Transformation digitale

Une journée dans la vie d’une cheffe de projet SIG

Visionary Marketing s’est entretenu avec Catherine Crook, responsable senior du programme SIG chez Hexvarium, pour discuter de l’utilisation des systèmes d’information géographiques (SIG) et de leur impact, entre autres, sur les réseaux de communication. Nous évoquons avec elle ses tâches quotidiennes en tant que responsable de programme. Les logiciels SIG sont utilisés pour le tracking mais aussi pour le suivi du changement climatique. Notre interlocutrice nous offre ici une vision très détaillée de l’avenir du SIG en tant qu’outil de suivi automatisé.

Une journée dans la vie d’une cheffe de programme SIG

SIG
Visionary Marketing a voulu en savoir plus sur le métier de cheffe de projet SIG. Nous avons demandé à Catherine Crook de nous parler de son expérience – image produite avec Midjourney et Photoshop.

Quelles sont les tâches d’une responsable de programme SIG ?

Hexvarium est une start-up qui déploie des SIG sur des réseaux à haut débit (broadband). En tant que gestionnaire de programme, mon travail consiste à assurer l’interface avec les clients. Je gère une équipe d’analystes qui doit livrer des applications. Je dois également m’assurer que notre équipe de développement a bien pris en compte toutes les demandes des clients. Comme il s’agit d’une nouvelle façon de voir et de naviguer dans l’espace, beaucoup de clients découvrent ce type d’applications.

Je consacre la majeure partie de mon temps à la formation et à m’assurer que tous les composants sont à leur place. Le but de mon travail est de faire le lien. Je dois m’assurer que lorsque nous déployons quelque chose, tout le monde comprend ce qui a justifié nos choix.

Quelles sont les compétences utiles dans le cadre de votre travail ?

Les choses ont beaucoup changé au cours de ma carrière. Mon travail consiste désormais à mettre en œuvre des systèmes SIG. J’ai surtout travaillé en tant qu’analyste SIG, mais mes compétences tournent avant tout autour de la chefferie de projet.

Dans une start-up, le suivi de projet est assez souvent négligé. J’ai donc mis en place un suivi des tâches, des plateformes et un système de ticketing sur JIRA. Tout cela est maintenant en place et nous sommes en mesure de retracer nos actions. Nous pouvons comparer la situation d’aujourd’hui à celle d’il y a six mois, et à celle de la semaine dernière. Cela nous aide à gérer les changements à venir. La compréhension de l’espace SIG est ma compétence principale. Mais la gestion de projet reste la compétence la plus importante dans les premières étapes d’une start-up.

Quel logiciel utilisez-vous pour suivre vos projets ?

Auparavant, j’ai créé mon propre système de suivi de projet. J’ai codé et créé mon propre système dans SharePoint. Il s’agissait d’un système de suivi dans lequel, si quelqu’un désirait une nouvelle fonctionnalité, il l’envoyait sous forme de ticket. Nous la déployions une fois qu’elle était validée, selon des critères précis. Dans le monde des start-ups, SharePoint n’est pas la norme. J’ai donc mis au point un système de suivi de projet et des demandes d’évolution, au travers d’un espace partagé Slack. C’est comme si nous construisions l’avion tout en le pilotant.

Quand le temps me le permet, je travaille sur la documentation de suivi. La situation est bien meilleure qu’il y a six mois. Nous pouvons désormais saisir les demandes et comprendre la situation de manière bien plus précise qu’auparavant. Mais il faudra encore un an ou deux pour que notre système de ticketing soit complètement normalisé.

GIS program manager
Catherine Crook est cheffe de programme SIG chez Hexvarium, un fournisseur de services qui utilise sa propre data science pour identifier, fournir et connecter avec précision des réseaux dans toutes les zones géographiques – image par Hexvarium

Impact des SIG sur le déploiement des réseaux de communication FTTH ?

Les réseaux haut débit sont considérés comme un nouveau service public. Si vous n’avez pas d’électricité ou d’eau, votre vie quotidienne est impactée. Si vous n’avez pas le haut débit, on ne considère pas vraiment que cela est le cas. Mais les choses changent. Par exemple, c’est grâce à ces réseaux que je peux vous parler alors que vous êtes en France. Nous sommes devenus très dépendants du haut débit. Le SIG est utile pour suivre, analyser le déploiement et l’empreinte physique de la fibre FTTH.

Dans le même ordre d’idées, le SIG joue un rôle sans cesse plus important pour les États qui veulent savoir à qui attribuer leurs subventions. Le SIG leur permet d’examiner les zones et leurs populations. Nous sommes capables d’analyser plus de 200 jeux de données afin de déterminer les zones blanches et celles à faible débit. C’est un défi aux États-Unis et au Canada où la population est très dense. Nous avons rencontré les représentants du ministère de l’Infrastructure de l’Ontario lors d’une conférence. Ils nous ont confié : « Nous ne savons pas où se trouvent ces zones blanches et nous avons besoin d’aide pour les trouver ». Le SIG permet justement de cartographier ces infrastructures.

SIG
Nous avons demandé à Midjourney d’imaginer Paris comme s’il était un chef de projet SIG et voici ce que cet outil nous a proposé

SIG et changement climatique

Le SIG est une base de données d’informations. Actuellement, nous ne faisons qu’effleurer la surface des SIG et la façon dont ils peuvent aider à résoudre les problèmes climatiques. Nous avons collecté de nombreux ensembles de données différents, tels que les températures et les tempêtes. Nous étudions le niveau des mers et nous disposons de données bathymétriques. C’est-à-dire les données liées à la topographie du fond de l’océan. Ceci nous permet d’analyser les changements qui s’y produisent. De nombreux professionnels pourraient ainsi utiliser ces données de manière plus prédictive et comparer les événements historiques à la situation actuelle.

Parfois, nous sommes submergés par la quantité de données, et il nous est impossible de tout examiner. Un jour, un de mes étudiants a étudié les effets du déplacement de l’eau et des débris dans le golfe du Mexique. Il a utilisé le LIDAR, c’est-à-dire l’imagerie sensorielle de la Terre, et cela a donné des résultats stupéfiants. Il s’agit d’une imagerie sensorielle de la surface de la Terre qui lui a permis d’effectuer une analyse et de nous informer sur le nombre de débris qu’un ouragan avait extraits de l’océan et déposés sur la terre ferme. Lors d’une réunion, j’ai aussi entendu qu’un SIG avait été utilisé après le passage de l’ouragan Katrina par la FEMA, l’Agence Fédérale de Gestion des Urgences américaine.

Comment avez-vous commencé à travailler sur des SIG ?

Il est rare de voir des étudiants qui rêvent de devenir expert SIG. Pour ma part, je voulais faire de l’épidémiologie, l’étude des virus. Malheureusement, je ne pouvais pas m’absenter de la maison pour la durée nécessaire à une carrière en épidémiologie. En 2001, l’un de mes professeurs m’a dit qu’il existait une technologie émergente appelée SIG et que si je réussissais mes examens, il m’emmènerait au Costa Rica pour cartographier la forêt tropicale.

Le récepteur GPS Trimble qu’il m’a donné est un appareil qui établit une connexion par satellite, repère votre position et, lorsque vous vous déplacez, dépose des points sur votre passage afin de tracer des lignes. Une fois que j’avais collecté les données, je devais les transformer et les rendre visibles sur l’écran. Plus tard, je suis allée à l’université de l’état de Washington et j’ai passé une certification. J’ai fini par être passionnée par cette technologie, car elle me permettait de collecter mes propres données et de les rendre visibles. Et comme à l’époque j’étais titulaire d’une licence en sciences de l’environnement, je pouvais travailler dans ce domaine en collectant et en déployant moi-même les données.

Recherche d’un emploi en tant que gestionnaire de programme SIG

Il était très difficile de trouver un emploi dans ce domaine à cette époque, car personne ne comprenait ce qu’était un SIG. J’ai donc rédigé mon CV et des lettres de motivation. J’ai envoyé sept de ces lettres à des collectivités locales. Une réponse m’est parvenue d’une petite ville située dans le massif du mont Rainier, Eatonville, dans l’état de Washington. Sa population étant de 3 000 habitants, son objectif était d’étendre ses limites. Dans le même temps, il s’agissait aussi d’examiner ses infrastructures en vue d’obtenir des subventions. À partir de là, j’ai commencé à travailler en tant qu’analyste SIG I, puis analyste II. Et j’ai poursuivi jusqu’à ce que je devienne superviseur, puis directeur, et ainsi de suite.

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Chef de projet SIG : un métier qui fait voyager — une journée à Paris — photo antimiuseum.com

Quelle évolution possible pour ces systèmes ?

J’ai participé à une réunion l’année dernière et à un atelier dirigé par le Dr Michael Goodchild. C’est lui qui a poussé les SIG dans le monde universitaire. Je lui ai dit que j’étais presque gênée d’avouer à la personne qui a presque tout créé dans ce domaine que les choses n’étaient plus ce qu’elles étaient. Dire que les SIG ne sont que des systèmes d’information géographiques, ne rendrait pas service à notre champ d’études. Désormais, ils sont combinés à la data science. Toutes les données satellitaires sont intégrées. Nous disposons toujours d’un point GPS rattaché à notre personne, au travers de notre téléphone. Nous pouvons suivre les gens, connaître leurs données, mais aussi leurs mouvements, leur localisation et leurs actions. Il s’agit essentiellement d’un espace de suivi automatisé.

Je lui ai dit enfin que pour moi les SIG devraient changer de nom afin que nous puissions mieux les commercialiser. Il s’est montré très intéressé et a posé beaucoup de bonnes questions sur la manière d’intéresser les lycéens aux SIG.

Le problème que nous rencontrons est que cette accumulation de données peut vite devenir excessive et nous avons besoin de plus de professionnels dans ce domaine pour mieux les exploiter. Beaucoup de mes étudiants à l’université de Seattle me disent : « Je suis ici, car la présence est obligatoire ».

Mais une fois qu’ils ont entamé leur apprentissage, ils se rendent compte qu’ils ont un rôle à jouer. Malheureusement, les jeunes générations ne savent pas forcément qu’elles sont déjà l’objet de ce domaine d’études. Je pense donc que dans les cinq ans qui viennent, nous devrons faire évoluer les mentalités et faire en sorte que la compréhension de ce domaine soit meilleure.

Yann Gourvennec
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Yann Gourvennec

Yann Gourvennec created visionarymarketing.com in 1996. He is a speaker and author of 6 books. In 2014 he went from intrapreneur to entrepreneur, when he created his digital marketing agency. ———————————————————— Yann Gourvennec a créé visionarymarketing.com en 1996. Il est conférencier et auteur de 6 livres. En 2014, il est passé d'intrapreneur à entrepreneur en créant son agence de marketing numérique. More »

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