L’hémorragie du commerce de proximité au Royaume Uni (et ailleurs ?!)

Le commerce de proximité — et la distribution en général — aux prises avec le digital et la crise

La distribution souffre. Il suffit d’ouvrir les journaux, on en parle tous les jours, c’est un peu la panique avec toujours la même raison invoquée qui cache aussi un aveu d’impuissance : « résister à la vague de l’e-commerce« . Le récent pataquès qui a été créé par l’ouverture dominicale d’un magasin à Angers récemment, a été cependant l’arbre qui a masqué la forêt des nombreuses enseignes (plus petites) qui le font déjà à Paris régulièrement. Tout cela est un signe annonciateur de grands bouleversements à court terme.

Il suffit de savoir par exemple que le monde de la distribution emploie 200 000 caissiers·sières pour se douter que les choses vont arriver d’ici peu. Je ne dis pas d’ailleurs qu’il faut s’en réjouir et je me demande bien comment nous allons reclasser tous ces personnels. J’entends bien ici et là dire que les métiers de demain deviendront des métiers entièrement à valeur ajoutée, qu’il faut encore inventer… j’ai quand même quelques doutes.

Et pourtant, ces grands bouleversements, la distribution a eu le temps de les voir venir (ici il y a 12 ans). Les premiers essais réels de caisse automatique datent du début des années 90 aux États-Unis. Dès 1995 les magasins se sont mis à les tester en France, on ne peut pas dire que ce soit de la « nouvelle » technologie.

commerce de proximité au RU
Au Royaume Uni, le commerce de proximité souffre. Notamment, mais pas seulement à cause d’Internet

Au Royaume-Uni, la situation n’est pas bien plus florissante. Je me souviens des débuts du Web où les craintes les plus irrationnelles y circulaient sur « la future disparition du commerce de proximité (The end of the High Street en anglais) ».

Les maux du commerce et du commerce de proximité ne sont pas que le fait d’Amazon

Ce n’est pas arrivé … tout de suite. Mais ce n’est pas pour autant que la vague du changement n’a pas été violente, elle s’est simplement déplacée avec le temps car, on l’oublie souvent, en innovation aussi il faut laisser du temps au temps.

Il serait faux de croire que seul le commerce en ligne responsable de la disparition des magasins. La réalité des choses et bien plus complexe. Pour cela, je vous propose de découvrir un article du Guardian que je traduis en français car je me suis aperçu qu’il était un bon prolongement d’un autre article que nous avons écrit sur ce sujet pour notre client iRévolution et sur lequel je reviendrai bientôt.

Toujours est-il qu’au pays qui ne sera bientôt plus celui des boutiquiers on en appelle au Gouvernement (c’est le monde ou la Manche à l’envers) pour sauver ce qui peut l’être. Gouvernement qui doit avoir en ce moment, je crois, bien d’autres chats à fouetter. 

Les détaillants appellent à l’action alors face à l’accélération des fermetures de magasins de centre ville

Traduction d’un article du Guardian du 11 septembre 2019 – Sarah Butler @whatbutlersaw

Le gouvernement est exhorté à intervenir face à une crise qui a mené à la perte de  dizaines de milliers d’emplois

Les chiffres mettent en exergue une crise du commerce de centre ville qui a causé  fermeture de dizaines de milliers d’emplois.

commerce de proximité - distribution transformation digitale
Le commerce de proximité n’est pas au mieux de sa forme au Royaume Uni. Est-ce le début de la fin des rues commerçantes et la désertification des centre-villes ? (infographie – The Guardian)

Les détaillants et les syndicats demandent au gouvernement d’agir d’urgence pour aider les commerces de centre ville qui se débattent avec la crise, car des données chiffrées récentes démontrent que le nombre de magasins, de pubs et de restaurants vides augmente à un rythme inégalé depuis près d’une décennie.

Une moyenne d’environ 16 magasins ont fermé leurs portes chaque jour au cours du premier semestre 2019, alors que 9 seulement se sont créés dans le même temps, ce qui s’est traduit par une baisse nette de 1 234 franchisés dans les 500 plus grandes rues commerçantes de Grande-Bretagne, selon une analyse de PricewaterhouseCoopers (PwC) et des analystes du commerce de centre ville la Local Data Company (LDC).

Cette baisse, qui ne concerne pas les magasins indépendants, a été plus rapide que l’an dernier (1 123 fermetures nettes enregistrées au cours de la même période et seulement 222 en 2017) et est la plus élevée enregistrée depuis 2010, date à laquelle LDC a commencé à analyser le commerce de centre ville britannique.

Les données sur les fermetures d’ateliers témoignent d’une crise qui a coûté des dizaines de milliers d’emplois dans les grandes rues. L’industrie du commerce de détail employait 57 000 personnes de moins au cours des trois mois qui se sont terminés fin août par rapport à la même période l’année précédente, selon les nouvelles données de l’Office national de la statistique (ONS) publiées mardi. C’était le cinquième trimestre consécutif de baisse.

De grandes chaînes comme Karen Millen, Jack Wills, Bathstore, Patisserie Valerie et Debenhams ont été placées en redressement judiciaire cette année ce qui faisait suite déjà à l’effondrement de House of Fraser, Evans Cycles, Maplin et Poundworld en 2018. 

Certaines de ces chaînes sont toujours en activité, reprises par de nouveaux opérateurs après leur faillite, mais elles ont fermé des points de vente.

De nombreux autres distributeurs, dont le propriétaire de Topshop Arcadia, Monsoon, New Look, Carpetright et Homebase ont été forcés de chercher des accords juridiques avec les propriétaires de leurs murs pour fermer des magasins et réduire leurs factures de loyer pour éviter l’insolvabilité.

« Le gouvernement doit s’attaquer à la crise grandissante qui sévit dans nos rues commerçantes », a déclaré Paddy Lillis, secrétaire général du syndicat des commerçants Usdaw, qui a lancé une pétition Save our Shops (Sauvez nos magasins »).

Usdaw, et certains des plus grands détaillants du Royaume-Uni, dont Tesco et Sainsburys, ont exigé une révision des taux d’imposition sur les sociétés (IS) et d’autres taxes pour s’assurer de jouer à jeu égal avec leurs concurrents en ligne. 

Le mois dernier, plus de 50 grands détaillants britanniques, incluant Marks & Spencer Harrods, Greggs et John Lewis ont écrit au chancelier Sajid Javid pour exiger une révision urgente des tarifs commerciaux afin de protéger le commerce de centre ville.

Ils ont souligné que les détaillants représentaient environ 5 % de l’économie britannique, mais qu’ils payaient environ 10 % de l’ensemble des taxes professionnelles et environ 25 % de l’impôt foncier des entreprises (NDLR: Business rates en anglais).

Usdaw souhaite également un meilleur soutien et un salaire minimum de 10 £ de l’heure pour aider à protéger les 4,5 millions d’emplois dans le secteur du commerce de détail.

Le gouvernement a récemment augmenté son fonds de sauvetage du commerce de centre ville de 325 millions de livres sterling, pour le porter à 1 milliard de livres sterling, promettant d’injecter des fonds supplémentaires dans 100 villes dont Blackpool, Scarborough et Clacton. 

Il  a également annoncé l’octroi d’un allégement tarifaire de 900 millions de livres sterling aux petits détaillants et la création d’un groupe d’experts chargé d’aider les autorités locales à élaborer des « stratégies innovantes pour faire évoluer le commerce traditionnel ».

Mais les commerçants affirment qu’une refonte complète des taxes foncières est nécessaire pour aider à repousser la concurrence d’opérateurs uniquement en ligne tels qu’Amazon et Asos.

« Il est donc vital que le gouvernement soutienne l’industrie pour qu’elle fasse les investissements nécessaires pour s’adapter », a déclaré le Dr Liliana Danila, économiste au British Retail Consortium.

« Le système de taux d’imposition des entreprises freine l’investissement, réduit la productivité et accroît les disparités régionales… Le gouvernement doit s’attaquer aux réformes indispensables à ce régime fiscal désuet avant que d’autres emplois ne soient perdus et que des magasins ne soient fermés ».

Les chaînes de franchisés ont été touchées par un cocktail fait de la baisse de confiance des consommateurs, qui ont réduit leurs dépenses, de l’augmentation des coûts liés aux taxes foncières des entreprises, d’une augmentation du salaire minimum légal et de l’augmentation des prix de revient en raison de la baisse de la valeur de la livre depuis le référendum sur l’Europe.

L’essor des achats en ligne et l’évolution de la façon dont les consommateurs utilisent leur temps libre – avec l’emploi d’une plus grande partie de leur argent de poche pour les vacances et les repas à la maison – ont également frappé le commerce traditionnel et les centres commerciaux.

Les chaînes de mode ont été les plus durement touchées au cours des six premiers mois de l’année, avec la perte nette de 118 magasins, de chaînes comme New Look, LK Bennett et Greenwoods, le spécialiste de la mode masculine basé dans le Yorkshire. Elles ont connu des restructurations ou même fait faillite, selon l’étude PwC/LDC.

Les restaurants, les agents immobiliers, les pubs et les bars ont également enregistré un nombre important de fermetures. Le Pays de Galles a été la région la plus durement touchée, avec une baisse nette de 2,3 % du nombre de magasins. C’est à dire qu’un magasin sur 44 au Pays de Galles a fermé ses portes au cours du premier semestre de cette année. 

Toutes les régions ont enregistré une baisse du nombre de magasins. L’est de l’Angleterre, l’ouest et l’est des Midlands, le Yorkshire et le Humber ont tous enregistré une baisse de plus de 2 %, tandis que le Grand Londres et le sud-ouest de l’Angleterre se situaient juste au-dessous de 2 %.

« Il n’y a eu aucun répit dans l’évolution des habitudes d’achat des consommateurs et les pressions sur les coûts qui affectent les exploitants de grandes surfaces », a déclaré Lisa Hooker, chef des marchés consommateurs chez PwC. « Alors que les habitudes de consommation et les loisirs des consommateurs changent continuellement, il se pourrait qu’on ait moins besoin de rues commerçantes à l’avenir ».

Il y a quelques success stories dans le commerce de proximité : les plats à emporter, les centres de préparation physique, les animaleries et les magasins de discount sont les points de vente qui connaissent les croissances les plus rapides.

On s’attend à une baisse similaire du nombre de magasins au cours du deuxième semestre de 2019, car des opérations de restructuration récemment approuvées, y compris celles de Topshop et du propriétaire de Dorothy Perkins, Arcadia, sont en cours. Lisa Hooker a affirmé qu’il pourrait y avoir une plus grande stabilité l’année prochaine « sous réserve de l’évolution du contexte de l’économie et de la politique dans le monde ».

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Yann Gourvennec

PDG & fondateur chez Visionary Marketing
Yann Gourvennec a créé le site visionarymarketing.com en 1996. Il est intervenant et auteur de 4 ouvrages édités chez Kawa. En 2014 il est devenu entrepreneur, en créant son agence de marketing digital Visionary Marketing.
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