De l’éthique des TIC et des TOCs avec @CaroleBlancot de SpotPink

TICLes pros des TIC, et notamment nos amis et confrères marketeurs, ne brillent pas toujours par leur sens de l’éthique. C’est un fait que depuis un an, beaucoup de bruit est fait dans la Silicon Valley non pas de Facebook, mais contre Facebook. Des pros  de la tech dans la vallée n’hésitent pas à retirer leurs enfants de certaines écoles où les ordinateurs seraient … trop présents, et un groupe d’anciens des fleurons de la technologie californienne ont créé une association « Center for Humane Tech » (ou centre pour une technologie [plus] humaine). De ce côté de l’Atlantique aussi, nous avons des spécialistes de la déconnexion. Et il fait bon les écouter et diffuser leurs messages de bon sens. C’est pour cela que j’ai invité Carole Blancot, fondatrice de l’agence de communication digitale SpotPink en 2011 Carole vient  publier un nouveau guide sur les technologies de l’information et la communication (TIC) intitulé, éthique et TOCs. Je lui ai posé quelques questions hier matin. 

A propos du dossier Ethique des TIC et TOCs (Troubles Obsessionnels compulsifs)

Ce guide s’inscrit dans le cadre de ma pratique qui est axée depuis maintenant plus de quatre ans sur les impacts et risques que représentent l’usage des TIC (Technologies de l’Information et de la communication) dans la sphère personnelle et professionnelle sur la santé psychologique et physiologique des utilisateurs.

En fait ce guide le fruit d’un travail conjoint avec une stagiaire psychologue. Pour nous cela a été un moyen de restituer notre travail d’analyse de l’état actuel de la recherche scientifique dans ce domaine. En fait c’est un exercice de vulgarisation que nous espérons intelligente qui vise à faire prendre conscience aux individus aux entreprises aux pouvoirs publics des enjeux en termes de santé publique.

Ethique des TIC et Tocs : le guide de SpotPink
En matière d’usage des TIC il est recommandé de se modérer … sans oublier les enfants

Pourquoi faire un guide comme celui là ? Y-a-t-il  urgence à alerter sur la sur utilisation des TIC ? Est-ce que c’est quelque chose de français ou international ?

Je pense qu’il y a un facteur culturel qui entre en jeu mais en tout cas l’intérêt qu’on porte aux usages des technologies de l’information et de la communication est très similaire dans tous les pays.

On a de plus en plus maintenant de recherches scientifiques qui sont menées et ce qu’on n’avait pas en tête il y a quelques années on commence à disposer d’un certain recul. Pour ce qui concerne la France on sait que 72% des Français pensent qu’il serait bénéfique pour leur santé de limiter les usages numériques.

Toutefois ils ne savent pas réellement comment faire et ne connaissent pas précisément les bienfaits potentiels d’une régulation des pratiques numériques. On voit bien qu’il y a cette nécessité d’informer et de sensibiliser les individus d’alerter ces personnes et puis les entreprises, c’est à dire à la fois les employeurs les managers et les professionnels RH ainsi que les pouvoirs publics, car encore une fois nous considérons qu’il y a là un enjeu de santé publique.

TIC et TOCs un guide publié par Carole Blancot qui a répondu à nos questions
TIC et TOCs un guide publié par Carole Blancot qui a répondu à nos questions

Cette sur utilisation est-elle le fait de l’utilisateur ou le fait de son patron ? Des fois on entend des choses un peu surprenantes où on forcerait les utilisateurs à utiliser les outils et à répondre aux e-mails la nuit par exemple. Est ce que c’est véritablement quelque chose qu’on rencontre sur le terrain ?

On appelle ça l’hyper connectivité et elle peut être plus ou moins volontaire ou plus ou moins consciente.

Elle peut relever à la fois d’une pression exercée sous la forme d’un travail à rendre avec des délais qui sont de plus en plus courts, une pression du temps qui s’exerce de plus en plus sur les personnes mais cela peut aussi relever de la sphère personnelle.

En fait, cette hyper connectivité va potentiellement créer du techno stress qui à son tour peut engendrer des troubles du sommeil, de l’anxiété, une insuffisance de repos du corps et de l’esprit ainsi qu’un mauvais équilibre entre la vie personnelle et la vie professionnelle.

Mais surtout, une faculté de performance cognitive diminuée en raison de ce que l'ère numérique nous a amené : le multitâche.Click to Tweet

Les interruptions multiples du fait d’une utilisation excessive des technologies de l’information et de la communication peuvent également être à l’origine d’une mauvaise hygiène de vie avec des troubles de l’alimentation du sommeil et des troubles de la libido qui à leur tour vont avoir des répercussions sur la vie personnelle, la vie de couple et le niveau de bien être de l’individu.

Quels sont les risques induits par la sur utilisation des TIC

C’est le premier risque de l’hyper connectivité avec son cortège de symptômes fâcheux pour l’individu et son bien être. Et puis on parle de plus en plus maintenant de l’hypersensibilité aux ondes électromagnétiques de haute fréquence et cette hypersensibilité qui a été catégorisé par l’OMS en 2015 toucherait entre 5 et 10% de la population.

C’est plus dans le registre physiologique que psychologique cela a été prouvé. Pendant longtemps on a suspecté des choses mais sans être capable de prouver quoi que ce soit.

Il y a toujours des détracteurs qui vous diront que les ondes électromagnétiques de toute façon, on doit faire avec et que notre corps sert de temps d’antenne à ces ondes, mais certaines personnes ont de plus en plus de mal à vivre correctement en raison des répercussions que cela a sur leur physiologie.

Il n’en demeure pas moins que ces personnes qui souffrent du syndrome d’intolérance aux champs électromagnétiques sont contraints aujourd’hui de changer complètement de mode de vie d’habitudes et de s’isoler pour se mettre à l’abri de ces ondes de leurs effets sur leur santé par rapport à ces risques liés à la sur utilisation de conseils.

Vaut-il mieux légiférer (il existe une loi sur le droit à la déconnexion en France) ou éduquer ?

En fait légiférer ne suffit pas. J’ai envie de vous dire qu’il faut les deux. Mais force est de constater que les technologies et les usages évoluent plus vite que les textes de lois et qu’en plus ces textes de loi ne sont pas systématiquement mis en application.

Si on prend l’exemple d’Hadopi version 3, actuellement il coûte 1 milliard d’euros par an et n’a rapporté qu’une seule condamnation d’un montant de 300 euros je vous laisse faire le calcul.

Et puis le deuxième exemple c’est qu’en dépit de l’interdiction qui figurait dans le code de la sécurité routière, il y a encore 38% des automobilistes qui continuent aujourd’hui d’utiliser leur téléphone au volant avec son kit mains libres, qui d’ailleurs est interdit depuis 2015.

Donc pour répondre à votre question légiférer est un premier pas mais ça ne peut pas suffire. Et sur les 30 000 accords d’entreprise qui ont été signés depuis le 1er septembre 2017 dans les grands groupes, il y en a 26 qui contiennent le mot clé déconnexion dans le titre.

Donc effectivement 26 accords d’entreprise aujourd’hui publiés tandis qu’il y en avait moins d’une dizaine avant l’entrée en vigueur du droit à la déconnexion apportée par la loi Travail Article 55.

Les choses vont-elles s’améliorer ou au contraire les abus des TIC de la part des utilisateurs et des employeurs vont-ils continuer à se développer ?

Je ne lis pas dans l’avenir donc je peux difficilement répondre avec certitude à cette question maintenant.

Trois psychologues de l’université de Pennsylvanie ont publié les résultats de leur études une semaine avant la sortie de notre guide le 10 novembre 2018. Ils ont démontré que limiter son utilisation de Facebook, Snapchat et Instagram à 30 minutes par jour permet notablement d’améliorer le bien-être des individus des individus en diminuant le sentiment de solitude et les symptômes dépressifs.

Afin de tenter d’intégrer les résultats de ce type d’étude on va pouvoir davantage sensibiliser les personnes sur ce qu’il est conseillé et déconseillé de faire pour se prémunir des risques sur leur santé.

Une autre étude a révélé que 67 pour cent des Français se déclarent dépendants des outils numériques. Il faudrait davantage d’études longitudinales pour mesurer si en 2019 et en 2020 il y a une diminution ou une augmentation du niveau de dépendance des Français numérique.

Si on observe une diminution, c’est que les mesures de sensibilisation et autres mesures de formation et information équipements mises en place auront été efficaces.

Dossier TIC et TOCs

 

De l’éthique des TIC et des TOCs avec @CaroleBlancot de SpotPink was last modified: décembre 26th, 2018 by Yann Gourvennec
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Yann Gourvennec

PDG & fondateur chez Visionary Marketing
Yann Gourvennec a créé le site visionarymarketing.com en 1996. Il est intervenant et auteur de 4 ouvrages édités chez Kawa. En 2014 il est devenu entrepreneur, en créant son agence de marketing digital Visionary Marketing.
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