Vocabulaire de l’informatique et des TIC : parlons français !

La question du vocabulaire français des TIC est aussi passionnante que passionnée. Faut-il remplacer tous les mots de l’informatique (pardon, de l’IT) par des mots français ? La question est épineuse et polémique. Mais fort heureusement, l’État veille et a produit pour nous ce vocabulaire français des techniques de l’information et de la communication : les TIC. Un acronyme en trois lettres (Three-letter acronym pour les linguistes) aujourd’hui disparu, nous le regrettons amèrement, mais encore valable sous les ors de la République. Je vous offre ce petit divertissement linguistique qui pose néanmoins des interrogations fondamentales sur les usages d’une langue qui n’en finit pas — c’est heureux, car cela montre qu’elle est vivante — de se transformer. 

Vocabulaire de l’informatique et des TIC : parlons français !

Vocabulaire de l'informatique et des TIC : parlons français !
Vocabulaire de l’informatique et des TIC : parlons français !

Comme ce sont les vacances de la Toussaint pour certains d’entre nous, autant s’octroyer un intermède récréatif en parcourant ensemble un ouvrage aussi divertissant qu’instructif, le vocabulaire français des techniques de l’information et de la communication (TIC).

Dans ces bagarres pseudolinguistiques, menées par de non moins pseudolinguistes, dignes d’un célèbre village d’Armorique, il n’y a pas de gagnant ni de perdant.

Le lecteur bienveillant et non polémique — il paraît que ces deux mots sont à la mode — qui en son for intérieur répugne aux salades langagières* et préfèrera le courriel à l’e-mail risquera fort de se faire taxer de ringard ; pour le coup, voici un mot bien français.

* »language salad » en anglais pour ceux qui se demanderaient d’où vient cette expression bizarre)

D’un autre côté celui ou celle, toujours aussi bienveillant qui fera remarquer qu’il vaut mieux utiliser les mots de tout le monde, y compris les barbarismes les plus laids, se fera quant à lui montrer du doigt comme traître à la nation. Vous remarquerez au passage, l’usage ô combien osé de l’accent circonflexe.

Vocabulaire de l'informatique et des TIC : parlons français !
Illustration : Gaulois en pleine discussion sur l’usage de leur idiome. Heureusement, ceux-là ne faisaient pas d’informatique dont le langage est empreint de barbarismes importés de l’étranger et même pire, de l’Amérique, version moderne de l’Empire romain. Sinon on se demande ce que cela aurait donné.

Et encore, je vous épargne l’usage de l’écriture inclusive qui semble soulever les passions. J’avoue avec honte que je me suis parfois emparé de celle-ci en pensant bien faire, avant de m’apercevoir que les noms d’oiseaux volaient bas à l’encontre de ces suppôts de Satan qui voulaient dénaturer un sacrosaint idiome dont pourtant la grammaire et l’orthographe ont sans cesse évolué.

Contrairement à certaines idées reçues, l’histoire du français et de son orthographe comporte de nombreuses réformes. De tout temps, l’orthographe du français a subi de nombreuses rectifications, mais l’habitude littéraire d’adapter les ouvrages dans l’orthographe officielle du moment nous donne une impression de continuité que la langue française écrite n’a en fait jamais eue [source]

Les luttes fratricides entre défenseurs de la langue française et barbares anglicisés

Nous avons vécu avec mon ami Hervé Kabla à de nombreuses reprises ces luttes fratricides, avec notre série sur le « digital » (aïe) publiée aux éditions Kawa. Kawa, ça ne sonne pas français non plus d’ailleurs. Et notons pour notre défense que nous parlons six langues à nous deux.

vocabulaire informatique et TIC français
La collection du digital expliqué à mon boss…. euh pardon, du numérique expliqué à mon patron.

Toutes nos tentatives d’explication et de pacification ont été vaines. Les bagarres ont fait rage. Je ne doute pas que j’aurai encore des remarques de ce genre, même si avec ce titre, nous ne cherchions pas à nous prendre au sérieux, car pire que les barbarismes, c’est surtout la prétention et le manque d’humour qui sont nocifs. Et Dieu sait que ces derniers sont fréquemment rencontrés ces temps-ci.

Digital explique a mon chef
La nouvelle Book cover de la version en paperback de notre eBook…

Toujours est-il que voici comment nous nous justifiions dans notre dernier ouvrage, le digital expliqué à mon boss. Là encore, vous remarquerez, lecteur avisé, l’usage de l’imparfait avec deux i, qui implique une prononciation spéciale et particulièrement difficultueuse et vous pointerez du doigt ces horribles dictionnaires en ligne qui ignorent cette dernière épithète, pourtant superlative. Revenons donc à notre notice du digital expliqué à mon boss ou plutôt du  numérique expliqué à notre chef bienaimé.

Le digital, les doigts sur le clavier : doit-on dire digital ou numérique ? Puisque nous en sommes aux préliminaires, revenons immédiatement sur un sujet qui ne manquera pas encore de faire couler de l’encre, même virtuelle, dans les médias sociaux et les zones de commentaires de nos blogs. Faut-il dire « numérique » ou « digital » ? Nous avons, dans l’ouvrage précédent, tenté une timide percée pour essayer de justifier ce qui est probablement un barbarisme. Certes, il est tiré du latin, mais un barbarisme tout de même. Nous avons bataillé en ligne à de nombreuses reprises contre des zélotes du français parfait, à une époque d’orthographe nouvelle où nous nous « entrainons » à faire « disparaitre » (sic) les « couts » (re-sic), mais où le « jeûne » ne cesse de « croître » sur un marché « mûr ». En fin de compte, la situation, fort complexe au départ, est bien confuse à l’arrivée. Mais dans le domaine du « digital » (nous y venons), la situation est bien pire, car nous y faisons entrer le loup dans la bergerie : l’ennemi héréditaire, la perfide Albion (pour les nostalgiques), à force de barbarismes et d’emprunts linguistiques.

Note : vous trouverez plus d’explications et de points de vue dans ce billet.

Le vocabulaire français des TIC que plus personne ne nomme ainsi

Hormis cela, le monde de l’informatique, que plus personne n’appelle ainsi depuis maintenant au moins dix ans, s’ingénue à rendre la vie difficile à nos concitoyens désireux de comprendre quelque chose aux techniques (et non technologies explique à juste titre Alain Lefebvre) de l’information et de la communication (ou TIC, vocable tombé en désuétude, mais bien plus poétique et doux à nos oreilles que l’horrible IT [Aïe-Ty]).

Il est vrai que les informaticiens exagèrent et cela ne date pas d’aujourd’hui. Moi-même fils d’informaticien, j’ai toute ma vie été bercé des traitements par Batch(es), et du Real Time, des Hard Drives et des RAM (Random Access Memories). Que ces sauvages ne pouvaient-ils parler le langage de Molière ? Le traitement par lots n’était pas mal non plus, le temps réel, les disques durs et la mémoire vive se défendaient également.

L’État à la rescousse du vocabulaire français des TIC

Mais heureusement, les services de l’État veillent au grain.

La première fois que j’ai entendu ces montées au créneau pour la défense de la langue française — elle doit donc être en danger, mais le danger ne serait-il pas un danger de l’intérieur — c’était en 92. J’étais à Londres à l’époque et je parcourais l’Europe. Les premiers débats qui menèrent à la fameuse loi de M. Toubon (immédiatement surnommé AllGood par les plus facétieux) faisaient des ravages dans l’hexagone.

Penaud, je baissais la tête dans les rues de Milan de peur de me prendre un scud. Notre image à l’étranger n’était déjà pas très bonne et j’avais quelques craintes. Heureusement, celles-ci étaient totalement injustifiées, le monde s’en fichait pas mal. Les Français de France aussi sans doute. Finalement, le français n’était peut-être pas menacé, ou en tout cas pas par des gens qui n’en avaient rien à faire.

La loi no 94-665 du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française, plus connue sous le nom de loi Toubon, du nom de Jacques Toubon, le ministre de la Culture de l’époque, est une loi française destinée à protéger le patrimoine linguistique français.

Elle vise trois objectifs principaux :

l’enrichissement de la langue ;
l’obligation d’utiliser la langue française ;
la défense du français en tant que langue de la République (article 2 de la Constitution de 1958).
Elle vise alors à assurer la primauté de l’usage de termes francophones traditionnels face aux anglicismes.

On remarquera aussi que le texte encourage le multilinguisme, mais fustige le bilinguisme. Après tout, on ne sait jamais, au cas où un Breton se mettrait à parler la langue qu’on lui arrachée peut-être. Il faut bien se protéger des fâcheux.

On remarquera enfin que des sociétés ont été sévèrement punies pour avoir fait circuler des documents en anglais. Heureusement qu’ils n’étaient pas en allemand ou en espagnol. On a eu chaud. Wikipédia n’indique pas le nombre de celles qui au contraire ont échappé à la punition tout en enfreignant gaillardement la loi, à commencer par une grande société nationale que je connais bien, pourtant émanation du service public.

Grâce à Dieu, le Premier ministre et ses services veillent, et nous ont fourni un vocabulaire des techniques de l’information et de la communication (TIC), dont j’ignorais jusqu’ici l’existence et que j’ai découvert en fouillant dans ma bibliothèque à la faveur d’un déménagement.

France Terme, pour retrouver les versions françaises des mots anglais

J’ai même trouvé à la suite de mes lectures un site web complet qui permet de tester sa capacité à parler le sabir informatique francisé.

Franceterme est un site qui vous permet de rentrer un mot anglais (ici ransomware) et d’en découvrir l’équivalent francisé. Ainsi, Ransomware devient grâce à ce site « logiciel rançonneur » au mépris de la pratique poétique et réussie du « rançongiciel » et en ravivant une expression vieillie du 18e siècle.

En fait, vous l’avez compris, je n’ai rien contre les mots francisés, bien au contraire. L’excellent « réseautage » inventé par nos amis québécois en lieu et place de l’horrible networking par exemple fait partie de mon vocabulaire courant.

Mais après tout, la punition est auto-infligée. Si tant de marketeurs se complaisent à jargonner dans un pseudoanglais que ni les Français normaux ni les Anglais ne comprennent, ce n’est sans doute pas la faute de George Bush (au passage, le « Bushisme » sur le mot entrepreneur qui n’existerait pas en français est une fausse nouvelle, alias « fake news », oups !)

Mais au-delà de la francisation, c’est la bureaucratisation qui mérite toute notre attention et ce mot-là est bien français, qu’on se rassure. Car l’enrichissement de la langue française est une usine à gaz bien rodée, avec un processus itératif qui passe par un grand nombre d’experts et de savants qui nous concoctent une « novlangue » (« newspeak » en anglais pour les nostalgiques de l’avant loi Toubon) parfaitement kasher si je puis dire.

Le processus d’enrichissement de la langue française passe par l’ineffable Comédie, pardon, Académie française.

Voici venir la fin de ce divertissement. Après tout, point trop n’en faut. Comme je vous le disais au début de ce billet, dans ce débat sans fin il n’y a ni gagnants ni perdants.

L’usage est ce qui fait d’une langue ce qu’elle est. Mais l’histoire aussi, à tout le moins. Si les Anglais étaient aussi intelligents que les Français, et s’ils l’étaient, cela se saurait, il y a longtemps par exemple qu’ils auraient banni ce symbole de l’impérialisme normand du 11e siècle.

vocabulaire français TIC
Source Monarchiebritannique.com – l’honneur est sauf c’est un site en français

Ou celui-ci encore

vocabulaire français TIC
Source Wikipédia

Pourtant photographié au château de Windsor. Un peu comme si au-dessus de l’Élysée, on avait « Shame on him who thinks evil of it » ce qui ne serait probablement pas déplacé tant les gouvernants et notables anglais, qui étaient pour la plupart français au moins jusqu’à ce que la Grande Peste vienne les décimer à partir de 1348*, étaient chez eux ici ou du moins en de nombreux endroits de la Normandie, de l’Anjou et d’ailleurs.

*[source et lecture conseillée : Christopher Lee, This Sceptred Isle pp 76-98 – où vous verrez que la moitié de la population a disparu sous l’effet de ce virus, bien plus méchant que le Covid, et qu’il toucha plus durement les centre-villes où résidaient les nobles normands et angevins qui tenaient les rênes du pays. Ces derniers furent décimés, ce qui contribua à la disparition du français, progressivement remplacé par le vieil anglais, du fait de l’afflux de personnes ramenées des campagnes afin de repeupler les villes]

Plus croustillants, à l’aune de cette loi aussi exotique qu’inapplicable, sont les cours et programmes scolaires dans les écoles de l’enseignement supérieur, dispensé en anglais, y compris dans la plus prestigieuse des universités de gestion du royaume. Je ne pourrai dissimuler ma jubilation à avoir contribué à enseigner dans la langue scélérate au mépris de cette règle si stricte. Une sorte de revanche de mes ancêtres à qui on a si intelligemment pourtant interdit de cracher par terre et de parler leur langue.

Me zo ganet e kreiz er mor… écrivait le poète qui s’est battu pour un pays dont il ne pratiquait la langue. Nous avons bien besoin d’un peu de poésie dans ce monde de brutes.

Je vous souhaite d’excellentes vacances, avec le dictionnaire des techniques de l’information et de la communication (ci-dessous), dans lequel vous trouverez — en oubliant mes remarques facétieuses — un peu d’inspiration pour parler le français des TIC correctement.

Et pour finir, je vous invite à regarder cette vidéo de Linguisticae dédiée à l’anglais et sa pratique, où vous comprendrez pourquoi les Français sont mauvais en anglais, pourquoi l’anglais est une langue riche — et non pauvre comme vous l’imaginez — que le français au contraire un idiome pauvre — au mépris de ce que l’on vous a probablement inculqué, même si vous pensez que cela est une injustice.

On aurait pu ajouter aussi que le français est une langue nasale, beaucoup moins que le breton tout de même, et que pour des Britanniques, il sonne un peu comme l’allemand à vos oreilles, avec des sons (on/en/ein, etc.) qui les font beaucoup rire. Comme quoi, vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà…

Vocabulaire français des techniques de l’information et de la communication (TIC)

Cliquer pour accéder à vocabulaire-tic-en-ligne.pdf

Yann Gourvennec
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