Guillaume Pépy « les PDG ont un discours digital “casher” la réalité est ailleurs » 

G9+« Transformation digitale, où sont passés les PDG ». Dès l’ouverture de la conférence du G9+ du 21 octobre 2019 on nous promettait des «témoignages ouverts et sans tabous» et le premier invité, Guillaume Pépy, n’a pas fait mentir les organisateurs. A la fin de son mandat, et en pleine crise, suite à la grève d’octobre 2019 (droit de retrait ou grève surprise, selon les interprétations),  il a compati en se déclarant « désolé pour les clients dans la salle ».

Mais le sujet ici était tout autre, en l’occurence celui de la place du digital à la SNCF, une sorte de bilan numérique à la fin de ce mandat emblématique de 10 ans à la présidence de l’entreprise publique. Pas de doute, nous avons été servis en franchise et les enseignements sont nombreux, à l’issue de cette intervention.

Regard saignant d’un PDG sur le digital dans son entreprise

On y retrouvera aussi des points cruciaux qui ont déjà été relevés dans le cadre de notre projet iRevolution, « le musée des horreurs de la transformation digitale ». Dans un sens, à écouter son patron, nous aurions même pu prendre l’exemple de la SNCF pour peupler notre musée.  

PDG et digital
Frédéric Simottel interviewant Guillaume Pépy lors de cette conférence du G9+ du 21 octobre 2019

La Transformation numérique fait largement place à l’intuition et à la prise de risque, et Guillaume Pépy de nous rappeler la création de voyages-SNCF.com en 2000, soit « l’année de l’installation de Google en France ». Or, la SNCF « ne savait pas bien qu’en faire ». 

Deuxième phase, en 2013, il y eut l’embauche d’un CDO (parti un dans une banque ensuite) et le résultat n’a pas été à la hauteur de ce qui était rêvé selon le patron de la SNCF. « Tout le monde s’est éclaté » et le résultat a été que « [la SNCF] s’est rendue compte [qu’elle était] couverte de POCs et que ça ne sert à rien, sauf à se prendre pour Bill Gates ».

Quand le PDG rappelle le digital au principe de réalisme

La SNCF est désormais dans la 3ème phase, c’est-à-dire le retour au business. « On se rêve en groupe agile et on s’aperçoit qu’on est les premiers freins à ce changement » a déclaré, réaliste, le patron de la grande société de transports. 

PDG digital
Le PDG de la SNCF a souligné qu’à force de déifier les équipes digitales, le personnel de l’entreprise s’était senti ringardisé.

Le surnom des équipes digitales « jemelapète.com »

Avec tous les essais réalisés dans le digital à la SNCF, son futur ex PDG reconnaît cependant qu’il y a « du positif et des échecs ». Du côté positif, « des équipes libres et horizontales et qui créent des trucs formidables (ex : un logiciel d’échange de disponibilité, très opérationnel et  efficace) ». Une possibilité pour échapper à la lourdeur des grands groupes, a expliqué Guillaume Pépy, et inventer « des logiciels qui facilitent la vie ». 

L’échec, selon le PDG de la SNCF, c’est « le digital en marge de l’entreprise. Le surnom des équipes digitales était même « jemelapète.com” » a-t-il rajouté (je vous avais prévenus, il n’y a pas de langue bois). 

PDG digital
Notons au passage que ce domaine est disponible pour à peine 2195€, voilà qui pourrait faire de l’usage en beaucoup d’endroits.

Le résultat a été dévastateur selon lui : « les gens du métier étaient frustrés et relégués dans la ringardise ». Il n’y avait donc pas le choix, il fallait marier les deux et cela aussi est « incroyablement complexe ». « Car en fait, le digital ne répond pas aux grands plans d’entreprise, et la créativité du digital ne rentre pas dans la culture des grandes entreprises. Aussi, le temps du digital et le temps des boîtes (temps d’investissement) sont incompatibles ». 

« C’est maintenant qu’on commence à marier les deux » a expliqué Guillaume Pépy et « [il] croit à la réconciliation avec le management ».

Quid des réfractaires au changement ? 

Guillaume Pépy a réuni récemment 30 personnes pour poser la question : « comment faire la transmission des compétences numériques » et ils se sont aperçu que l’acceptation du numérique dans une société de 140 000 personnes en France fin 2019 était beaucoup moins positive que ce que nous révélait CEGOS dans une étude récemment analysée sur le blog de Visionary Marketing :

  • « 40-45% des gens considéreraient le digital comme un mal nécessaire »
  • « 20% ont “honte” (c’est le mot qui est sorti) et qui se cachaient et masquaient cette “tare” »
  • Le reste est composé des enthousiastes qui utilisent le digital pour faire avancer leur carrière. 

Et pour ceux qui se sentent à l’écart, « le seul garde-fou c’est l’humain (mécénat de compétences, aborder le sujet du digital en passant) ». Et la conclusion du patron de la SNCF sur ce point fait à nouveau écho au précédent billet sur l’étude CEGOS, « plus ils paniquent, moins il faut les former au digital ». 

Car « le mot fait peur » a-t-il ajouté, « il faut ramener le digital au métier, avec eux ». Je pense qu’il fait mouche sur ce point. Je l’ai vécu sur le terrain, former les réfractaires ne sert à rien, sinon à les conforter dans leurs peurs, et nos efforts acharnés pour les rassurer ne font que renforcer leurs peurs. 

J’ai d’ailleurs toujours été favorable à ce coaching par les pairs, dans des programmes de champions, où le coup de main peut venir du bureau d’à côté, sans pour autant rentrer dans une logique de formation descendante. 

PDG digital
Selon Guillaume Pépy, le surnom des équipes du digital était « jemelapète.com”. Aie aie aie.

Tous les PDG ont un discours sur le digital mais que vaut-il ? 

Il faut donc « créer un écosystème digital pour tous et et ne pas produire de castes » a fort sainement commenté Guillaume Pépy. Ainsi, la SNCF a créé les lieux 574 (pour les 574 km/h du record du TGV en 2007) afin de rencontrer les équipes digitales librement. C’est «un truc» a-t-il ajouté, mais cela permet de faire des choses sur le terrain pour dépassionner le débat autour de ce « mot qui fait peur »

« Tous les PDG ont un discours “casher” sur le digital, mais le sujet est le réel et le «réel frotte ! » a affirmé Guillaume Pépy. Quand c’est un grand patron qui le dit, cela a beaucoup plus de valeur. 

Et comme il l’avance « les employés voient les écarts entre ces discours de Comex et la réalité ». C’est ce gap entre réalité et discours qu’il faut réduire, en se rapprochant du terrain et en revenant à des choses plus terre-à-terre en matière de digital en le rapprochant du métier.

L’IA : ce mot à bannir

En conclusion, il « faut investir sur les compétences et ne pas donner crédit à la disparition de l’emploi industriel » et « changer cet horrible mot d’intelligence artificielle » auquel Guillaume Pépy préfère « intelligence augmentée ». Il souligne le désarroi des personnels, notamment ceux des métiers de la création et de l’optimisation, qui se sentent menacés par la modélisation de leurs compétences. En même temps, il souligne les gains mirifiques en termes de productivité industrielle, atteints grâce à ces systèmes et à la robotisation intensive. Un paradoxe important, une fascination et en même temps une crainte, avec une fort dose d’incertitude. 

Conseils de Guillaume Pépy aux nouveaux Comex

« Les nouveaux Comex doivent s’interroger non sur les budgets digitaux, mais sur la place du Comex dans la Transformation Digitale » a déclaré Guillaume Pépy pour conclure sa présentation. « Y-a-t-il un gain par le digital, le collaboratif est-il incarné par le Comex, le RH est-il moteur, etc.» 

Un discours rafraîchissant. Les choses vont tellement mieux quand on reconnaît les problèmes, il est ainsi beaucoup plus facile d’y remédier. 

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Yann Gourvennec

PDG & fondateur chez Visionary Marketing
Yann Gourvennec a créé le site visionarymarketing.com en 1996. Il est intervenant et auteur de 4 ouvrages édités chez Kawa. En 2014 il est devenu entrepreneur, en créant son agence de marketing digital Visionary Marketing.
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