| English Home | Contact | L'auteur |

Marketing strategique, cours marketing et SI Marketing
 
  Compte-rendu de la 11ème Conférence (suivie d’un atelier d’application), de Repères (1), EDF R&D, qui s’est tenue le 12 mai 2005, au Centre Chaillot Galliéra, Paris  

 Accueil | Textes | Articles | Livres | Archives | Liens | Newsletter | Stats | Jobs | Blog |

 

 Recherche & Newsletter

 
   
                            LES DETERMINANTS DE L'INFIDELITE DES CONSOMMATEURS 
 
 
   
 

Compte-rendu de la 11ème Conférence (suivie d’un atelier d’application), de Repères (1), EDF R&D, qui s’est tenue le 12 mai 2005, au Centre Chaillot Galliéra, Paris, sur le thème :

  Les déterminants de l'infidélité des consommateurs

             
     "Les déterminants de l'infidélité des consommateurs"

 
   


Mot clef   

 

 

Courriel   
Courriel   
frenchweb.fr - visionary marketing est un site du frenchweb.fr
un site du FrenchWeb
 
     
   

Programme de la conférence :

de 8h30 à 10h30, Petit déjeuner débat avec

  • 8h30 à 10h30 Conférence avec Gilles LIPOVETSKY , Philosophe et Sociologue, Professeur à l'Université de Grenoble : "Temps paradoxal de l'Hypermodernité";
  • entouré de Jean-Pierre TEMIME, Directeur, Stratégie Communication et Innovation au sein de France Télécom Services de Communications d'Entreprise;
  • Dwight MERUNKA, Professeur agrégé de marketing à l'IAE Aix en Provence, spécialiste du comportement des consommateurs
  • Médiateur : Bernard COVA, Directeur du Laboratoire Savoir Sud, Professeur ESCP-EAP

 

  • de 10h45 à 12h15
    • Atelier d’application animé par Dwight MERUNKA avec Bernard COVA

Marie-Claude Louyot-Gallicher, EDF R&D, introduit cette 11ème conférence de Repères, groupe de recherche en marketing, qui a été créé il y a exactement 3 ans au sein de la R&D en partenariat avec le Laboratoire Savoir Sud.

 

    
 
 
1/ Intervention de Gilles LIPOVETSKY, Université de Grenoble  

Ndlr: Pas de support pour cette présentation de Gilles Lipovetsky, qui n'en fut pas moins brillante et captivante. On remerciera particulièrement Marie Louis Louisy d'avoir pris des notes très précises de cette intervention, qui nous permettent d'en livrer ici les principaux points.

Un concept clé : celui de l’hypermodernité (2): « S’est mise en orbite une seconde modernité déréglementée et globalisée, sans contraire, absolument moderne, reposant pour l’essentiel sur trois axiomatiques constitutives de la modernité elle-même : le marché, l’efficacité technicienne, l’individu […].

Voici le temps de la modernité achevée. Hypercapitalisme, hyperclasse, hyperpuissance, hyperindividualiste ? Qu’est-ce qui ne révèle plus une modernité élevée à la puissance superlative ? L’escalade paroxystique du « toujours plus » s’est immiscée dans toutes les sphères de l’ensemble collectif ». La consommation ne résiste pas à cette « escalade paroxystique du « toujours plus » ». Elle implique un rapport fondamental au temps : la société de consommation des années 50 a désormais laissé la place à l’ère de l’hyper-consommation. On assiste en effet, fin des années 70, à la « technologisation » des foyers et par-dessus tout à l’équipement des individus d’un même foyer, signe de l’escalade d’un certain individualisme.

Car, hypermodernité semble aller de pair avec l’individualisation de la société. En outre, la société d’aujourd’hui se caractérise par des usages de plus en plus personnalisés, des espaces et des biens de consommation, par des temporalités divergentes (individualisation du temps), une déstabilisation des modèles culturels de classe et un désenclavement des stéréotypes ; le turbo-consommateur tel que l’appelle M. Lipovetsky aussi qualifié de consommateur nomade et infidèle s’est affranchi des classes et des règles. Désormais, on ne consomme plus pour sa distinction sociale mais bien pour vivre des émotions, de la nouveauté, de l’expérience.

De fait, les produits achetés auparavant pour la représentation sociale (standing) le sont maintenant pour la consommation ludique (nouveauté/sensualisme). La consommation semble alors être plus puissance d’animation de soi que puissance d’aliénation. Revivifier le temps par des nouveautés, rajeunir son vécu, vivre de nouvelles émotions sont les credo de l’homme hypermoderne. Nous sommes aussi dans une époque de sensualisation et d’esthétisation de masse et aussi d’efficacité, de performance, de vitesse. Aussi, l’hypermodernité rime également avec « chrono-réflexivité individualiste », concept que décrypte M. Lipovetsky en insistant sur le fait que la valorisation du passé loin d’être traditionaliste est associée à la recherche du bien-être et de la qualité de vie ; les valeurs du passé sont adaptées pour concevoir ce nouveau bien-être. La quête des racines et de la mémoire historique, actuellement plus forte que jamais, ne doit pas être interprétée comme une nostalgie du passé mais bien une volonté de mieux comprendre et de vivre son présent : « le passé nous séduit, le présent nous gouverne ». Enfin l’âge hypermoderne est traversé de paradoxes. Paradoxes des comportements humains : l’hypermodernité fabrique dans le même mouvement « de l’ordre et du désordre, de la dépendance et de l’indépendance subjective, de la mesure et de la démesure . Tout ne fonctionne pas à l’excès mais plus rien ne se trouve épargné, d’une manière ou d’une autre, par les logiques de l’extrême ». Paradoxes du temps de l’hypermodernité : on assiste à la fois

  • au culte du présent avec « l’avènement de la société mode restructurée de fond en comble par les techniques de l’éphémère, du renouvellement et de la séduction permanente (mécanismes multiformes de la séduction : nouveauté, hyperchoix, self-service) ». C’est une culture hédoniste qui est valorisée, la consommation comme promesse d’un présent euphorique ;
  • au culte désinvolte d’un futur incertain, que l’on perçoit avec anxiété comme le prouve une demande généralisée de protection, de prévention des risques. C’est donc « sous les traits d’un composé paradoxal de frivolité et d’anxiété, d’euphorie et de vulnérabilité, de ludique et d’effroi, que se dessine la modernité de deuxième genre ». Contrairement à certains penseurs porteurs de visions pessimistes de l’avenir, GL considère au contraire que l’hypermodernité peut conjuguer fort bien consommation et valeurs humanistes.

2/ Intervention de Jean-Pierre TEMIME, France Télécom

France Telecom face à  la concurrence

visualiser la version html de la 1ère présentation

France Telecom face à  la concurrence

télécharger la version pdf de la 1ère présentation

J-P Temime nous fait un retour sur l’expérience de France Télécom qui, depuis 1998, doit faire face à la concurrence dans les télécommunications. Il nous livre d’ailleurs les recettes qui, selon lui, ont permis à France Télécom de résister aux concurrents jusqu’à présent. Selon M. Temime, la concurrence se prépare de la façon suivante : en agissant sur le catalogue des produits ainsi que sur la fidélité du client. Comment ? En baissant les tarifs là où la marge est plus élevée, en augmentant les tarifs là où les marges sont faibles. Quant à la fidélisation, elle vient des services qui, eux, jouent sur l’image de marque.

JP Temime revient sur la période de l’ouverture des marchés qu’il qualifie de période de profusion des acteurs, profusion permise par le rôle de l’ART dont « le principal objectif est de tuer le monopole ». En effet, le marché des télécoms enregistrait fin 2000 plus de 1530 fournisseurs de services et 67 opérateurs de télécommunications. Après s’être livrés la « guerre », ces derniers ne sont plus qu’une dizaine aujourd’hui. Il constate que, durant cette période, l’opérateur historique n’a pu que se défendre d’une part, face au régulateur qui n’appliquait pas les mêmes règles à tous ( opposition opérateur historique/ nouveaux acteurs) et d’autre part, face aux différents acteurs qui n’avaient pas le même positionnement stratégique.

FT a inévitablement perdu des parts de marché sur son coeur de métier qui était alors « le transfert d’information » et a dû donc changer de business model prenant conscience de la nécessité de se diversifier : « il a fallu aller chercher de la croissance ailleurs ». FT a donc entrepris une différenciation autour des produits et services à domicile pour les particuliers, les services aux entreprises, en élaborant une nouvelle vision autour de la création de services innovants renforçant les valeurs de la marque ; Cette vision se base sur trois univers de consommation, «familial », « entreprise », « déplacements » qui s’interpénètrent et au sein desquels l’entreprise observe non seulement les comportements des consommateurs mais la place que prennent les média de télécommunications. Il en résulte un nouveau positionnement de l’entreprise comme fournisseur de services répondant à cette vision - des packages pour contourner la réglementation - et innovateur sur le « fixe », le « mobile » et l’Internet – c’est la course à l’innovation. FT travaille également sur la notion de confiance et les valeurs de la marque car même des valeurs fortes peuvent se dégrader rapidement et n’empêchent pas le risque de désaffection vis-à-vis de la marque.

JP Temime cite l’exemple de Cegetel qui connaît aujourd’hui un franc succès et qui pourtant n’est pas associé à des valeurs particulières. La dérégulation a donc entraîné une série de remises en question et de changements, expérience cependant « vivifiante » et que continue à vivre FT. Concernant la gestion des ressources humaines, France Télécom a choisi de mettre en place un dispositif de pacte social selon lequel la Direction s’engageait à maintenir l’entreprise à flot moyennant la coopération des salariés qui devaient accepter de changer de métier.

3/ Intervention de Dwight MERUNKA, IAE Aix en Provence et Euromed Marseille

Fidélité et infodélité des consommateurs
Fidélité et infidélité des consommateurs

 

De plus en plus, les entreprises doivent traiter avec des clients multi-fidèles à différentes marques : l’infidélité n’est pas un tabou, elle est « normale ». Souvent, le consommateur est amené à faire un arbitrage entre les trois composants principaux de la prise de décision : la marque, le prix et le service. La littérature marketing s’intéresse depuis longtemps à la compréhension du comportement du consommateur, du phénomène de « switch ». Les variables qui permettraient à la relation client de perdurer sont à ce jour bien établies dans la littérature. Les principales sont :

  • l’absence d’alternatives;
  • les barrières au changement : si elles incitent effectivement les clients à maintenir la relation, il ne faut pas non plus qu’à terme ils se sentent piégés dans la relation auquel cas un sentiment d’hostilité pourrait naître et nuire à la relation;
  • les incidents critiques lors d’une prestation de service;
  • la qualité perçue.

Certains chercheurs ont pu également établir des liens entre satisfaction et fidélité ou rétention. Or des études empiriques ont montré que la qualité d’un produit ou d’un service et la satisfaction du client à leur égard ne garantissaient pas la fidélité du consommateur. le concept de confiance est influencé entre autres par la qualité perçue. Cette confiance va induire des relations affective et cognitive

le concept d’engagement (« commitment ») – « j’ai pas envie de switcher » - affectif en particulier, qui peut expliquer les comportements de fidélité effectifs. Pour cela, il convient de se concentrer sur l’image de marque et de construire ou refondre une identité de marque. Ce concept d’engagement est également très fortement lié à celui d’implication du client vis-à-vis des produits ou services. Dans le cas de l’électricité, travailler sur l’engagement reviendrait à (re)-construire du sens autour de l’électricité, à personnaliser davantage la marque EDF. Ces variables sont reliées entre elles par des liens de corrélation plutôt que de causalités. En outre, de nombreuses variables intermédiaires entrant en ligne de compte dans la modélisation du switch sont souvent oubliées. D. Merunka précise qu’il existe des échelles de mesure pour ces différentes variables. Il propose par ailleurs un modèle mettant en relation les quelques variables principales influençant le switch.

Intervention de J.P. Temime sur l’importance de l’image de marque : France Telecom a choisi dans le cadre d’une stratégie métiers (téléphonie fixe, téléphonie mobile et Internet) de se filialiser, créer de l’engagement en jouant sur les marques : la marque corporate FT qui chapeaute l’ensemble se veut rassurante, associée à des valeurs fortes, notamment de service public ; les marques « filles », Orange et Wanadoo, représentent quant à elles l’innovation, la volonté de l’entreprise de garantir aux clients une grande diversité de produits et de services adaptés à leurs besoins. C’est donc un engagement à la marque que FT tente de développer mais le prix des produits et des services continue à peser dans la balance de cet engagement des clients vis-à-vis de l’entreprise. Le renforcement de l’image de marque constitue un des fondamentaux pour se différencier mais n’est pas suffisant. Concernant, les déterminants de la fidélité et de l’infidélité, ils sont, à peu de choses près, semblables. La différence réside dans le fait qu’un sentiment d’insatisfaction, nourri par une succession d’incidents critiques, peut nuire très rapidement à la relation et provoquer des comportements de switch alors qu’un sentiment de satisfaction à l’égard d’une marque ne conduit pas systématiquement à une fidélité effective : « on perd beaucoup plus vite que l’on gagne ». Ce phénomène est parfois appelé « asymétrie des facteurs ».

Compte-rendu de l'atelier :

Sous l’impulsion des médiateurs, Bernard Cova et Dwight Merunka, les échanges avec les
participants se sont constitués autour d’un modèle élaboré par Dwight Merunka au sujet du
concept d’engagement des consommateurs.

Modele d'engagement des consommateurs de Merunka

Explicitation du modèle :

Note: Modèle testé empiriquement en B to B.

Engagement affectif : (Want to): attachement émotionnel ou identification avec l’organisation ou la marque. Un lien psychologique affectif.

Engagement calculé : (Need to): besoin de rester en relation

  • évaluation de l’utilité et des bénéfices
  • coûts du changement, dépendance, manque d’alternatives (contraintes)

Engagement normatif : (Ought to): lie le consommateur à la marque ou au service par obligation (normes subjectives, désir de conformité, concept de soi)

Quelques idées dégagées pendant l’atelier (en vrac..) :

  • Un chercheur comme Fournier a mis en évidence que les incidents critiques touchent les plus engagés, ces incidents critiques sont aussi parfois l’occasion de révéler l’importance de la qualité que l’on attend d’un service.
  • Les engagements affectif et social ou normatif sont souvent liés. Pour EDF, le développement d’un engagement normatif peut faire sens : « le kilowatter soutenable », l’électricité verte qui peut susciter la passion et donc l’engagement normatif. Interventions de responsables marketing des professionnels : le problème est que les clients réfléchissent à court terme. Il est difficile de les amener sur un plan pluriannuel à 3 ans. Ils ne s’engagent que sur un an.

Intervention de Luc Lorges, Directeur commercial EDF Côte d’Or : distinction entre les « chasseurs » qui font beaucoup de contrats et les « éleveurs » qui privilégient l’orientation relationnelle.

De nombreuses questions ont émaillé tout le cours de l’atelier dont : celles d’une responsable marketing pros ou entreprise : alors que nos clients déclarent qu’ils sont satisfaits et affirment qu’ils n’ont pas l’intention de changer de fournisseur d’électricité, comment expliquer que les comportements effectifs évoluent d’une année sur l’autre ?

Réponse de Bernard Cova : Les clients animés par la peur du risque pensent que les barrières au changement sont plus importantes qu’elles ne le sont en réalité. De leurs côtés, les concurrents s’évertuent à montrer que les barrières au changement ne sont pas infranchissables mettant en avant leurs atouts de leurs propres produits et services, ce qui va influer sur l’engagement calculé dans le sens du switch. Pour éviter cela, une solution pour EDF serait par exemple d’arriver à recréer et à entretenir dans l’esprit des preneurs de la décision d’achat des barrières au changement suffisamment élevées par un suivi très personnalisé de l’acheteur. Le personnel au contact est en ce sens fondamental. Selon B. Cova et D. Merunka, les multiples services ajoutés ne font que fidéliser partiellement si il n’y a pas de barrières au changement en complément. Une autre stratégie serait de récréer des normes subjectives pour élaborer un engagement normatif autour de l’électricité voire à termes créer des tribus, des communautés. Pourquoi pas une « électricité strasbourgeoise » s’appuyant sur le sentiment d’appartenance à une identité alsacienne. Toutefois, il semble important de garder à l’esprit que tout est impliquant mais pas pour tout le monde et que l’implication est aussi parfois éphémère.

S’agissant de l’offre EDF Pro : selon les marketers, la gamme est articulée autour du concept d’engagement affectif (cf. spots publicitaires avec la tête des conseillers clientèle qui se superposent à celle des artisans boulangers). On peut aussi interpréter ces campagnes comme « débarrassez vous des contraintes, une relation qui vous rassure, en apportant des solutions », dans ce cas on n’est pas tout à fait dans l’engagement affectif, la mise en scène d’un produit ou d’un service « utilitaire » créant un engagement calculé et non affectif.

     
 
 

(1) Pôle de recherche en Marketing animé par Marie-Claude Loyot, Myriam Louis-Louisy et avec la collaboration d'Audrey Bonnemaison

(2) Lire Gilles Lipovetsky (2004), Les temps hypermodernes, Grasset

 

 

V O T R E  A V I S
 
 
 

 

En association avec  
  marketvente.fr  
  Manager-Go  
     
     
     
     
     

 Accueil | Textes | Articles | Livres | Archives | Liens | NewsletterStats |

       

Copyright © 1996-2008 Visionarymarketing.com Yann A Gourvennec

Template designed by Holden-vs-Ford.com © 2002