Comment le Covid-19 a mis une société de tourisme en faillite sauf si vous l’aidez

Le Covid-19 tue, et pas uniquement des malades de ce syndrome respiratoire. Il met aussi des sociétés de tourisme en faillite. Thibaut m’a contacté la semaine dernière et j’ai été ému par cette histoire racontée avec beaucoup d’ingénuité.

Faillite et Covid-19 font hélas bon ménage

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Thibaut Pakiry est basé à Lisbonne et nous raconte son aventure entrepreneuriale. Hélas Covid-19 et faillite sont passés par là.

Emu d’abord par le beau succès de ce travail qu’on sent réalisé par un passionné. Emu au point de faire ce que je ne fais jamais, c’est-à-dire de lui mettre des liens et vous inciter à aller voir ses sites sur lesquels vous trouverez de nombreux témoignages de clients.

Emu aussi car il n’a rien demandé. Dans ces circonstances, les banques peuvent parfois aider, mais ce n’est pas garanti. [MAJ du 21/04/20] Il y a aussi la solidarité et comme Thibaut a mis en place une cagnotte en ligne, je la place ici avec plaisir, car il positive et est déjà prêt à repartir.

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Vous pouvez soutenir Thibaut en faisant une donation en ligne

En attendant, si vous voulez l’aider, vous pouvez le contacter en lui écrivant à bonjourrome « at » gmail « point » com

En attendant lisez son histoire, elle est celle de beaucoup d’entrepreneurs qui serrent les dents.

Covid-19 : La faillite d’une entreprise dans le domaine du tourisme

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Thibaut Pakiry  à Lisbonne, le 29 mai 2019 photo ©Enric Vives-Rubio

Je vais vous raconter comment mon entreprise touristique est passée du succès à la faillite en quelques semaines seulement.

Comment un business correct et stable me rapportant un bénéfice net de plus de 4 000 € par mois a-t-il pu faillir ?

Comment une entreprise qui fonctionne dans le monde du tourisme et du voyage avec un concept efficace a-t-elle pu faire faillite à cause d’une erreur stratégique ? Je vous explique tout dans cet article.

Malheureusement, je ne pense pas être la seule entreprise dans cette situation dans le secteur du voyage. En effet, beaucoup d’autres entreprises ne survivront pas à la crise actuelle.

Si j’avais été prévenu qu’un tel scénario était possible ne serait-ce qu’un mois avant, je pense que je n’y aurais pas cru.

Mais il est temps de vous expliquer ce qui s’est passé pour mon entreprise.

Lisbonne, l’épicentre du projet

En 2015, je décide de m’occuper du tourisme dans la ville de Lisbonne en lançant mon premier blog. En effet, je vis sur place depuis 2012 et faire découvrir Lisbonne est une joie toujours renouvelée.

Ville de cœur, le lieu a totalement changé ma vie. J’y ai aussi rencontré de nombreuses personnes, dont la plus merveilleuse d’entre elles qui m’a donné deux magnifiques enfants et m’a permis de vivre de ma passion.

Un beau matin, je lance donc le blog bonjourlisbonne.fr. Mon objectif ? Offrir mes conseils aux gens et leur donner les bonnes adresses et bons plans pour visiter au mieux la capitale portugaise.

Le blog a rapidement connu le succès. La première année, celui-ci cumulait déjà plus de 60 000 visiteurs.

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À la vue de ce succès, je me décide à ouvrir mon entreprise. Pour m’aider dans mes démarches comptables et administratives, j’engage un comptable franco-portugais. Ensemble, nous nous lançons dans le tourisme en ligne.

Fort de cette audience, je commence à démarcher de nombreux établissements en leur proposant une affiliation et des partenariats. Je cible tout ce qui pouvait intéresser les voyageurs. Des restaurants, des bars, des entreprises de transports, des hôtels, et des sites de ventes de billets et pass en ligne.

L’entraide s’installe

Tout le domaine du tourisme connaît maintenant mon activité et l’entraide s’installe entre mes services et les leurs. Je profite également du temps qu’il me reste pour proposer mes propres visites guidées privées.

J’ai rapidement pu commencer à engager des personnes pour m’aider dans la tenue du site. La rédaction de contenu, la gestion des nouveaux partenariats, la gestion des visites et des réseaux sociaux, la machine était parfaite.

La plupart de mes nouveaux collaborateurs étaient freelances. Tous rémunérés à l’heure, au projet ou encore au résultat. C’était ce qu’il y avait de plus simple et de plus logique à mettre en place.

De mon côté, je travaille énormément sur le référencement, la communication, et je m’affaire à développer le nombre de personnes conscientes de l’existence de mon site. Et ce travail donne de très bons résultats.

De plus, Lisbonne devient une ville tendance. À vrai dire, c’est LA ville à visiter en Europe. Mon trafic annuel explose !

De 60 000 visiteurs, je passe la barre des 650 000 visiteurs uniques cette année-là. La consécration pour mes efforts.

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Avec le succès de ce blog, j’arrive à passer le solde du compte de l’entreprise en positif. En 2017, je compte en moyenne 3 000 € par mois de revenus. Le tout en à peine 2 ans.

Bien sûr, il y a des mois plus forts que d’autres, mais aussi des mois plus creux. Avril, mai, juillet, août et octobre sont favorables à mon activité.

Dans le secteur du tourisme, les revenus varient énormément suivant les mois de l’année et les périodes de vacances.

À cet instant, je suis extrêmement satisfait de mon travail et de mon équipe. Les visiteurs sont heureux et tout va très bien.

La suite logique : développer Porto et Barcelone

En 2017, suite au succès fulgurant de bonjour Lisbonne, je lance deux nouveaux blogs : bonjourporto.fr et bonjourbarcelone.fr.

J’adore ces deux villes. Je les ai déjà visitées de nombreuses fois. Je veux répéter le même succès qu’avec Lisbonne.

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Le Covid-19 a mis à l’épreuve les plus conquérants des entrepreneurs comme Thibaut Pakiry

Ici, je prends le problème sous un autre angle. Comme je connais peu ces deux villes, j’engage de nombreuses personnes pour m’aider dans mon entreprise.

De plus, n’étant pas sur place, l’activité touristique était bien plus difficile à gérer. Heureusement, je peux compter sur ma nouvelle petite équipe et sur mes efforts quotidiens.

Après 2 ans de travail régulier, le succès est au rendez-vous pour Porto. J’arrive même à me dégager un solde positif supplémentaire avoisinant les 1500 €.

Malheureusement, Barcelone stagne. Pire, le site me fait perdre de l’argent. La cause ? Barcelone est une ville très touristique depuis de nombreuses années. De ce fait, de nombreuses entreprises touristiques ont eu le temps de s’y implanter. Et je n’arrive pas à me faire ma place.

À cause de cette forte concurrence, le succès n’est pas au rendez-vous. Je prends donc une forte décision et décide d’abandonner mon activité à Barcelone.

Heureusement, j’ai la chance de conserver le marché sur 2 villes que j’adore. Jusque-là, l’entreprise se porte bien.

Vient enfin Rome

Rome est une ville que j’adore. J’ai déjà eu l’occasion de m’y rendre plusieurs fois, la concurrence semble moins forte qu’à Barcelone. Je crée alors mon 4e blog consacré à la ville de Remus et Romulus.

Nous sommes en 2019, et le site bonjourrome.fr voit le jour.

Au printemps de cette année, je passe énormément de temps à développer l’audience du site. J’engage également quelques personnes pour m’aider.

Je reproduis la même technique que celle utilisée pour Porto et Barcelone. Cependant, Rome étant concurrentielle, je décide de ne pas trop dépenser au début de l’aventure pour ne pas me retrouver dans la même situation que pour Barcelone.

Fin 2019, le site montre de nombreux résultats. Bien plus nombreux que ceux de Barcelone. En effet, les demandes de visites affluent, le site connaît un trafic parfait (aux alentours de 50 000 visiteurs uniques la première année) et les demandes d’aide pour booker son voyage sur Rome se multiplient.

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Avant le covid-19 et avant la faillite, le blog Bonjourrome.fr et son décollage

Le blog a énormément de potentiel. Fin 2019 et début 2020, je décide donc d’injecter la quasi-totalité de l’argent disponible dans le projet.

Le succès va être au rendez-vous, j’en suis sûr et je veux que tout soit prêt pour la saison estivale de 2020.

Les nombreuses années d’expérience dans le domaine m’offrent un visuel clair sur le succès de cette entreprise. Je sais ce que les voyageurs cherchent.

Pendant toutes ces années, mon but est resté le même : donner la meilleure expérience de voyage à mes clients et les rendre vraiment heureux et satisfaits de leurs vacances.

Dans la foulée, j’engage de nombreuses personnes pour faire tourner le blog. Je me mets également en contact avec des agences pour m’aider dans la communication, le référencement et les relations de presse.

Tout va pour le mieux.

L’arrivée du coronavirus, un désastre

Le mois suivant, une catastrophe sans précédent touche toute l’Europe. La pandémie prend de l’ampleur et les vacanciers annulent peu à peu toutes leurs réservations.

Les musées ferment leurs portes et le peu de restaurants restant ouverts ne comptabilise que peu de clients.

Le confinement arrive, les clients sont forcés de rester chez eux. Le tourisme est totalement mort.

En un mois, le coronavirus avait réussi à briser des années d’efforts.

Lisbonne, Porto, Rome, plus aucun revenu n’est perçu de ces destinations autrefois très rentables. De nombreuses personnes travaillent pour moi, notamment des freelances à plein temps.

Forcé par la situation, je décide de tout suspendre. Mais les dépenses continuent de courir. Ajouté à cela, je dois payer les nombreuses factures propres aux activités d’une entreprise.

De mon côté, je ne me verse plus aucun salaire. J’ai bien sûr mon loyer et mes charges à payer et ma femme vient d’accoucher de notre deuxième enfant. Indépendante, elle ne peut plus travailler non plus.

Côté partenaires, certains me disent qu’ils ne pourront pas me payer le début du mois de mars, d’autres sont en retard de paiement.

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Comment le Covid-19 a poussé une entreprise du secteur du tourisme à la faillite

Comment Covid-19 m’a poussé à la faillite

Je suis passé d’une entreprise à succès à la faillite, et ce, en quelques semaines seulement.

Ma plus grosse erreur fut de vouloir aller trop vite. D’investir tout ce que j’avais dans le nouveau blog. Le tout juste avant l’arrivée de cette crise qui balafre l’Europe.

Pour le moment, l’État portugais propose quelques aides aux petites entreprises. Malheureusement, je ne suis pas éligible aux conditions d’obtention.

À l’heure actuelle, je dois demander des fonds de soutiens à ma famille et à mes proches. Ces moyens me permettent de survivre à cette situation et de garder mes différents blogs en ligne.

D’ici quelques mois, le tourisme reprendra. Je reprendrai contact avec mes partenaires et nous repartirons de plus belle dans cette aventure, je l’espère.

Cela ne peut pas être pire que maintenant.

Si vous lisez mes lignes et que vous possédez une activité dans le monde du voyage et du tourisme, je suis avec vous du fond du cœur et espère réellement que vous arriverez à tenir.

Tout reviendra vite un peu comme avant, c’est tout ce que l’on peut espérer.

Yann Gourvennec
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