Open data : un marché en route vers la maturité et la consolidation

Où en est l’open data en Europe et en France ? Voici la question que je me suis posée, et pour y répondre, je suis allé interviewer l’expert français du domaine, Jean-Marc Lazard, fondateur d’Opendatasoft. Voici ici quelques réflexions tirées de ma lecture de l’état des lieux de l’open data européen en 2019 édité par l’UE, que vous pourrez télécharger ici, agrémenté du point de vue de Jean-Marc, en vidéo, en podcast et en version texte. 

Le rapport européen sur l’état des lieux de l’open data montre l’évolution de ce marché vers la maturité

Dans un rapport de 2019, le cinquième d’une série d’études annuelles qui évaluent le niveau de maturité des données ouvertes dans les États membres de l’UE28 plus les pays de l’Association européenne de libre-échange (ou « AELE »), l’UE dresse un portrait robot de l’open data en Europe aujourd’hui. Le voici en condensé. Vous pourrez le retrouver en détail dans le rapport téléchargeable ici.

Rapport de la maturité sur l'open data dans l'UE 2019
Rapport de la maturité sur l’open data dans l’UE 2019 à télécharger ici

« Après des années d’accélération de la maturité des données ouvertes, l’Europe est maintenant entrée dans une phase de consolidation » nous annonce le rapport dans son introduction. Comme l’explique Jean-Marc Lazard (voir son interview ci-après), l’open data ne date pas d’aujourd’hui. Et depuis les débuts de la donnée ouverte, des progrès considérables ont été réalisés.

Le rapport de l’UE « est une initiative de la Commission européenne, mise en œuvre avec le soutien d’un consortium dirigé par Capgemini Invent, comprenant Intrasoft International, Fraunhofer Fokus, con.terra, Sogeti, 52North, Time.Lex, le Conseil de Lisbonne et l’Université de Southampton ».

Voici les principales conclusions de ce rapport

  • (1) De l’accélération à la consolidation
    La montée en maturité est constante depuis 2015. Cette phase de maturité est désormais passée, les « États membres [sont] désormais dotés de solides politiques d’ouverture des données et de portails sophistiqués ». L’emphase est maintenant mise sur l’impact et la qualité.
  • (2) De la quantité à la qualité
    Plus que jamais « l’accent est mis sur la garantie de valeur  des données pour les réutilisateurs, ce qui implique souvent d’améliorer d’abord la qualité des données ». Un sujet également largement abordé par Jean-Marc Lazard dans son interview.
  • (3) L’emphase passe de la publication à l’impact  
    Assez facile à comprendre, va avec la maturité.
    (4) De l’open data au partage des données
  • « Au-delà des données ouvertes, les gouvernements sont de plus en plus conscients des possibilités découlant du partage de données en général ».
  • (5) La France parmi les leaders
  • « L’Irlande, l’Espagne et la France conservent, depuis l’année dernière, leur position de leader en Europe » et même parmi les faiseurs de tendances. 
  • Voilà qui va nous remonter le moral, ce n’est pas tous les jours !
leaders européens de l'open data
Pour une fois, on ne trouve ni le UK ni les pays nordiques dans les leaders de l’open data en Europe.

Transcription de l’interview de Jean-Marc Lazard, fondateur d’Opendatasoft :

L’open data est un mouvement qui date et qui se structure

C’est un mouvement qui date maintenant de quelques années et qui a pu même être considéré comme un peu un effet de mode à une certaine époque, mais qui s’est transformé en un mouvement de fond qui s’est structuré.

On voit désormais de grands acteurs technologiques qui font tomber les barrières techniques liées aux standards de données. À la base la data sort d’un système propriétaire, d’un système industriel et ces morceaux d’information ne sont pas réutilisables par tout le monde, car uniquement accessibles par des logiciels ou avec des expertises particulières.

De l’importance des licences en open data

Aujourd’hui il est convenu par tous qu’une donnée, et la valeur qu’elle va permettre de créer ensuite, n’est réutilisable que si l’on standardise.

Avec l’open data, il est aussi question de licences. Quand on parle de réutilisation et d’ouverture des données, il faut informer les utilisateurs sur ce qu’ils ont droit de faire ou non avec ces données-là.

L’open data est un mouvement qui se structure

C’est un peu comme au début du e-commerce, on ne connaissait pas à l’avance les modèles économiques. Aujourd’hui on commence à y voir plus clair et la situation s’est largement clarifiée.

On est entré dans une forme de maturité et d’industrialisation de la démarche open data, ce qui fait qu’elle est aussi bien adoptée par les acteurs publics que privés qui s’en emparent comme d’un vrai levier de croissance et de business.

Amener des preuves

Et l’on voit des entreprises privées, récemment, comme certains de nos clients comme le groupe Kering, Euler Hermes, qui est une filiale d’Allianz, leader mondial de l’assurance-crédit, qui ouvrent massivement leurs données pour prouver au marché, aussi bien les financiers que les influenceurs, grâce aux données que ce qu’elles réalisent, par exemple sur leur impact environnemental, est réel, et que ce ne sont pas juste des mots et des images que le public qualifie souvent de « greenwashing ».

La France et le reste du monde

La donnée apporte une preuve, la culture de la donnée est très forte aux USA et en Angleterre où, par défaut, la circulation de l’information a permis de soutenir la création d’un secteur économique très fort.

En France cela bouleverse les modèles établis.

Beaucoup de secteurs s’y sont construits de manière extrêmement verticale et fermée sur un partage restreint à quelques acteurs. Nous avons la chance d’avoir des leaders mondiaux dans l’industrie et les services et même s’ils ont des pratiques très françaises localement, ils s’exercent à l’ouverture et la circulation des données dans le reste du Monde.

On a peut-être mis un peu de temps à ingérer cet aspect culturel lié à la circulation de la donnée, mais on fait plus que de recoller au peloton.

La France innove avec une loi

C’est un mouvement qui est venu de la sphère publique et cela peut paraître naturel. La France a aussi innové dans cette sphère, car elle en a fait une loi qui s’appelle « loi pour une république numérique » (ou loi Lemaire) qui a véritablement accéléré le mouvement.

Citymapper est l’application la plus connue, car elle permet à chacun de trouver son chemin dans les transports en commun et elle n’existerait pas sans l’open data.

Attention, car open data ne veut pas dire « partager tout à tous n’importe comment ». Qui dit open data, dit stratégie d’open data.

Car ouvrir ses données, du moins en partie, c’est mettre sur tête de gondole son savoir-faire. Car au travers des données on exprime son savoir-faire et cela permet de nouer des partenariats exclusifs avec les meilleures écoles mondiales, qui vont vous aider à aller sur le big data, qui se nourrit de données, par définition.

L’open data permet de positionner l’entreprise comme innovante

La simple modernisation d’un outillage interne ne va pas suffire à rendre l’entreprise innovante, car vos concurrents feront de même. C’est ce savoir lié à la donnée, que vous co-détenez avec vos clients, en nourrissant un écosystème extrêmement vaste, qui vous donnera les chances d’innover plus vite que vos concurrents.

Tous les ans, on observe des dizaines de millions d’appels API supplémentaires, mais c’est difficile à traduire en dollars.

On voit en tout cas à l’échelle des tuyaux et des plateformes qu’on opère pour nos clients des volumes qui doublent chaque année.

On n’en est qu’au début d’un mouvement, car on est loin de couvrir tous les compartiments de l’économie, mais la preuve est faite que l’open data est un levier puissant de transformation parmi d’autres.

Cliquer pour accéder à open_data_maturity_report_2019.pdf

Télécharger le document ici s’il ne s’affiche pas ci-dessus

Yann Gourvennec
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