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Les modèles de localisation-allocation regroupent d’une manière
générale cinq composants de baset :
- la fonction objectif : c’est une fonction qui intègre la notion
de distance séparant les consommateurs aux emplacements potentiels
des points d'offre ainsi éventuellement qu’une mesure de leur
attractivité. Elle quantifie donc l’accessibilité globale des
points d'offre vis-à-vis des clients. les points de demande :
ils représentent le niveau de la demande concernant un ensemble
de biens sur une zone géographique ( région, ville, quartier..).
- Les points de demande correspondent en général à des cellules
de forte densité de population disposant d’un pouvoir d’achat
intéressant.
- les emplacements potentiels : ce sont les localisations possibles
en termes de disponibilité foncière, coût, accessibilité.
- la matrice d’éloignement ou de temps : cette matrice rend
compte de la distance géographique ou temporelle séparant les
emplacements potentiels des points de demande. Plus précisément,
ces distances peuvent être mesurées en distance kilométrique
à vol d’oiseau, en cheminement piétonnier, en temps de conduite...
- la règle d’allocation : cette règle spécifie de quelle manière
les emplacements potentiels seront alloués aux points de demande.
On peut par exemple considérer dans le cas le plus simple que
chaque client fréquentera le point de vente le plus proche de
son domicile, la règle d’allocation étant alors la proximité
géographique. Il est possible d’envisager des règles plus complexes
à savoir par exemple que la fréquentation d’un point de vente
dépendra de la saison et se reportera sur un autre emplacement
à d’autres moments de l’année.
Ainsi, compte tenu de ces cinq facteurs décrivant entièrement
un modèle de localisation-allocation donné, l’espace commercial
peut être apprécié sous la forme d’un réseau constitué de nœuds
caractérisés par une certaine demande et/ou pouvant accueillir
un point d'offre, les segments liant les nœuds de ce réseau représentant
les éloignements. A ce réseau doit être néanmoins associé une
fonction objectif qui, exprimé le plus souvent sous forme mathématique,
spécifie la manière selon laquelle les clients opteront pour tel
ou tel emplacement potentiel. Dans le cas où n’existerait qu’un
seul point d'offre à localiser, le problème revient à le placer
virtuellement tour à tour à l’un ou à l’autre des emplacements
potentiels puis à choisir celui pour lequel la fonction objectif
est la plus favorable.
Tout se complique si l’on doit localiser plusieurs activités,
car le nombre de nœuds étant souvent élevé, il devient pratiquement
impossible physiquement, même avec des ordinateurs puissants,
de calculer la fonction objectif exhaustivement pour chacune des
combinaisons d’emplacements envisageables. Il a donc été développé
pour cela des solutions approchées par la mise en œuvre d’heuristiques
qui conduisent, non pas à une série de localisations optimales
mais tout au moins à un niveau satisfaisant de la fonction objectif.
L’un des premiers modèles de localisation-allocation a été développé
par Alfred Weber avec comme problématique la réduction du coût
total de transport de matières premières à l’usine et de l’usine
au marché.
2.1 Le modèle p-médian
La recherche opérationnelle en matière de localisations d'activités
a été l'une des préoccupations majeures dans de nombreux domaines
d'applications (logistique, transport, grande distribution, services
bancaires, assurance). En particulier, en ce qui concerne la localisation
de points de vente ou de services ou même d'entrepôts, une problématique
essentielle consiste à trouver les localisations pour un nombre
p d'activités devant fournir n clients de telle manière que la
somme de l'ensemble des « distances » (au sens le plus large du
terme), entre chaque activité et les clients, soit minimale.
Ce problème lié à un réseau discrétisé bien identifié est classiquement
connu sous le nom de p-médian [17]
[18] qui trouve son origine au début du XXème
siècle dans les réflexions d'Alfred Weber
[19] sur la meilleure manière de placer un centre
de production par rapport aux sources de matières premières.
En pratique, le problème du p-médian (nommé en abrégé p-MP) est
soulevé dans la plupart des réseaux qu'ils soient routiers, aériens
ou téléphoniques
[20]
[21] . Handler et Mirchandani
[22] ont dressé la liste très variée des applications
potentielles du modèle p-médian comme les décisions de localisation
pour les services d'urgence (police, pompiers, urgences médicales),
les réseaux informatiques et de communication (localisation des
fichiers informatiques sur une série de serveurs identifiés),
les applications militaires (centres stratégiques), les activités
de service public ou privé (les magasins, centres commerciaux,
postes), les activités de transport (arrêts de transport en commun,
entrepôts), l'intelligence artificielle et les modèles statistiques
(partition de nuage de points).
Mais, les applications dédiées à la distribution ont été mises
en uvre dans les années 1980 avec comme objectif principal
d'optimiser le nombre de points de vente et leurs emplacements,
connaissant la localisation précise des consommateurs, les coûts
de déplacement et éventuellement la demande
[23]
[24]
[25] . Le présent exposé même s'il se concentre sur
l'application à la localisation spatiale de services, pourrait
très bien être directement transposé aux autres domaines précédemment
cités.
Il existe bien entendu de nombreux autres modèles dits de localisation-allocation
que le p-médian, plus ou moins bien adaptés selon les cas. On
peut citer parmi eux le modèle p-centré [26] qui recherche les p localisations
les plus proches des clients: créer p activités, en assignant
chaque client à l'une d'entre elles, de telle manière que la distance
maximale de n'importe quelle activité à l'ensemble de ses clients
soit minimale. Cette problématique, dénommée également minimax,
cadre bien avec la localisation d'ambulances ou de stations de
pompiers qui doivent être les plus proches possibles de toutes
les zones d'intervention envisageables.
Bien que le modèle p-médian ne s'appuie que sur la notion de
distance (ou de coût de déplacement) entre clients et sites potentiels
d'activité, la compilation des données sur les localisations de
ces différents acteurs pour trouver une localisation proche de
l'optimal demande beaucoup d'efforts et de temps de calcul ainsi
que nous le constaterons plus loin.
2.2 Formulation mathématique du p-MP
La résolution du problème p-médian n'échappe pas à sa nécessaire
rationalisation consistant à l'exprimer en langage mathématique
: le p-MP sous-entend l'existence d'un réseau constitué de nœuds
ou points et de liens, ces derniers étant associés à un coût de
déplacement représenté par la distance di,j (distance du point
i au point j). L'objectif est ainsi de trouver un emplacement
optimal pour p activités au sein des nœuds du réseau en cherchant
à minimiser la distance totale entre les p activités et les clients
qui leur sont associés (un client est associé à une activité s'il
se trouve plus proche de cette dernière que de toutes les autres).
Les modèles p-médian pondérés et non-pondérés se différencient
par le fait que les premiers tiennent compte de la demande ai
au point i avec l'objectif de minimiser la somme totale des distances
pondérées par la demande.
D'une manière générale, la formulation mathématique du p-MP s'écrit
de la façon suivante [27] :
Minimiser ai dij
xij
représente la fonction objectif,
(1)
avec xij = 1,
" i, assure
que tous les clients sont assignés à une activité et une seule,
(2)
xij =
yj, " i, j empêche
d'assigner un client à une activité si elle n'est pas ouverte,
(3)
yj =
p, le nombre total d'activités
est p, (4)
xij, yj Qque soit
{0,1}, "
i, j nature binaire des
variables xij, yj (5)
où
Cette formulation suppose que tous les nuds du réseau
ont la qualité de localisation potentielle pour les activités
et que les p activités seront placées en des points distincts.
Dans le cas non-pondéré, les demandes ai sont toutes
égales à 1. Il est également possible dintroduire dans ce
modèle, un coût cj douverture des activités et
dans ce cas, la fonction objectif devient :
Minimiser ai
dij xij + cj yj
Ce coût est également susceptible de représenter un niveau de
préférence sur le choix géographique des implantations (chaque
implantation potentielle recevant une note en fonction de sa qualité
à pouvoir recevoir une activité). Mais, ces coûts liés aux nœuds
d’implantation doivent en tous les cas être mesuré sur la même
échelle que les distances di,j puisque ces deux quantités sont
additionnées dans la fonction objectif.
Le problème p-MP appartient à la classe des problèmes connus
comme étant NP-complets
[28]
: ses solutions issues d'algorithmes linéaires deviennent
insolubles au fur et à mesure que le nombre des variables (activités
et clients) augmente en progression exponentielle. En effet, selon
une logique d'analyse combinatoire, le nombre de solutions à examiner
est en fonction de n, le nombre de nuds, et p, le nombre
d'activités à placer : 
ce qui signifie par exemple que si l'on devait chercher à placer
15 points de vente au milieu d'un réseau de 100 clients et que
l'on dispose d'un ordinateur capable de réaliser un million d'opérations
par seconde, le temps requis pour parvenir à la solution optimale
serait de huit millénaires [29]
!
Dans le cas où l'on voudrait solutionner tous les problèmes
p-médian (p variant de 1 à p activités à placer) si on ne connaît
que le nombre maximum p d'activités à placer, le nombre de combinaisons
à étudier serait alors de:
Il existe un grand nombre d'heuristiques pour trouver une solution
acceptable au problème p-Médian malgré le fait que toutes ces
solutions ne convergent que vers des optima locaux et non vers
une solution globale et qu'il ne soit pas possible a priori de
connaître le niveau d'optimalité de cette solution.
2.3 Les algorithmes de résolution du p-MP
Dans les algorithmes de résolution fondamentaux, on trouve l'algorithme
flou, l'algorithme de recherche de voisinage, une heuristique
de substitution
[30]
et ses variantes
[31]
, cette dernière catégorie étant l'une des plus robustes
selon Densham et Rushton
[32]
.
D'une façon générale, les heuristiques se rangent en deux classes
[33]
: les algorithmes de construction qui permettent
de rechercher des localisations avec un degré d'optimalité faible
et les algorithmes d'amélioration destinés à améliorer
les résultats fournis par les algorithmes de construction. Alors
que l'algorithme flou est du type construction, l'heuristique
de substitution et l'algorithme de recherche de voisinage ont
une approche d'amélioration
Localisation d'une activité unique dans
la problématique du p-MP : le 1-médian
Examinons tout d'abord la recherche de solutions dans le cas
le plus simple, la localisation d'une activité unique ou problème
1-médian. Dans le cas où, plus de la moitié de la demande
ai
est localisée en un point, une des solutions optimales consiste
à placer l'activité en ce nud. Et si ce nud concentre
plus de la moitié de la demande, cette localisation est alors
la localisation optimale unique [34] .
La résolution du cas le plus général a été donnée par Goldman
[35]
. Elle consiste à choisir aléatoirement un nud
d'extrémité de branche sur le réseau et si au moins la moitié
de la demande n'est pas fixée en ce nud à le supprimer (ainsi
que le lien) et à reporter sa demande sur le nud suivant.
Si l'un des nuds du réseau concentre plus de la moitié de
la demande, alors l'activité est à localiser en ce point et on
peut calculer la distance totale pondérée par la demande.
Un exemple concret plus explicite selon Daskin [36]
est donné par le réseau suivant qui compte une demande
totale de 48 (la demande au point x est représenté par hx).
Aucun des nœuds ne compte plus de la moitié de la demande. Si
l'on considère donc le point A dont la demande égale à 10 est
inférieure à 48/2 = 24, on reporte cette demande sur le point
B en supprimant le point A, demande qui atteint alors 5 + 10 =
15 :
 |
| Figure 5 : Méthode de résolution
du 1-médian : étape 1 |
| |
 |
| Figure 6 : Méthode de résolution
du 1-médian :étape 2 |
La demande en B égale à 15 est toujours inférieure à 24 (comme
celle de tous les autres points). Supprimons alors le point D
où la demande, 12, est la plus faible en la reportant sur le point
adjacent C:
 |
| Figure 7 : Méthode de résolution
du 1-médian : étape 3 |
Comme les demandes de B, C et D sont toujours inférieures à 24,
supprimons E et reportons sa demande sur C. On s'aperçoit alors
que la demande de C égale à 33 est supérieure à la demande totale
divisée par deux (24), ce qui signifie que C est le point optimal
sur lequel doit être placée l'activité:
 |
| Figure 8 : Méthode
de résolution du 1-médian : étape 4 |
L'algorithme flou
L'algorithme flou consiste tout simplement à localiser les activités
sur le réseau une par une, puis à utiliser une procédure de voisinage
ou de substitution pour optimiser les localisations. Dans un premier
temps, on choisit donc le meilleur emplacement pour la première
activité ce qui est facile si on calcule la fonction objectif
pour chaque nœud envisagé en retenant le nœud pour lequel cette
fonction objectif est la plus faible. Ensuite, on localise un
deuxième point envisageant chaque nœud (sauf celui déjà occupé)
et en assignant à la localisation précédente, les nœuds qui lui
sont les plus proches comparés au nœud examiné.
 |
| Figure 9 : Organigramme de
l'algorithme flou |
La fonction objectif est calculée de la même manière et
on retient toujours comme second emplacement le nud pour
lequel cette fonction possède la valeur minimale.
Ce processus est réitéré autant de fois qu'il y a d'activités
à localiser.
Résolution par les multiplicateurs de Lagrange [37]
Une méthode de résolution appartenant aux algorithmes de construction,
plus classique mais moins performante, est représentée par les
contraintes du p-médian relaxées à l'aide des multiplicateurs
de Lagrange. Elle permet de transformer un problème contraint
en un problème sans contraintes
[38]
. Nous la mentionnons pour mémoire. Appliquée à la
relation (2) de la formulation générale du problème du p-médian,
une relaxation par les multiplicateurs de Lagrange devient:
Minimiser ai dij
xij + li
[1 - xij ]
(1)
= (
ai dij + li ) xij +
lI
avec xij
= 1, " i,
(2)
xij £
yj, " i, j, (3)
yj
= p, (4)
xij, yj Î
{0,1}, "
i, j (5)
Les coefficients li
considérés comme fixes sont appelés multiplicateurs de Lagrange
et la nouvelle fonction objectif à minimiser devient (1). En
appliquant une relation identique à la relation (3) de la formulation
générale du p-médian, on démontre que les multiplicateurs de Lagrange
peuvent être calculés à partir d'une formule récurrente, avec
des multiplicateurs initialisés à une valeur quelconque:
lin+1
= max { 0, lin - tn (Xijn - Yjn)}
avec
où tn : le pas de la procédure de Lagrange
à la nième itération,
an : une constante généralement prise
égale à 2,
UB : (upper bound) la plus petite limite supérieure de
la fonction objectif,
Ln : la fonction objectif de Lagrange
(1) ci-dessus,
Yjn : la valeur optimale de la variable
de localisation Yj
à la nième itération.
La méthode de résolution du p-médian par les multiplicateurs
de Lagrange a été récemment utilisée dans des travaux de recherche
en informatique pour déterminer sur quels serveurs en réseau il
était préférable d'implanter les informations pour obtenir des
traitements de calcul plus rapides au niveau de l'ensemble [39] .
Le même algorithme a été utilisé dans le même esprit pour améliorer
la configuration des réseaux de communication [40]
.
Une méthode de résolution générale et (presque) exacte des problèmes
de localisation développée par Homberg, Rönnqvist et Yuan fait
appel à l'algorithme par les multiplicateurs de Lagrange en parallèle
d'une procédure par séparation et évaluation (Branch and Bound
en anglais) dans le cas où chaque nud de demande est assigné
à une activité et une seule
[41]
.
La procédure par séparation et évaluation est une méthode
d'énumération implicite qui repose sur le principe de diviser
les solutions en paquets. Plus précisément, on divise l'ensemble
des solutions possibles d'un problème de localisation-allocation
(ou plus généralement d'optimisation combinatoire) en sous-ensembles
de plus en plus petits afin d'isoler dans l'un deux une
solution optimale.
Le parcours est représentable par un arbre avec comme racine
le problème de départ et toutes les combinaisons possibles, les
branches représentant les sous-problèmes correspondant à des sous-ensembles
de toutes les combinaisons admissibles.
L'exploration de l'arbre se fait vers des niveaux d'optimalité
des solutions obtenues croissantes et la partition des ensembles
de solutions (destinée à créer des branches) est produite en allouant
un ou plusieurs clients d'une activité à une autre si l'on considère
la solution explorée en cours.
Cette réallocation des clients se fait généralement par
un processus aléatoire. La recherche de Homberg, Rönnqvist et
Yuan montre que l'utilisation individuelle de la procédure par
séparation et évaluation (grâce à l'algorithme commercial CPLEX)
met jusqu'à 5 heures pour résoudre un problème de 30 activités
à localiser en prenant en compte la position de 300 clients alors
que la méthode associant cet algorithme avec les multiplicateurs
de Lagrange ne met qu'une heure pour obtenir des solutions généralement
meilleures.
On le voit, les meilleurs algorithmes de résolution même
s'ils tournent sur des ordinateurs puissants (un ordinateur Sun
Sparc 20/HS151 pour cette recherche) n'arrivent à résoudre dans
un temps raisonnable que des problèmes de localisation-allocation
de quelques centaines de nuds. Dans certains cas (1 cas
sur 71 cas étudiés), l'algorithme de Homberg, Rönnqvist et Yuan
ne réussit cependant pas à trouver une solution optimale et donc
ne peut être qualifié de méthode de résolution exacte.
Résolution par la méthode des algorithmes
génétiques
Les algorithmes génétiques se fondent sur la théorie générale
de l'évolution de Darwin selon laquelle les espèces vivantes progressent
en organisation et en complexité par la simple sélection naturelle
de leurs caractères génétiques les plus performants lors des phases
de reproduction.
Ainsi, ce principe qui optimiserait la configuration génétique
des systèmes vivants face à un environnement hostile serait tout
aussi bien capable de traiter des problèmes d'optimisation beaucoup
plus généraux tels que la résolution des problèmes d'optimisation
ou des modèles de localisation-allocation. Les premières applications
à ces cas datent des années 70
[42]
[43]
.
De manière analogue pour ces modèles, un individu ou une
solution se caractérise par son empreinte génétique ou sa structure
de données. Les opérations génétiques de croisement et de mutation
modifient les données ou chromosomes de chaque individu ce qui
permet en théorie de parcourir tout l'éventail des solutions possibles.
L'algorithme génétique va donc à chaque nouvelle génération créer
de nouvelles solutions mais aussi en détruire ainsi que le décrit
la théorie de la sélection naturelle
[44]
. La performance de l'individu ou l'optimalité de la
solution se mesure par le niveau de sa fonction objectif.
Dans un premier temps, l'algorithme génétique va générer
des solutions de manière aléatoire, puis il va les laisser évoluer
jusqu'à obtenir les meilleures solutions possibles.
Pour utiliser avec succès un algorithme génétique, il est
nécessaire :
- de réussir à coder les solutions en des ensembles de
chromosomes,
- de partir d'une population ou de solutions de base,
- de disposer d'une fonction objectif qui va mesurer
le niveau d'optimalité de chaque solution,
- de décider comment sélectionner les chromosomes les
plus performants,
- de décrire les opérateurs génétiques ou le mode d'échange
des données,
- de spécifier les paramètres de l'algorithme tels que
taille de la population initiale, probabilités de croisement
et de mutation,
- de donner un critère d'arrêt de l'algorithme.
Le codage d'un
modèle p-médian est une succession binaire de 0 et de 1 correspondant
à l'absence ou à la présence d'un point de vente dans la liste
des nuds du réseau. Les caractéristiques des solutions de
départ et leur nombre (population de départ) peuvent être tirées
au hasard ou bien déterminées par une autre heuristique du modèle
p-médian. Dans ce dernier cas, l'algorithme génétique constituera
une procédure d'amélioration de la solution.
La fonction objectif du p-médian nous conduisait à minimiser
la quantité :
L'évaluation la
plus simple de la force de l'individu ou optimalité de
la solution consiste à prendre l'inverse de la fonction objectif
que l'on cherchera à maximiser :
La sélection va déterminer à partir de quels individus on va
construire la génération suivante. On utilise assez souvent la
roue de Goldberg
[45]
qui consiste à tirer les solutions sur une roue de
loterie sur laquelle les individus sont représentés sur une surface
proportionnelle à leur force ou optimalité.
De cette façon, les individus les plus forts auront à l'étape
ultérieure de croisement et de mutation, une représentativité
plus forte avec un nombre de copies plus importantes au sein de
la population.
Le croisement consiste alors à échanger des paquets
de données (des suites de 0 et de 1 découpées dans la solution)
entre des paires d'individus.
La mutation consiste à basculer dans notre cas un
0 en 1 ou réciproquement un 1 en 0 en de très rares occasions
selon une probabilité de mutation fixée à l'avance. Cette procédure
permettrait d'explorer toutes les solutions en évitant d'emprisonner
la recherche dans un maximum local.
En pratique, les chromosomes sont tirés de façon aléatoire
et sont remplacés par un chromosome d'une autre valeur toujours
prise aléatoirement. Enfin, le nombre maximal de générations correspond
au nombre d'itérations que l'on se fixe pour stopper la procédure.
Tous les paramètres de l'algorithme génétique sont fixés
empiriquement. Une population de 20 à 1000 individus qui en général
reste stable au fur et à mesure des générations, satisfait généralement
la résolution de tous les problèmes. Une taille de population
trop faible ne permettra pas d'explorer tous les champs de solutions
possibles alors qu'une taille très élevée nuira à la rapidité
d'exécution.
Les moyennes des probabilités de croisement oscillent entre 0,65
et 0,9 : une probabilité élevée favorisera l'examen d'un grand
nombre de solutions, mais une probabilité de croisement excessive
risque d'emprisonner la recherche dans des maxima locaux. Une
certaine probabilité de mutation [46]
est au contraire nécessaire pour réussir de temps en temps à générer
des individus hors-normes qui sont susceptibles de constituer
des super-solutions au problème. Ces solutions bien meilleures
ne sauraient dans certains cas être générées par des simples transformations
de croisement. Il reste que la probabilité de mutation doit rester
faible, de 0,001 à 0,2 voire 0,1 à 10 pour ne pas entraver le
processus normal de reproduction et d'empêcher l'algorithme de
converger vers un optimum [47]
.
Outre ces paramètres fixés empiriquement, il n'existe pas à l'heure
actuelle de critère de convergence efficace pour stopper le processus
dès qu'une solution intéressante est atteinte. Il est donc indispensable
de déterminer au départ le nombre d'itérations au bout duquel
on arrête l'algorithme [48]
.
Les algorithmes génétiques sont généralement particulièrement
recommandés dans les problèmes pour lesquels n'existe aucune autre
méthode de résolution ou bien pour lesquels les méthodes existantes
n'offrent que des solutions approchées comme les modèles de localisation-allocation [49]
.
Les algorithmes d'amélioration
- L'algorithme de recherche de voisinage [50]
Dans l'algorithme de voisinage, on considère le
voisinage de chaque localisation d'activité, c'est-à-dire l'ensemble
des nuds qui lui sont le plus proche et on calcule dans
ce voisinage une localisation améliorée par l'algorithme du 1-médian
vu précédemment. L'algorithme de voisinage peut être utilisé comme
algorithme de construction si l'on démarre la recherche de localisation
avec une configuration aléatoirement choisie.
- L'heuristique de substitution [51]
On procède à l'heuristique de substitution en supprimant
tout à tour chacune des p activités déterminées dans la procédure
initiale de localisation, ensuite en recherchant le meilleur autre
emplacement pour cette activité supprimée par une simple énumération
et en calculant la fonction objectif correspondante. La recherche
d'une valeur plus faible de la fonction objectif parmi celles
calculées en recherchant une nouvelle localisation pour chaque
activité déjà déterminée donnera éventuellement une configuration
améliorée par rapport à celle obtenue à l'étape précédente.
Les variantes des algorithmes d'amélioration
La variante très proche de l'algorithme précédent, donnée par
Goodschild et Noronha
[52]
, revient à identifier le nud d'activité et le
nud libre dont la substitution offre la fonction objectif
la plus basse. Si la fonction objectif a tendance à diminuer par
rapport à la solution trouvée initialement, alors ce nouvel emplacement
peut être considéré comme un optimum local.
Une autre variante des algorithmes d'amélioration consiste à
travailler au niveau global, puis régional [53]
. Considérons l'ensemble des nuds occupés par
une activité S et celui des nuds non occupés (V-S) avec
V l'ensemble de tous les nuds. Si un nouveau nud est
mis dans l'ensemble S, on appelle cette procédure ADD alors que
si on retire un nud de l'ensemble S, cette procédure est
nommée DROP. Dans la première phase globale, on réalisera une
séquence de DROP et d'ADD jusqu'à ce que l'on ne trouve plus d'amélioration
à la fonction objectif. Dans la phase locale, on décomposera le
réseau en p problèmes 1-médian que l'on résoudra par l'algorithme
de voisinage explicité précédemment.
Enfin, la procédure "Tabu" mise au point par Rolland,
Schilling et Current
[54]
utilise un temps dit tabou, mesuré en nombre d'itérations,
durant lequel il est interdit de pratiquer une procédure DROP
sur un nud incorporé à l'ensemble S par une procédure ADD
(le compteur d'itérations est initialisé dès que ce nud
est placé dans l'ensemble S). Cette durée "taboue" fixe,
aléatoire ou dynamique durant le fonctionnement de l'algorithme
doit être écoulée pour avoir le droit à nouveau de supprimer le
nud de l'ensemble S. Ce programme d'amélioration semble
enregistrer de meilleurs résultats que les heuristiques déjà citées.
2.4 Les autres modèles de localisation-allocation
Le modèle p-centré cherche la configuration pour laquelle
la distance entre chaque point de vente et le plus éloigné de
ses clients soit minimale. Ce modèle est particulièrement indiqué
pour placer des services d'urgence, des hôpitaux ou des casernes
de pompiers étant donné une population.
Le modèle de couverture maximale [55] vise à assurer que la majorité des clients sont à une
distance maximale au moins d'un service donné : si cette condition
est bien vérifiée, on dit alors que l'ensemble des clients est
couvert : ces modèles sont indiqués pour placer des services généraux
du type poste, trésorerie, services de mairie et administrations
d'une manière générale. Les algorithmes de résolutions de ces
autres modèles de localisation-allocation se calquent sur ceux
du p-médian.
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