Peur du numérique : désarroi des salariés ou bouteille pleine aux 2/3 ?

Avec ce billet sur la peur du numérique des salariés (et des RH) face à la transformation de leurs métiers, nous faisons suite à notre série d’articles sur transformation et changement. J’ai été interpellé l’autre jour, par une brève parue sur France Info (émission de Philippe Duport, France Info voir à la fin de l’article pour l’extrait et le lien).

Baromètre international ou étude sur la peur du numérique ?

peur du numérique
Le numérique est absolument partout, même pour remplacer les partitions de musique. Pourvu que la tablette ne se mette pas en veille !

J’ai donc immédiatement arrêté de tremper mes biscottes (sans gluten) dans mon café et je suis allé chercher le billet en question sur le site de France Info. Et voici l’étude, réalisée par CEGOS, dont nous commençons par montrer la méthodologie ci-dessous (le rapport complet est téléchargeable en bas de l’article).

L’étude est européenne et permet de comparer non seulement quelques pays, mais aussi les points de vue des employés et des RH.

Ce qui m’a frappé au prime abord est l’alarmisme de la présentation de la chaîne d’information continue — ils ont tellement l’habitude de nous faire peur ils doivent avoir du mal à s’arrêter — qui titrait : « Près d’un salarié sur trois se sent ‘dépassé’ par les technologies numériques ».

peur des salariés

Même pas peur … du numérique

Mettons cela sur le compte de mon optimisme, mais si je compte bien, cela fait plus des 2/3 des salariés interrogés qui n’ont pas peur du numérique et voilà donc une excellente nouvelle. Il est rare que l’on puisse mettre en place des changements (encore moins des transformations) avec autant de personnes confiantes. Comme nous l’avons vu, la tendance naturelle est à la préservation des habitudes.

Les métiers évoluent et d’autres disparaissent … et alors ?!

Les marchands de peur et de peur numérique en particulier sont légion. Mais cela ne veut pas dire pour autant que l’évolution des métiers, mise en exergue par l’étude, soit un phénomène nouveau. De tout temps, des métiers ont évolué, voire disparu. Et la brève histoire du numérique, depuis l’invention de l’informatique avec l’ENIAC dans les années 40, des métiers sont apparus et ont disparu. Outre le métier de standardiste (cf. photo) connu de tous, tué par les standards numériques des années 90-2000, les perforatrices (alias « perfos ») des années 60 qui manipulaient les cartes perforées des premiers ordinateurs (machines mécanographiques) ont dû se reconvertir dans les années 80.

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Un métier parmi beaucoup d’autres, ayant disparu. En attendant que les téléphones fixes fassent eux aussi partie des musées, on n’en est vraiment pas très loin. © Everett Collection / Old Visuals / EAST NEWS via Sympa

Plus près de nous, toujours dans notre domaine, le métier de webmestre a lui aussi disparu. En attendant d’être suivi bientôt par celui de community manager. Ces deux métiers, pourtant présentés comme les jobs de l’avenir dans les années 2000 n’ont pas survécu à l’hyper fragmentation des métiers du « digital » comme cela a été brillamment expliqué dans un des meilleurs rapports, à mon avis, sur les emplois du digital, datant malheureusement de 2015, donc déjà dépassé.

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Le webmaster a-t-il eu temps d’avoir peur du numérique ? Pas vraiment, il a été happé par d’autres activités et il s’est reconverti sur le terrain [Etude Métiers du Digital MKG & Com 2015]

Et qu’entend-on par numérique ?

Mais là je parle d’évolutions de métiers dans le domaine du numérique lui-même. Une sorte d’arroseur arrosé, qui prouve que finalement, personne n’est immunisé. En fait, je pense même que le premier secteur a avoir été transformé numériquement (à plusieurs reprises) est celui de l’informatique lui-même.

J’ai travaillé ainsi pour le n°2 de l’informatique des années 80, qui perdit 75% de son personnel en à peine 5 ans (de 120 000 à 30 000 employés dans le monde) du fait de la révolution Unix, de l’ordinateur personnel, puis du client serveur et enfin la grande lessive du service.

Mais revenons à l’étude, de quoi parlons-nous ?

De personnes du secteur privé ayant suivi une formation dans les 2 ans. S’agit-il de caristes, ou de caissières de supermarchés ? Probablement pas car les 70% environ de managers montrent que l’on parle de cols blancs, probablement, la cible de CEGOS au passage. De quel type de « digital » parlons-nous ici également ?

Comment ne pas mélanger les choux et les carottes en effet. Le numérique est partout, même dans les aspirateurs robots qui passent probablement entre vos jambes en ce moment.

Et quand quelque chose est partout, c’est qu’il n’est nulle part. Cette question de savoir ce qu’est vraiment le numérique est récurrente et ne trouve pas de solution satisfaisante.

Il s’agit d’un de ces mots-valises qui a une signification différente pour chacun d’entre nous. Web pour les uns, IT et Web pour les autres, martech pour les troisièmes… D’ailleurs, les rapports sur les emplois du numériques sont rares et mélangent souvent les deux populations, numériques et informatiques. Pourtant deux mondes bien différents.

La peur du numérique n’évite pas le danger

Mais arrêtons-là le bémol et posons l’hypothèse qu’il s’agit là d’une étude sur les cols blancs, employés (environ 30%) et managers (environ 70%).

La vraie question posée par CEGOS tourne autour de la formation.

En effet, tout d’abord, la population interviewée a suivi une formation CEGOS dans les deux ans. On peut supposer qu’il s’agit de personnes formées par le vénérable institut, et donc sur le panel de leurs formations, dans tous les domaines.

L’institut étant compétent en numérique (et ici on saluera notre confrère et ami Philippe Gérard, ancien membre de Media Aces et pionnier des médias sociaux en entreprise), nous allons aussi poser l’hypothèse que cette formation a eu un impact à la baisse sur les pourcentages de la population effrayée par le digital. Reste un travail de formation à établir et perfectionner, mais comment ?

Le vrai sujet est bien là, dans le slide de conclusion générale de l’étude de la CEGOS : « comment améliorer l’offre de formation ? » et notamment mettre en place le « FEST » (Formation en Situation de Travail) et CEGOS de conclure aussi que la formation a déjà lieu — dans certains secteurs — sur le terrain en dehors de toute formalisation, individualisée et liée à la situation, car sur le lieu de travail.

Assurément une piste de travail que nous approfondirons bientôt en commentant un article écrit par Maddyness dans le cadre d’un numéro spécial papier que j’ai découvert chez eux.

Peur des salariés
L’étude de la CEGOS conclusion

 

Près d’un salarié sur trois se sent « dépassé » par les technologies numériques

Pas moins de 31% des personnes interrogées par la Cegos, un grand groupe de formation, l’avouent : ils ne se sentent pas prêts à la transformation numérique des entreprises. Pire, ils se disent « dépassés » par la technologie. Inquiétant pour les entreprises en pleine mutation technologique.

Les Français ne sont pourtant pas particulièrement à la traine : on trouve la même proportion de salariés largués par l’informatique en Allemagne, en Italie et en Espagne.

Mais il y a pire : quand on pose la question aux responsables des ressources humaines, ils portent un regard encore plus sévère sur le niveau numérique de leurs collaborateurs.

Pas moins de 42% d’entre eux les jugent effectivement dépassés par la technologie. Par rapport à l’an dernier, les DRH sont plus nombreux à penser que les salariés ne sont pas au niveau.

Comme si la transformation numérique allait de plus en plus vite et laissait davantage de salariés à la traine.

Source : Près d’un salarié sur trois se sent « dépassé » par les technologies numériques

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Yann Gourvennec

PDG & fondateur chez Visionary Marketing
Yann Gourvennec a créé le site visionarymarketing.com en 1996. Il est intervenant et auteur de 4 ouvrages édités chez Kawa. En 2014 il est devenu entrepreneur, en créant son agence de marketing digital Visionary Marketing.
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