ne révolutionnait pas le monde, mais on fournissait quelque chose d’utile à tous ceux qui prenaient le pli du digital et de l’innovation. Et ça fonctionnait très bien.

Pour le métavers, je comprends qu’ils ne voient pas toujours ce que c’est. C’est quelque chose qui bouge très vite. Le livre a été écrit il y a quasiment un an et les choses ont bougé depuis. Aujourd’hui, beaucoup de gens me disent que la bulle du métavers a éclaté et que le soufflé est retombé. Il faut pourtant se dire qu’il y a 80 % des jeunes qui jouent aux jeux vidéo chaque jour, qui vivent dans les univers virtuels, qui y font des rencontres, qui commercent dans les univers virtuels. Donc, est-ce que le métavers est mort ? Peut-être sous la forme voulue par Meta, mais pas définitivement quoiqu’il arrive. Il a encore de beaux jours devant lui.

Si j’ai une usine qui vend des lavabos, faut-il que je fasse du métavers ?

Ralité mixte
Du métavers … à la réalité mixte.

SB. Oui, mais pas pour vendre des lavabos ! C’est qu’il y a très peu de cas d’usages qui fonctionnent aujourd’hui dans le métavers. Il y a énormément de professionnels qui s’adressent beaucoup à des DSI et ils nous demandent « Est-ce que je peux faire de l’intégration de CRM d’ERP ? » Absolument pas ! Est-ce qu’on va pouvoir être des milliards à se fréquenter dans les métavers ? Non, ça ne marchera pas. Par contre, il y a un cas d’usage qui fonctionne extrêmement bien. C’est celui des ressources humaines. J’entends par là :

  1. recruter, faire passer des entretiens. Tu gommes le sujet de la discrimination grâce aux avatars.
  2. Tu as le sujet de la formation. Au travers des escape games.
  3. Tu as le sujet de l' »onboarding ».
  4. Enfin, il y a le paradoxe de l’hybride. C’est le fait qu’on veut toujours plus de télétravail, mais qu’on réclame quand même plus de lien social. C’est bien se trouver dans l’Ariège par exemple, mais si tu es tout seul, les autres vont te manquer et tu vas manquer aux autres. Il y a une destruction du lien social. Le métavers peut répondre à ce problème. Ce n’est pas *la* solution, c’est *une* solution.

Si on travaille dans un environnement qui est proche où la gamification peut jouer un rôle, est-ce qu’il faut s’intéresser au métavers ?

SB. Bien sûr, puisqu’on apprend beaucoup mieux et beaucoup plus vite en jouant et à travers ce genre d’immersions. On a vu des campagnes de Meta qui disaient « Vous pouvez faire ceci et cela grâce au métavers », mais il est encore assez difficile de se projeter. Cependant, pour l’apprentissage, cela parle à tout le monde. Si je te parle de la lune ou si je te fais marcher sur la lune, tu n’auras pas la même expérience et tu n’auras pas le même apprentissage. Dans certains cas, le métavers est extrêmement pertinent.

Qu’en est-il des casques virtuels ? Est-ce que l’expérience utilisateur est meilleure qu’aux débuts, vers 2015 2016 ?

SB. C’est très cher, le Quest 2 coûte plusieurs centaines d’euros, même si Meta l’a mis en vente à prix coûtant pour susciter une intégration massive. Mais avec le Google Cardboard, il y a quatre ou cinq ans, pour 2,70 €, tu recevais ton bout de carton où tu mettais ton téléphone pour assister au concert de Paul McCartney au Japon. Et ça, c’est exceptionnel. C’est ça, la réalité immersive. Quand tu n’as pas les moyens d’aller voir Paul McCartney au Japon, ou que tu es en mobilité réduite, il est fantastique de penser que juste en mettant un truc sur tes yeux, tu peux vivre cette réalité.

Qu’est-ce qui va sortir dans le web immersif qui va pouvoir me parler et qui est moins ésotérique que le gaming ?

SB. Pour que tout ça fonctionne, en fait, il faut qu’il y ait du trafic et de l’audience. La déception qu’on peut constater aujourd’hui par rapport à l’année dernière, c’est qu’il n’y a pas encore le trafic. C’est clair qu’on n’a pas envie d’aller dans une boîte de nuit où il n’y a personne. Pourquoi ChatGPT a-t-il eu une adoption massive ? Des millions de personnes se le sont approprié en l’espace de quelques jours grâce au bouche-à-oreille. Pour le métavers, l’adoption n’a pas encore eu lieu malheureusement. Tant que les terminaux ne sont pas accessibles, les gens ne passeront pas plus de temps dans le virtuel. Et pourtant il y a des choses intéressantes, comme les retours haptiques, le fait de pouvoir vivre des sensations. Mais cela finira par arriver.

Nous pensons web immersif, Google et Apple pensent réalité mixte

Quand on parle d’innovation, on pense tout de suite aux casques et à la réalité immersive. Mais Google et Apple ne voient pas cela sous cet angle, mais comme de la réalité mixte (MR ou Mixed Reality). C’est l’idée de Google Glass, qui n’a pas trop marché il y a quelques années, et le fait qu’on puisse intégrer des éléments dans notre réalité. On est en train de faire cette interview et si quelqu’un qui devait être là ne le peut pas, on met nos lunettes, des lunettes traditionnelles, donc on n’est pas perturbé. Et cette personne est intégrée dans la réalité.

C’est la vidéo qu’avait mise Mark Zuckerberg au début de ce buzz sur le métavers. Et en cela, cette approche est intéressante, car c’est moins coûteux, moins fatigant, et ça résout pas mal de problèmes. Aujourd’hui, il y a un grand nombre d’expériences dans Paris et ailleurs. Il existe le Bal de Paris, l’horizon de Kheops à l’Institut du monde arabe. Ce sont des expériences extraordinaires. On s’y croit vraiment. Par contre, on ne te laisse pas repartir dans la rue tout de suite. Pourquoi ? Parce que finalement, c’est tellement immersif que quand tu l’enlèves, il faut trois quarts d’heure à une heure pour arriver à te remettre les idées en place. Si tu traverses la rue juste après, il risque de t’arriver des bricoles.

Pour rigoler, tapez sur YouTube : « On a passé une semaine dans le métavers… ». Les gens finissent toujours par vomir à la fin de la première journée, ce n’est pas tenable. Le matériel n’est pas encore adapté aujourd’hui pour vivre dans une réalité virtuelle.

L’avenir à la réalité mixte ?

SB. D’où la réalité mixe ! Donc de véritables lunettes avec des adjonctions d’éléments virtuels et pas un monde uniquement virtuel. Dans la culture populaire, que ce soit Ready Player One, Snow Crash, le livre qui a inspiré le métavers, ou Matrix, ce ne sont que des dystopies. On y met un casque pour s’échapper d’une réalité qui est très sombre. Le monde en 2024 n’est pas parfait, mais la réalité reste plutôt belle.

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Yann Gourvennec
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Yann Gourvennec

Yann Gourvennec created visionarymarketing.com in 1996. He is a speaker and author of 6 books. In 2014 he went from intrapreneur to entrepreneur, when he created his digital marketing agency. ———————————————————— Yann Gourvennec a créé visionarymarketing.com en 1996. Il est conférencier et auteur de 6 livres. En 2014, il est passé d'intrapreneur à entrepreneur en créant son agence de marketing numérique. More »

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