De l’hospitalité digitale, de l’aliénation et des freins à l’adoption du numérique avec @BeerBergman

Beer Bergman apporte une vision philosophique et originale de l’adoption du numérique

Hospitalité digitale : voici un concept original apporté par Beer Bergman, au travers d’un ouvrage publié chez Kawa en 2018 qui s’intitule  » Bienvenue à l’hospitalité digitale  »

L’adoption du numérique reste une énigme. D’une part tout le monde utilise les technologies que l’on finit par ne plus nommer « nouvelles », comme nous l’avons démontré avec mon compère Hervé Kabla dans notre dernier ouvrage « le digital expliqué à mon boss ». D’autre part, une grande fracture subsiste entre les exclus et les inclus du digital.

hospitalité digitale
Le digital est une porte ouverte sur le monde mais est-il toujours accueillant ? Beer Bergman nous pose la question avec son ouvrage sur l’hospitalité digitale

À quelques exceptions près, dues essentiellement à des phénomènes de mode (Snapchat par exemple et toutes les autres plateformes qui en leur temps l’ont précédé sur ce créneau de la jeunesse) cela n’est pas seulement une question d’âge. Des personnes de toutes les générations, y compris des jeunes, se sentent parfois démunis, à divers niveaux, sur cette « planète » digitale qui ne devrait pas être une terre étrangère et qui malgré tout le reste encore pour beaucoup. 

L’hospitalité digitale à tout âge

Je le vois, dans les recrutements scolaires et au travers des nombreuses cohortes de jeunes que je vois passer depuis plus de 10 ans, de grands pans de cette vaste discipline restent souvent mystérieux. 

En outre, ce qui paraît évident dans un certain contexte (nous sommes tous sur les médias sociaux le soir) ne l’est pas forcément dans un autre (la messagerie instantanée vs le mail pour beaucoup de jeunes qui une fois arrivés dans l’entreprise reproduisent les mauvais comportements des générations antérieures)

En cela, le digital est un peu comme un pays nous explique Beer Bergman. Un pays qui attire et en même temps qui rejette. Un pays qui s’impose comme une évidence ou une terre promise et en même temps reste mystérieux pour beaucoup d’entre nous. 

Ses habitants vous accueillent et en même temps ils vous renvoient à leurs stéréotypes. Cela Beer l’a vécu et le vit encore, même après un très très long séjour sur un sol « étranger » (rien que le nom…) comme toutes les personnes ayant changé de pays. 

De la même manière, le digital attire et il rejette. Il attire car il est désirable – voire incontournable – et il rejette tous ceux qui ne comprennent pas son langage et se sentent exclus. Peut-être même énervés. 

« Je vous comprends monsieur »

Cette notion d’étrangeté et d’hospitalité je la connais bien. Je la tutoie tous les jours en ma qualité de directeur de programme de l’Advanced Master’s in digital business strategy de Grenoble Ecole de Management. 

Je reçois ainsi beaucoup d’élèves qui postulent pour ce programme de très haut niveau et hautement spécialisé en digital, focalisé sur cette matière protéiforme et changeante. 

Hispitalité digitaleAlors que j’expliquais à ma femme dans un restaurant combien il était parfois difficile de trouver l’adéquation au programme vis à vis d’un candidat donné et comment je procédais pour éviter les « erreurs de casting » fatales encore plus à l’élève qu’au programme lui-même, mon voisin de table m’interrompis : « comme je vous comprends ! » me dit-il. 

Je pris ensuite conscience du fait qu’il était malentendant et comme je ne saisissais pas bien ce qu’il voulait dire il ajouta : « je me suis permis d’écouter et je vous ai entendu sur le ‘digital’ (prononcé avec une moue) ». « Il y en marre de ces c…..ies » ajoutait-il. 

Alors que je lui expliquai la vraie nature de mes propos, relatifs à la nécessaire exigence des professionnels, très pointus, de ces disciplines, il haussa les épaules et je sentis et même compris son énervement. 

L’énervement de quelqu’un qui ne comprend pas bien pourquoi on fait tout ce bruit à propos de ce qui n’est, et il a sans doute raison, qu’un ensemble de technologies de l’information. 

Mais des technologies qui ont transformé le monde, profondément. 

Par ailleurs, cet énervement est aussi compréhensible à l’aune des difficultés, peut-être devrions-nous parler de crise de jeunesse, de la discipline tout entière. 

Cela, et bien d’autres choses encore, Beer Bergman, qui a vécu les balbutiements de ces technologies nous le décrit, dans un livre Kawa et dans cette interview qu’elle nous a offerte il y a peu dans nos bureaux. Elle apporte dans cet ouvrage une vision philosophique inhabituelle et riche d’enseignements sur ces phénomènes que nous avons l’habitude d’analyser de manière souvent trop superficielle. 

4 freins de l’adoption du numérique au prisme de l’ hospitalité digitale

Interview de Beer Bergman

L’hospitalité comme grille de lecture du numérique 

Je me suis rendu compte que beaucoup de gens parlent du numérique avec des mots qui touchent au concept de l’hospitalité. Ils rappellent des idées d’aliénation, d’isolation, d’ennemi, d’intrusion, d’invité attendu et d’invité inattendu.

Il est possible d’analyser les freins à l’adoption du numérique au travers de ce prisme. 

premier frein : la pratique du numérique

Les pionniers ont façonné le digital ensemble. Mais ceux qui se lancent aujourd’hui ne se sentent pas toujours très à l’aise, parce qu’ils se trouvent confrontés à une culture qu’ils ne connaissent pas.

Ils se sentent un peu comme des étrangers dans un pays qu’ils ne comprennent pas et dont ils ont parfois du mal à appréhender les coutumes.

De plus, l’utilisation de la machine peut être source de problème pour certains. Une étude de l’OCDE à en effet montré que 70% de la population âgée de 16 à 65 ans, sur son territoire, a un niveau faible en Informatique. Et ce n’est pas un problème de moyens, puisque plus de 50% de la population mondiale a accès à internet.

En d’autres termes, une partie de la population n’a pas les capacités informatiques nécessaires pour suivre l’évolution des outils numériques et les utiliser.

deuxième frein : le frein social

Beaucoup de gens pensent qu’avec Internet et notamment les réseaux sociaux, on est moins sociables qu’autrefois.

Pourtant, si vous êtes d’avis que, quand on regarde sur son smartphone on est coupé du monde et qu’on n’est pas sociable, c’est que vous vous concentrez sur la technologie et non sur l’acte social qui se réalise à travers elle.

troisième frein : la barrière économique

Avec un nombre croissant de scandales autour des données personnelles, de plus en plus de personnes se dressent contre l’utilisation de leurs données. Elles ne veulent pas que d’autres créent de la richesse sur ce qu’ils produisent, ce qui est problématique pour le marketing digital car celui-ci est justement conçu autour de ce principe. 

quatrième frein : la politique

C’est le frein que les gens se mettent quand ils disent: “je ne veux pas être surveillé donc je vais me couper de l’Internet parce que je ne veux pas que les autres voient ce que je fais ni ce que je pense.” Cette peur est légitime et elle requiert que l’on prenne ses précautions. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faut se couper du monde ni se réfugier derrière une peur souvent irrationnelle. 

La vrai question du numérique de demain 

Quel modele créer pour d’un coté créer de la richesse et de l’autre, respecter les utilisateurs, sachant que pour ce qui concerne les quatre freins cités plus haut la plupart de ces utilisateurs sont concernés par au moins un d’entre eux. 

Malgré tout je pense qu’on peut être optimiste pour l’avenir du numérique si on retrouve les valeurs fondamentales de notre société : dont l’hospitalité.

De l’hospitalité digitale, de l’aliénation et des freins à l’adoption du numérique avec @BeerBergman was last modified: janvier 31st, 2019 by Yann Gourvennec
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Yann Gourvennec

PDG & fondateur chez Visionary Marketing
Yann Gourvennec a créé le site visionarymarketing.com en 1996. Il est intervenant et auteur de 4 ouvrages édités chez Kawa. En 2014 il est devenu entrepreneur, en créant son agence de marketing digital Visionary Marketing, en association avec Effiliation. Il est directeur de programme du Mastère Spécialisé Digital Business Strategy de Grenoble Ecole de Management depuis 2015
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