Économie de partage en B2B : un marché de plusieurs trillions de dollars

Économie de partage, économie circulaire, économie collaborative offrent des perspectives très enthousiasmantes en marketing du B2B nous explique Navi Radjou dans une interview vidéo réalisée dans le studio de Visionary Marketing. Et nous saurons gré à Navi de nous redonner de l’espoir dans un monde un peu gris pour ne pas dire désespérant. Grâce à son inépuisable optimisme, nous savons maintenant que chacun d’entre nous, en business to business comme dans nos vies de consommateurs, peut innover dans le bien commun, tout en participant à la création d’un marché de plusieurs trillions** de dollars US.

Économie de partage en B2B : un marché de plusieurs trillions de dollars

Les six niveaux du partage en B2B ou partage interentreprises selon Navi Radjou — Terra Nova – 2021

S’il y a au moins une bonne nouvelle en 2022, c’est celle du retour de notre ami et confrère Navi Radjou sur le sol national. Nous avons cruellement besoin de son enthousiasme pour faire face à toutes les difficultés socio-économiques du moment, continuer à entreprendre, innover et penser au bien commun.

On connaît son engagement depuis de nombreuses années pour l’innovation Jugaad (ou frugale), cet esprit de la débrouille créative inspirée de l’Inde. Un besoin bien présent dans cette économie où il va falloir nolens volens apprendre à faire plus avec moins.

économie du partage en B2B
Navi Radjou a rendu visite à Visionary Marketing récemment et il nous a détaillé son travail sur l’économie du partage en B2B

La nouvelle aventure de l’économie du partage en B2B

Dans le même esprit, le B2B va aussi s’embarquer dans une nouvelle aventure, celle de l’économie du partage, à la manière de ce qui s’est passé avec Uber et consorts, mais de manière plus éthique et surtout, avec un impact bien supérieur et durable.

Navi a publié fin 2021 un rapport avec le Think Tank Terra Nova sur le partage B2B. Celui-ci démontre que, de la même façon qu’après la crise de 2008 nous avons assisté à l’essor de l’économie du partage avec Blablacar ou Uber, la crise actuelle va propulser l’émergence d’une nouvelle économie de partage, mais cette fois-ci dans le B2B.

Émergence du partage B2B, ou partage interentreprises

Nous ne cesserons de nous faire les avocats du B2B, qui constitue, faut-il encore le rappeler, l’essentiel de l’économie. Pour l’économie du partage, il en va de même.

Le marché de l’économie collaborative entre consommateurs est estimé à 335 milliards de dollars d’ici 2025, selon le cabinet de consulting PwC détaille Navi. Il estime celui de l’économie du partage en B2B à plusieurs trillions** de dollars.

Economie du partage
L’économie du partage est un marché gigantesque dont le B2B est la locomotive

Le modèle de maturité de l’économie du partage en B2B selon Navi Radjou

Navi évoque trois motivations pour les entreprises à développer le partage B2B :

  • La première motivation est économique. Avec la crise actuelle, les entreprises cherchent à mutualiser un partage de ressources pour pouvoir mieux les rentabiliser ;
  • La deuxième motivation est sociale. Ce partage permet notamment aux entreprises de recruter des personnes en difficulté pour les insérer dans leur chaîne de valeur de partage de ressources ;
  • La troisième motivation est écologique. Partager des ressources, les réutiliser, permet d’en fabriquer de nouvelles, que ce soit des équipements, des pièces détachées, etc. C’est ce qu’on appelle l’économie circulaire.

Une économie de partage qui concerne tous les acteurs B2B

Le secteur industriel a été le premier secteur à adopter le partage B2B, mais il peut être pratiqué quasiment par tous les secteurs d’activité et par toutes tailles d’entreprises.

Navi souligne par exemple l’apparition de distributeurs utilisant le partage avec les pop-up shops, qui permettent de promouvoir des marques.

Le partage peut concerner également des bureaux. 60 % des bureaux à New York sont vides. Des entreprises de services peuvent rentabiliser leurs bureaux vides en les partageant.

Un modèle de maturité qui vient de l’informatique, avec six niveaux d’excellence

Navi nous partage son modèle de maturité, une feuille de route avec six niveaux d’excellence dans le domaine du partage B2B :

  1. Le partage des déchets ;
  2. Le partage des actifs industriels ;
  3. Le partage des employés ;
  4. Le partage du pouvoir d’achat ;
  5. Le partage des clients ;
  6. Et le partage de la propriété intellectuelle.

1er niveau : le partage des déchets

Les entreprises peuvent commencer à partager leurs déchets de façon non compétitive, c’est ce qu’on appelle l’économie circulaire.

Navi cite un exemple au Danemark d’une douzaine d’entreprises co-localisées partageant leurs déchets, leurs ressources et leur énergie. Ainsi rien ne se perd, tout se transforme.

2e niveau : le partage des actifs physiques

Le deuxième niveau est le partage des actifs physiques, qui peuvent être des espaces physiques, des usines, des véhicules, des entrepôts.

En France, la plateforme SpaceFill permet aux grands groupes de rentabiliser les entrepôts vides en les louant à d’autres entreprises, mais aussi à des entrepreneurs issus du monde du e-commerce qui ont besoin d’espaces de stockage par exemple en période de Noël.

économie du partage en B2B
Le Think Tank Terra Nova avec lequel Navi a publié son livre blanc sur l’économie de partage en B2B

3e niveau : le partage du pouvoir d’achat

Le troisième niveau est le partage de pouvoir d’achat, ou la mutualisation de pouvoir d’achat. Celui-ci s’effectue déjà dans le monde de la distribution, mais uniquement pour obtenir des gains de coûts.

Un exemple de partage de pouvoir d’achat très inspirant est aux États-Unis : 1400 hôpitaux se sont regroupés pour créer une association à but non lucratif où le pouvoir d’achat est mutualiste afin de produire leurs propres médicaments génériques. Ils ont produit plus de 50 médicaments génériques qui ont sauvé ou soutenu la vie de 223 millions de patients aux États-Unis.

4e niveau : le partage de talents et de compétences

Le quatrième niveau est le partage d’employés. Des plateformes françaises comme Masolutionemploi, Mobiliwork ou Pilgreem permettent aux employeurs de prêter temporairement leurs salariés à d’autres employeurs.

Économie du partage en B2B
Pilgreem est une plateforme de partage de main-d’œuvre. Comme souvent en économie, au moment où un blocage se crée, comme dans les recrutements en ce moment, se créent des solutions de contournement.

Un industriel qui fait face à des difficultés financières peut ainsi temporairement prêter ses salariés à une autre entreprise qui elle, est en croissance.

L’association bretonne Vénétis recrute des experts en CDI et les partage sur la base de projets entre ses 360 entreprises membres, remplaçant ainsi les emplois précaires à temps partiel par des emplois sûrs à temps partagé. Vénétis permet à des PME ou des ETI d’avoir accès par exemple à des compétences avancées, liées à l’Intelligence artificielle ou au marketing Web, pour lesquelles elles ne pourraient pas se permettre de recruter quelqu’un à temps plein.

5e niveau : le partage des clients

Le niveau 5, le client partagé, est un sujet beaucoup plus controversé, et pourtant, les possibilités sont nombreuses.

McKinsey annonce pour 2025 l’émergence d’écosystèmes numériques intersectoriels. Les frontières entre industries vont s’estomper. De plus en plus de solutions, dans des secteurs liés à la mobilité ou la santé, vont être transversales.

Ces solutions doivent donc être mises en place de façon conjuguée par des acteurs issus de plusieurs secteurs.

Les revenus générés par ces écosystèmes intersectoriels sont estimés à 60 000 milliards de dollars en 2025, soit un tiers des revenus totaux des grands groupes mondiaux.

Par exemple, Orange, Kingfisher, Carrefour, Legrand, La Poste, SEB et Pernod-Ricard – sept grandes entreprises issues de sept secteurs d’activité totalement différents – ont créé InHome, un incubateur d’innovation interprofessionnel dirigé par InProcess, une société de conseil en innovation.

InHome travaille sur les valeurs et les besoins l’habitat de 2025-2030, puis comment intégrer leurs compétences respectives pour créer une solution de bout en bout pour y répondre.

6e et dernier niveau : le partage de la propriété intellectuelle

La propriété intellectuelle est le dernier niveau de partage.

Danone par exemple a partagé en open source plusieurs milliers de souches de ferments lactiques. Des chercheurs et des scientifiques du monde entier peuvent ainsi utiliser ces souches pour développer des solutions pour combattre la malnutrition et augmenter l’accès à des aliments sains, répondant aux objectifs de développement durable des Nations-Unies.

Le fabricant de jeans Lévi-Strauss a développé 21 technologies pour réduire la consommation d’eau jusqu’à 96 % pour la production des vêtements.

Après avoir utilisé avec succès ces technologies dans leur propre chaîne de valeur, ces entreprises les ont rendues accessibles à leurs concurrents.

Ce partage permet d’augmenter la performance environnementale de l’ensemble de leur industrie. C’est une forme de partage de propriété intellectuelle qui vise à augmenter la performance écologique de tout un secteur.

Comment faire demain pour développer ce partage B2B ?

La première chose à faire par les entreprises pour promouvoir le partage B2B est d’identifier quelles sont les ressources les moins rentabilisées, les moins utilisées. Il peut s’agir de ressources physiques ou de ressources intangibles.

Elles doivent ensuite identifier un ou deux partenaires de confiance avec lesquels commencer à échanger, mutualiser, partager, des déchets, des actifs industriels, etc. Elles doivent apprendre à bâtir la confiance avec les partenaires avec lesquels elles veulent partager.

Afin de tester le partage d’employés, une entreprise à Boston a permis à ses designers industriels d’aller travailler dans une autre entreprise tous les vendredis.

C’est le concept d’innovation ouverte. L’employé s’enrichit de nouvelles perspectives issues d’autres secteurs. Et quand il revient dans son entreprise, il apporte ses nouvelles connaissances qui aident aussi à valoriser son travail au quotidien.

Télécharger le livre blanc sur la révolution du partage en B2B

Télécharger le rapport : LA RÉVOLUTION DU PARTAGE B2B par Navi Radjou

Un marché tellement énorme qu’on n’en parle jamais

Une chose est frappante, c’est l’énormité des chiffres et des opportunités associées au business to business. Or, si le B2B représente la majeure partie de l’économie, pourquoi en parle-t-on si peu ?

« La valeur économique des transactions B2B est en effet 5 à 10 fois supérieure à celle des activités B2C », nous explique Navi. Ce marché s’élève à des trillions de dollars.

La valeur économique des transactions B2B et de 5 à 10 fois supérieure à celle des activités B2C

Le partage B2B qui va se développer d’ici 5 à 10 ans représentera un volume de 3 à 10 trillions de dollars selon lui.

Il y a donc ici une énorme opportunité. Parce qu’en termes d’efficience, si on cherche effectivement à optimiser les interactions B2B, il y a encore énormément à faire. Et c’est là que le partage B2B peut effectivement, selon Navi, être à l’origine de l’âge d’or de l’informatique.

Le partage B2B peut être à l’origine de l’âge d’or de l’informatique

Finalement, on va voir l’émergence des marketplaces dont on parlait à la fin des années 90. Des plateformes d’échange B2B simplement optimisées aujourd’hui grâce aux deux grandes technologies que sont l’intelligence artificielle et l’Internet des Objets (IoT), qui vont permettre de booster les interactions numériques entre acteurs B2B.

Comme souvent en innovation, le grand public a les yeux rivés sur des gadgets et passe à côté de véritables révolutions, comme cette révolution silencieuse de l’économie du partage en B2B.

** note importante : il s’agit ici de trillions américains et non de trillions français, donc de trillions de ce que l’on appelle « l’échelle courte », la nomenclature usitée dans les ouvrages de vulgarisation américains. Celle-ci correspond à 1 millier de milliards (1012 soit 1 000 000 000 000 ) et non à 1 milliard de milliards (1018 ou 1 000 000 000 000 000 000) pour les trillions français traditionnellement utilisé dans l’échelle longue). Pour en savoir plus.

 

Yann Gourvennec
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