| English Home | Contact | L'auteur |

Marketing strategique, cours marketing et SI Marketing
 
  Le Marketing des NTIC, des nouvelles technologies de l’information. Y-a-t-il un sujet qui fasse plus rêver, un sujet plus intéressant ? Même après l’éclatement de la bulle, les nouvelles technologies continuent à fasciner nos contemporains.  

 Accueil | Textes | Articles | Livres | Archives | Liens | NewsletterStats | Blog |

 

 Recherche & Newsletter

 
  LE M A R K E T I N G D E S N T I C (IV - Marketing des Projets)  
 
   
 

Marketing des Projets ou Projets de Marketing ?des NTIC

Dire que la gestion de projets s’insinue dans tous les domaines de l’entreprise est une banalité. Nous le signalions déjà dans le Marketing Finalitaire [33] en 1995, sur les traces de Badot et Cova [34] . Un ouvrage fondamental décrit ce Marketing de projet dans le domaine industriel[35]  ;dans cette acception, le Marketing de projet est essentiellement tourné vers le travail de vente « issu d’une négociation complexe recouvrant un ensemble de produits ou de services, spécifiquement créés pour générer une valeur ajoutée industrielle et des profits sur une période donnée ». La vente, se conçoit alors comme un projet qu’il faut mener à bien avec une analyse vivante de la complexité de l’écosystème du client, aussi bien interne qu’externe.

 
   


Mot clef   

 

 

Courriel   
 

un site du French Web 2.0
 
     
   

Cette analyse se retrouve au sein de sociogrammes, qui sont autant de cartes des processus de décision et de prescription industriels. On le voit bien, le Marketing industriel devient dans ce cas un travail bien plus complexe qu’un simple travail de vente, et dans ce cadre, on retrouvera également des éléments purement Marketing comme la conception de produits ou services en commun (autrement appelés Co-Marketing). Le Marketing des partenariats s’inscrit lui aussi dans cette perspective car il ne s’agit plus dans ce cas de vendre mais de réellement mener des programmes de partenariats à déployer largement au travers de deux ou plus organisations dans le cadre de ce que l’on peut appeler un écosystème partenarial.

Lorsqu’il ne s’agit pas de Marketing industriel, c’est à dire lorsque la vente est moins le résultat du développement d’une relation interpersonnelle avec un commercial ou un groupe de commerciaux, le Marketing recourt lui aussi à la démarche de projets mais pour lui-même et de façon beaucoup plus proche du projet technologique ou informatique classique. Il s’agit en effet d’inclure le Marketing en amont du processus d’élaboration du produit ou service, en s’assurant que la dimension d’usage voire les critères d’achats – si on les connaît – sont respectés. Le marketeur joue alors un véritable rôle de maîtrise d’ouvrage car il est en effet les 2 à la fois. D’une part il est – de façon assez classique – à l’écoute des clients et des prospects pour analyser les marchés, et en même temps il se transforme en chef de projet utilisateur pour décrire son besoin en se faisant le porte parole de ses clients ou prospects.

Dans ce cas, le profil du marketeur des NTIC est un profil double, c’est à dire qu’il se doit à la fois de manager son projet de développement Marketing et d’alimenter la description du besoin. Selon son pouvoir hiérarchique, il pourra même éventuellement définir la stratégie globale en amont de ces développements produits, ce qui lui permettra d’orienter ses choix en termes d’usage des technologies d’une part et même technologiques d’autre part. On voit bien ici que la démarche Marketing de conception et de développement des nouveaux services et produits dans les NTIC est un métier qui requiert la fusion de 2 types de cerveaux a-priori inconciliables, celui du marketeur dont la mission est d’être créatif et réaliste, et celui du technologue dont la mission est plus particulièrement d’ouvrir de nouvelles voies et de s’assurer de la justesse intrinsèque de ses choix.

Est-ce à dire pour autant qu’une compétence technique, aussi énorme soit-elle, est suffisante pour rendre le Marketing des NTIC performant ? N’allons pas jusque là car il faut distinguer le profil du techno-évangéliste de celui du marketeur des NTIC. Ce dernier se doit d’apporter une vision et une compréhension des marchés. Il s’agit certainement d’un de ces domaines où le diplôme est moins important que la tournure d’esprit

Facteurs critiques de succès des projets Marketing

Les facteurs critiques de succès des projets Marketing, ne sont pas fondamentalement différents des facteurs critiques des autres projets. Les remarques habituelles qui concernent les objectifs, le support du management et une gestion de projet rigoureuse basée sur la planification et le contrôle, restent vraies. À noter quelques points particuliers cependant.

Vision partagée, dissensions et impacts sur les projets d’innovation.

En premier, notons les objectifs organisationnels conflictuels qui peuvent souvent se révéler bloquants : les modes de fonctionnement entre membres des services techniques, Marketing et commerciaux, sont malheureusement encore souvent conflictuels, même si au fond, de tels conflits sont rarement fondés. Souvent, il s'agit d'incompréhensions d’ordre culturel, dues à des divergences sur les centres d’intérêt, plus que les objectifs eux-mêmes qui sont souvent partagés. Ainsi, les services techniques se prennent souvent au jeu de l'amélioration formelle, et il fait partie du rôle du marketeur de s'assurer que les aspects purement technologiques ne l'emportent pas sur les aspects de commercialisation. À l'opposé, les commerciaux se retrouvent en première ligne face aux clients ou prospects et ils sont confrontés à la difficulté de vendre des services ou des produits qui ne sont pas toujours compréhensibles, voire qui ne sont pas complètement bien ciblés. Il n'est pas toujours aisé de faire comprendre à des vendeurs qu’ils font partie également du processus de construction de l'offre, et ceci parfois à leurs dépens. Par ailleurs, et sur un tout autre plan, les commerciaux perçoivent rarement les limites technologiques qui sont fixées aux concepteurs de produits, et les écueils sont fréquents : Dans le cadre d'un produit où le sur-mesure est important, le cas du commercial qui promet plus que ce qui ne peut être livré et à l’inverse celui du commercial qui ne comprend pas une possibilité technique qui peut résoudre le problème d'un client sont à la fois contradictoires et fréquemment rencontrés.

Figure 12: Comment savoir distinguer les gadgets des réelles innovations ? Source:http://www.jklossner.com Un écueil souvent vécu également, est celui qui consiste à laisser spécifier les produits par les commerciaux, qui sous la pression des clients parviennent à échapper à toute planification et à toute organisation des projets et interviennent directement sur les services techniques pour influer sur le devenir des produits. Ce genre de démarche, bien qu'elle puisse résoudre des problèmes de façon ponctuelle souvent rapide, finit bien souvent hélas par créer des effets « boule de neige » par lesquels les fonctionnalités s'accumulent, et les incohérences finissent également par rendre le produit définitivement inutilisable ou dysfonctionnel. Nous avons vu ainsi de bons produits disparaître dans une cacophonie fonctionnelle et la désorganisation de leurs projets. Il ne faut pas sous-estimer ces facteurs managériaux des projets de NTIC, ce qui oblige à gérer une complexité assez grande entre créativité favorable à l’évolution des gammes, rigueur des plannings et des listes de priorisation des changements.

Selon les technicités différentes des produits, il n'est pas toujours possible de compenser ces écueils par une simple formation. Il est alors nécessaire, pour les produits et services trop techniques ou trop spécifiques, de disposer d’une force de business consultants spécialisés qui appliquent des méthodes de vente plus proche du conseil que du hard-selling. Ils agiront en support des commerciaux, voire pour leur compte en tant que vendeurs spécialisés, au sein d’une équipe dont le chef reste le directeur de compte en tant que coordinateur de la relation globale avec le client.

Des projets et du fumiciel

Notons ensuite les aspects de communication aussi bien internes qu'externes. Il est regrettable de constater que le marketeur des NTIC doive autant se battre, sinon plus, en interne qu'en externe. Sans doute est-ce une banalité également de faire remarquer que dans les structures importantes, le critère premier pour valoriser un projet d'innovation est plus la taille de son budget que l'espérance de ses réussites. Ceci mis à part, la notoriété interne d'un projet est un élément non négligeable de sa réussite externe. À tel point qu'il n'est pas de voir certains de ces projets accaparer l’attention de tous (et les convoitises de beaucoup) sur la base de leurs promesses plus que la réalité de leurs livrables. C'est le phénomène bien connu du fumiciel[36] . Nous partons du principe que le fumiciel n'est pas un modèle, mais il est certain par contre qu'il constitue à lui seul une industrie florissante. Le fumiciel est également un habitué de la presse, certes un peu plus prudente depuis 2001. D'une certaine mesure, on peut même considérer que cette agitation médiatique a été à l'origine de la création de ce gigantesque effet de cavalerie qu'a été la bulle Internet. Un exemple récent avec les hotspots Wi-fi publics qui font couler beaucoup d'encre et pas toujours à bon escient[37] . Le Wi-fi est certes une technologie éprouvée[38] , à l’origine du développement à grande échelle de l’informatique nomade, les hotspots bien nécessaires et peuvent générer des revenus, à terme, sur des niches d’utilisateurs très ciblées. Ils ont également un rôle à jouer dans la réception de l’ADSl par satellite dans les régions isolées. Mais l’essentiel du marché à court terme n'est peut-être pas dans les hotspots grand-public, et les business models sont parfois issus d'analyses erronées. Ainsi, l'expérience de Starbucks aux États-Unis est un bon exemple de fumiciel et les résultats présentés sont souvent propres à induire en erreur. Citons Glaziou & Doucet[39]  : « Les chiffres de Starbucks, publiés par le Washington Post[40] , indiquent que sur une semaine, 25000 personnes se connectent à l'un de leurs hotspots. Un chiffre honorable, mais faible en comparaison des 22 millions de clients qui franchissent la porte d'un café Starbucks dans cette même semaine. L'article cite néanmoins des clients satisfaits, notamment des indépendants qui apprécient de pouvoir sortir de chez eux et continuer à travailler dans un cadre différent ». En fait, dire que ce chiffre est faible, est un euphémisme, puisque en fait il traduit un rythme de connexion de l'ordre d'environ 1.55[41] par café et par jour. Si l'on en croit Jean-Hyacinthe d'Ussel[42] (responsable Wi-fi d’ADP Télécom entendu lors d'un colloque récent), les motivations pour un exploitant de hotspots sont les suivantes :

(1)     promouvoir son image (Car faibles revenus)

(2)     promouvoir ses services existants et vendre de nouveaux services

(3)     générer des revenus Wi-fi (prématuré aujourd'hui).

Il confirme par ailleurs la moyenne de connexions observées chez Starbucks sur ses propres hotspots. On voit ainsi des marchés d’innovation suivre des fluctuations positives et négatives, directement proportionnelles à la poussée médiatique qu’ils subissent. Le Wap en est un bon exemple. Déifié en 1999-2000, il fut l’exemple parfait du fumiciel et fut ensuite montré du doigt – sans doute un peu hâtivement – comme la source de tous les maux de la bulle Internet. En 2004, une fois l’ émotion passée, cette technologie retrouve, à juste titre, une place honorable grâce aux nouvelles générations de téléphones mobiles et à l’amélioration des débits en mobilité[43] . Il faut donc savoir patienter avant de déclarer définitivement la mort d’une technologie, ceci notamment lorsque les terminaux d’accès ne sont pas encore au point.

Le marketeur des NTIC doit ainsi savoir décoder ses sources et les recouper afin d'analyser les vraies des fausses pistes et de reconnaître les véritables bonnes pratiques. Il s'agit même d'une partie très importante de son travail, car il va devoir utiliser cette connaissance et cette sensibilité des marchés, afin d'établir les priorités sur ses projets, et éventuellement écarter les projets qui ne correspondent pas à son objectif, qu'il soit un objectif d'image ou un objectif de maximisation du chiffre d'affaires. Dans certains cas, il préfèrera attendre qu’une technologie soit plus mûre avant de se lancer à corps perdu dans la phase de commercialisation, car le pionnier d’un marché reste rarement à sa tête. C’est ce qui différencie le Marketing des NTIC de la R&D dans le même domaine. En tous les cas, aussi grande soit cette sensibilité des marchés, le marketeur des NTIC devra néanmoins rester humble, et prudent, car l'incertitude est grande en ce domaine.

Sommaire
Ière partie (Introduction et réflexions liminaires)
IIème partie (Définition & principes de base)
IIIème partie (Segmentation du Mktg des NTIC)
IVème partie (Marketing des Projets ou Projets de Marketing ?)
Vème partie (Caractéristiques méthodologiques des projets d’innovation)
VIème partie (Outils méthodologiques: Les cycles de vie)
VIIème partie (Outils méthodologiques: suite)
VIIIème partie (Le Marketing stratégique 1/2)
IXème partie (Le Marketing stratégique 2/2)
Xème partie (Quelques exemples concrets 1/3)
XIème partie (Quelques exemples concrets 2/3)
XIIème partie (Quelques exemples concrets 3/3)
 
 

[33] Marketing Finalitaire, Yann Gourvennec, 1995, p. 18 notamment (http://visionaryMarketing.com/fmkgorde.html)

[34] Olivier Badot et Bernard Cova, Le NéoMarketing, 1992 (voir http://www.webcom.com/ygourven/fmkgtext.html#NeoMarketing pour un résumé en ligne de ce texte hélas indisponible en librairie aujourd’hui.

[35] B. Cova, P. Ghauri & R. Salle : Project Marketing, Beyond Competitive Bidding ou en français, Le Marketing d'affaires : Stratégies et méthodes pour vendre des projets ou des solutions de Bernard Cova, Robert Salle

[36] Vapourware ou hype en Anglais

[37] Lire l’article de Glaziou & Doucet du cabinet Canope sur VisionaryMarketing à l’adresse http://www.visionaryMarketing.com/articles/wifi-canope.html

[38] D’ailleurs, nous l’utilisons en ce moment pour rédiger ce document grâce au pack Extense-Wifi de Wanadoo

[39] Ibid.

[40] Starbucks, Others Hope Internet Access Will Draw Customers, in Washington Post, 3 avril 2003 in Stéphane Glaziou et Doucet

[41] Soit 25000 connexions divisées par 7 jours et 2300 magasins équipés de hotspots Wi-fi. Voir également cet article sur la viabilité du Wi-fi en tant que générateur de profits

[42] Lire également son interview dans le journal du net à l’adresse http://www.journaldunet.com/0309/030923concordewifi.shtml

[43] Voir l’article à ce sujet sur la page « télécoms » de la Tribune du Lundi 05 janvier 04.

 
     

 

V O T R E  A V I S
 
Le Webring du Marketing

 

En association avec  
  Manager Go - partenaire de Visionarymarketing.com  
     
     
     
     
     
     

 Accueil | Textes | Articles | Livres | Archives | Liens | NewsletterStats |

       

Copyright © 1996-2008 Visionarymarketing.com Yann A Gourvennec

Template designed by Holden-vs-Ford.com © 2002