Fake News : vraie information sur les fausses nouvelles

En cherchant des informations sur Duckduckgo, je suis tombé sur une liste de billets que j’avais écrits pour CBS News il y a dix ans. Le premier article de cette liste a attiré mon attention car son sujet semble très actuel. Il a suscité d’autres réflexions sur les fausses nouvelles (Fake News) et m’a conduit à un autre article décrivant ce qu’est réellement une fausse nouvelle.

Fausses nouvelles : ne croyez pas tout ce que vous lisez en ligne

Fake News
Éclairons un peu vos lanternes avec de vraies infos sur les fausses nouvelles (Fake News)

Il était intitulé « Ne croyez pas tout ce que vous lisez en ligne ». Je ne suis pas sûr du « en ligne ». Beaucoup d’absurdités ont été écrites sur du papier et même probablement sur des tablettes d’argile. Nous le saurions si seulement nous en avions trouvé plus.

En l’occurrence, j’analysais un rapport sur les connaissances informatiques des adolescents et sur la manière dont ce rapport avait été mal traité par le Guardian, une publication par ailleurs vénérée.

Dix ans plus tard, il est difficile de tomber sur quelqu’un sans qu’il ne parle de « Fausses nouvelles ». Pour la plupart des gens, les Fake news sont cette mystérieuse diffusion de fausses informations sur les médias sociaux (autrefois admirés, maintenant la cible des enquêtes antitrust et des critiques ).

Les Fausses nouvelles ne sont pas si faciles à fabriquer

Pourtant, les fausses nouvelles ne sont pas si faciles à fabriquer. Voici ce qu’en dit le Center for Information Technology & Society de Santa Barbara, Ca*.

  • Premièrement, ce n’est pas nouveau (d’où ma remarque sur la tablette d’argile) mais les médias sociaux (nous y revoilà) permettent de les diffuser plus facilement et plus rapidement
  • Deuxièmement, le public, comme pour tout média, qu’il soit vrai ou faux, est essentiel : « ceux qui exploitent de faux sites d’information veulent attirer le plus grand nombre possible de visiteurs sur leur site ». Cela a un coût, tout le monde ne peut pas se constituer une audience. Gardez cela à l’esprit.
  • Selon le CITS, il existe deux types de faux sites d’information : les sites idéologiques et ceux qui veulent simplement cliquer sur leurs liens (je ne sais pas trop comment cette deuxième catégorie s’inscrit dans l’ensemble des faux sites d’information, tout cela ressemble plus à du link-baiting pour moi).

Cela dit, voici ce qu’il faut pour construire un faux site d’information, attendez, ce n’est pas facile et ce n’est pas donné non plus :

  1. Vous devrez d’abord créer un site web, le remplir de contenu et lui trouver un nom de domaine crédible afin que les gens le prennent pour un véritable site d’information. Ce dernier point n’est pas facile. Les trois exemples (www.newshound.com, www.patriotnews.co, or www.nbcnews9.netfournis par le CITS ont déjà disparu. Soit ils ont été poursuivis en justice, soit ils se sont purement et simplement volatilisés.
  2. Deuxièmement, vous devrez voler du contenu. C’est beaucoup plus facile à faire. Beaucoup de mes étudiants ont fait preuve d’une grande perspicacité dans ce domaine. Beaucoup ont cependant été pris en flagrant délit. « Les propriétaires de faux sites d’information vont sur des sites de satire comme The Onion ou Clickhole, copient et affichent à nouveau le contenu sur leurs propres sites, en essayant de faire passer ces informations pour des faits » nous dit le CITS. Cela semble facile, mais copier du contenu de manière intelligente nécessite des connaissances si l’on ne veut pas se faire prendre (comme mes élèves 😉 )
  3. Troisième étape, c’est-à-dire en supposant que vous ayez géré les étapes un et deux, la monétisation. Comme nous le faisons pour certains sites web de médias, je peux vous assurer que c’est tout sauf facile. Vous devez vous constituer un lectorat important, le maintenir dans le temps, et cela a un coût : ajouter du contenu régulièrement, le mettre à jour, travailler avec votre public, capter son attention, etc. En outre, les gadgets de marketing d’affiliation qui étaient faciles et bon marché dans les années 1990 ont été remplacés par des solutions plus haut de gamme. Ce n’est pas la fin du monde, mais tout le monde ne peut pas le faire correctement et cela demande du temps, des ressources et de l’argent.
  4. Amplifier les messages via les médias sociaux. Cela aussi, nous le savons, est tout sauf facile, avec les algorithmes des plate-formes et des règles de plus en plus strictes. Encore une fois, pas aussi facile qu’avant.
  5. La répétition est la cinquième étape. Comme tout marketing de bouche à oreille (avec de bonnes ou de mauvaises intentions), il nécessite du temps et des efforts. Une fois de plus, il faut du temps, des ressources et de l’argent.

En conclusion, les « Fake News » ne sont pas de tout repos. Elles exigent beaucoup de connaissances. Cela signifie que Monsieur tout le monde ne peut pas aller en ligne et créer un faux site d’information en quelques secondes. Cela demande beaucoup d’efforts et, éventuellement, le soutien d’une organisation ou d’un pays disposant de beaucoup d’argent, ou même d’un groupe de théoriciens du complot.

Il s’agit donc là d’un travail de désinformation et de propagande, comme savent le faire les propagandistes du monde entier depuis la nuit des temps. Les plus habiles et machiavéliques d’entre eux ont très bien réussi sans l’Internet, mais s’ils avaient eu Twitter à leur disposition, nul doute qu’ils en auraient fait « bon » usage.

Dernier point, il est possible aussi de crier aux Fake News en critiquant les vraies nouvelles qui ne vous sont pas favorables, c’est une vieille astuce de propagandiste, remise au goût du jour via les médias sociaux, mais dont ces derniers ne sont aucunement responsables.

En résumé, Les fausses nouvelles mettent du temps à se construire, elles mettent aussi du temps à être détectées. Ne croyez pas tout ce que vous lisez (en ligne). Par ailleurs, cessez de blâmer les médias sociaux, ce ne sont que des outils. Le meilleur rampart contre la propagande est le regard critique d’une part, et le bulletin de vote d’autre part. A vous de jouer !

CBS News
my column on CBS News in 2009

Ne croyez pas tout ce que vous lisez en ligne

J’ai réfléchi à la façon dont les mauvaises informations peuvent se propager à l’échelle mondiale grâce à Internet. Le rapport de Morgan Stanley de juillet 2009, « Media & Internet : How Teenagers Consume Media », est l’un des exemples les plus frappants de circulation instantanée de l’information dans le monde.

Ce rapport a été rédigé par Matthew Robson, stagiaire de 15 ans. En un clin d’œil, ses réflexions sur la façon dont ses pairs utilisaient le Web étaient sur toutes les lèvres (ou sur tous les bureaux) et largement utilisées comme une représentation parfaite de l’utilisation des médias et du Net par la génération Y.

Le fait qu’une enquête auprès d’une personne puisse sembler représentative d’une population de 60 millions de personnes en dit long sur la façon dont les adultes, et non les adolescents, consomment les médias.

Source : Ne croyez pas tout ce que vous lisez en ligne – CBS News

Yann Gourvennec
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