Résistance au changement : impression ou réalité ?

La résistance au changement est au menu de ce nouveau post toujours dédié à la conduite du changement, tel que je l’annonçais dans un précédent article publié à l’occasion de la sortie du dernier livre de Philippe Silberzahn. Ce billet complète donc une série dédiée à la transformation et au changement. Ici je me suis posé la question de savoir si la résistance au changement était une réalité, ou une fiction, et pourquoi. Mais d’abord, pourquoi ce poser cette question ?

De la résistance au changement

Il y a peu je parlai, avec une amie, des difficultés rencontrées sur le terrain à chaque fois que l’on met en place un changement. J’aurais pu aussi bien prendre un exemple dans la vie de tous les jours, ce n’est pas le stock qui manque ici.

résistance au changement
la résistance au changement n’est pas qu’une vue de l’esprit. Elle est bien réelle – peinture murale Paris 13 – antimuseum.com

Quiconque a mis en place des systèmes d’information, exemple plus facile à analyser car moins idéologique, sait plus ou moins intuitivement, que le projet à peine révélé, il va se heurter dans un délai court ou long à un refus de changer. Que le projet soit un changement pour le mieux ou non. Cela n’a en fait aucune importance, on va le voir. Son objet et sa justification importent peu.

Résistance au changement : impression ou certitude ?

Mais une impression ne fait pas une certitude, et cette amie me renvoya à la figure : « la conduite du changement, ça n’existe pas ! Ce qui existe ce sont les mauvais managers qui n’arrivent pas à faire passer leurs idées ».

La remarque m’a interpellé car on la rencontre souvent, y compris quand elle est relayée par certains consultants. Il n’y aurait pas de résistance au changement, la bienveillance règnerait. D’autres et non des moindres — c’est le cas de ce commentaire sur un tweet de Didier Pawlak — expliquent que ce qui provoquerait la résistance au changement serait le changement lui-même.

Je dois avouer que je ne comprends pas bien l’humour, j’ai toujours ce problème avec les histoires drôles dont il faut qu’on m’explique la chute, car en fait c’est justement le noeud du problème. La résistance au changement arrive naturellement par le changement. C’est une tautologie bien moins stupide qu’il y paraît.

résistance au changement

Sans changement, pas de résistance, c’est la routine. Et si certains individus, plutôt rares on le verra dans le billet ci-dessous et dans le livre de Lahey et Kegan (« Immunity to change » – l’immunité au changement – 2009), s’ennuient profondément lorsque la routine s’installe, la majorité cherche à préserver ses habitudes, probablement car nous devons être programmés pour cela

Nos cerveaux sont faits pour les routines

Je recherche encore une émission de France Culture où cela était expliqué. Selon la théorie de la sociologue, nos cerveaux aiment la répétition, par exemple les lignes mélodiques simples et répétitives sont plus aimées que les longues symphonies de Schumann, dont les lignes mélodiques sont d’une complexité inouïe, ce qui les rend difficile à suivre).

Le public adore Le « Boléro », par exemple, alors que son auteur l’abhorrait car c’était pour lui presque un exercice de style sinon une plaisanterie. la « Valse » ou le sublime concerto en sol sont moins populaires.

« Si le Boléro assura à Maurice Ravel un succès planétaire, le compositeur ne manquait pas de railler sa composition. Alors qu’une personne aurait crié “Au fou !” le soir de la création, le compositeur aurait murmuré “Celle-là, elle a compris ” ». [France Musique]

Prenons une anecdote récente et même postérieure à cet article, elle est donc vraiment fraîche. Nous préparions un projet de monétisation pour un site Web qui fait une très belle audience. Hélas, ses sources de revenus se tarissent depuis longtemps (je reste vague à dessein). Le projet de changement est crucial. A moyen ou long terme, il s’agit d’une question de survie.

Or, comme nous l’a dit M. Pouyané et cet article, les organisations ne changent que sous la menace de survie. En fait non. C’est ce que démontrent Lahey et Kegan. Même menacés de mort certaine, les individus résistent au changement. Atteints de maladies incurables, sûrs de leur fin s’ils ne changent pas leurs habitudes, la pression pour adapter leur mode de vie devrait aller de soi, et pourtant pas plus de 30% environ de la population, dans ces conditions extrêmes, agiront selon la logique.

resistance au changement
Patrick Pouyané de Total lors d’une conférence. La survie serait selon lui l’élément déclencheur du changement. Mais la réalité scientifique exprimée par Lahey et Kegan nous renseigne bien différemment sur ce point.

Il en est de même pour notre site Web. Les règles de l’attrition sont là. Les exemples de mort certaine dans ce secteur sont légion. Et pourtant, malgré l’impérieuse nécessité de trouver un remède, les bonnes vieilles résistances au changement arrivent naturellement.

J’ai peur que …

« Jai peur que … » est l’expression qui démarre souvent les phrases, les bras sont croisés en signe de barrière (« vous ne passerez pas »), « nous avons déjà fait ça », « ça ne marchera pas… » etc. etc. sont les expressions qui accueillent le médecin aux bras chargés de remèdes.

Car le remède est encore possible. Mais l’habitude est tenace. Même dans une petite entité. Surtout dans une petite entité, car les raisons supplémentaires pour ne rien faire sont encore plus nombreuses — malgré la vulgate — que dans les grandes. Moins de temps, moins de moyens, souvent un décideur unique et tout puissant (dont une raison de plus pour attendre que tout vienne d’en haut), etc.

Je vous invite donc à creuser ce point dans ce billet que j’ai écrit pour le compte du cabinet Axys Consultants pour lequel nous avons travaillé cette année.

D’une part les explications sur l’existence, bien réelle de la résistance au changement, et d’autre part quelques tentatives pour expliquer pourquoi cette résistance au changement existe :

Pourquoi y a-t-il résistance au changement ? sur le blog d’Axys Consultants

Changer est un défi, mais pourquoi y-a-t-il une résistance au changement ? Il y a peu, j’expliquais pourquoi et comment la notion de transformation est différente de la notion de changement. Pour simplifier, il a expliqué entre autre chose que la transformation était bien plus ardue qu’une « simple » conduite du changement.

Dans ce contexte, « simple » est une figure de rhétorique, et il ne faudrait pas en tirer la conclusion hâtive que réaliser une conduite de changement est quelque chose de facile. En fait, tout changement (et a fortiori toute transformation) est un sujet complexe qui mérite qu’on s’y attarde un peu.

Voyons ici, ce qui est véritablement la conduite du changement et pourquoi il y a tant de malentendus autour de cette discipline. Ici je me suis borné à lire un livre (« Immunity to change » — de Lisa Laskow Lahey et Robert Kegan — 700 pages quand-même) et à me poser deux questions :

  1. Est-il vrai, au-delà des impressions, que la résistance au changement est omniprésente ?
  2. Quelles sont les raisons qui expliquent cette résistance, au-delà aussi des poncifs sur le management et en allant chercher dans la recherche en psychologie ?

[click_to_tweet tweet= »« Plus ça change, plus c’est la même chose » Alphonse Karr » quote= »« Plus ça change, plus c’est la même chose » Alphonse Karr » theme= »style3″]

Inutile de nier le changement, il est même la seule chose qui ne changera jamaisLe changement on l’a vu dans l’article précédent, à la différence de la transformation, consiste à évoluer d’un état connu à un nouvel état connu.

Cela ne veut en aucun cas dire que la conduite du changement est un exercice facile. Rien ne serait plus faux.Lors d’une discussion avec une amie, nous parlions de changement et de la difficulté de faire évoluer les choses sur le terrain.

Quiconque a innové, ou tenté d’innover, sait qu’à un moment de son projet ou un autre, plus souvent tôt que tard, il ou elle rencontrera une forte résistance au changement qu’il lui faudra surmonter.

Source : Pourquoi y a-t-il résistance au changement ? « Axys Consultants

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Yann Gourvennec

PDG & fondateur chez Visionary Marketing
Yann Gourvennec a créé le site visionarymarketing.com en 1996. Il est intervenant et auteur de 4 ouvrages édités chez Kawa. En 2014 il est devenu entrepreneur, en créant son agence de marketing digital Visionary Marketing.
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