| English Home | Contact | L'auteur |

Marketing strategique, cours marketing et SI Marketing
 
 

On s'arrête ici en particulier sur, d'une part, la vente de solution, qui " s'appuie sur l'intimité client pour mettre en oeuvre une vente consultative qui, en final, se traduit par une transaction portant sur des systèmes " et, d'autre part, sur l'offre créatrice de projets, où il s'agit de créer le projet

 

 Accueil | Textes | Articles | Livres | Archives | Liens | Newsletter | Stats | Jobs | Blog |

 

 Recherche & Newsletter

 
 

Par Laurence Lecoeuvre [Professeur permanent ESC-Lille] & Philippe Deshayes [Professeur à l'Ecole Centrale Lille]

 

 


 Vente de solutions et Projets de Marketing
Vente de solutions et Projets de Marketing

VENTE DE SOLUTIONS, OFFRE CREATRICE DE PROJETS ET MARKETING DE PROJETS (PARTIE N°4)

2 -3 - VENTE DE SOLUTIONS ET OFFRE CREATRICE DE PROJETS

Prenons l'exemple d'une filiale d'un groupe industriel automobile qui réalise des moules (capables de production série) et les pièces plastiques correspondantes (prototypes ou séries de faibles quantités). Elle fait l'expérience d'un procédé encore très peu développé dans le métier à cette période -1998 /1999- pour des pièces destinées aux châssis des minicars.

 
 
   
  Il est à l'époque rare de trouver des véhicules dont les éléments de carrosserie extérieure sont en plastique ou dérivé plastique ; cela reste généralement réservé à certains modèles de luxe. Devant les avantages conférés par ce procédé et le succès technique du dérivé expérimenté, la décision est prise dans le groupe fournisseur de capitaliser sur la démarche projet correspondant à ce process et de la proposer auprès de constructeurs européens, pour, désormais, l'adapter aux situations des véhicules de gamme moyenne dont le potentiel est bien plus important.  
   


Mot clef   

 

 

Courriel   
Courriel   


un site du French Web 2.0
 
     
   

L'objectif est que la proposition du processus projet et son adaptation à cette gamme moyenne, génère un ou des projets dans lesquels le groupe sera totalement impliqué auprès du constructeur. C'est alors que les veilles commerciale et technologique, notamment les études de marché, les visites de salons et les rencontres avec des experts, montrent qu'un constructeur européen en particulier, s'intéresse, de façon plus manifeste que ses confrères, au plastique pour la carrosserie extérieure. La démarche projet peut donc le toucher. Or la difficulté majeure à cette phase marketing de projets, est de s'adresser aux bonnes personnes afin de susciter la demande, et les accompagner pour que le besoin de projet soit finalement formulé sur la base de l'expertise du groupe quant au processus d'adaptation du procédé (argumentée en particulier d'après les réalisations en France).

C'est en fait la veille technologique associée au réseau, qui vient lever l'obstacle : les ingénieurs Etudes du département R & D du groupe travaillent en effet sur ce système depuis de longues années avec un groupement d'experts développeurs, reconnus en Europe pour leur spécialité et leur expertise en matière de recherche plasturgique. Et ce réseau de développeurs français, dont la parole fait référence dans le métier, provoque le premier contact : confiants dans l'expertise de la filiale industrielle et grâce notamment à l'action d'un de leurs (ex) ingénieurs, les responsables développeurs proposent d'organiser une rencontre avec les bons interlocuteurs chez le constructeur ciblé. Il est impossible de relater les différents développements de l'histoire, mais retenons qu'au final l'idée d'application de la démarche projet suscite de l'intérêt alors qu'auparavant rien de tel n'était envisagé.

L'idée est débattue au cours de plusieurs rencontres, sur les différents sites client et fournisseur. A l'issue des différentes étapes qui couvrent une année entière, un projet (dont il nous est encore aujourd'hui impossible de prononcer le nom et l'origine du pays) est créé, développé techniquement et économiquement en commun ; les techniciens de part et d'autre évoluent suivant un processus d'apprentissage collectif et interactif. Le projet (réalisé pour le compte du département études et développement du constructeur) aboutit, certes non sans mal. Et l'origine de ce projet reste incontestablement la stratégie d'offre créatrice de projets. Selon Dessinges (1990, p. 89) et à la lumière de l'exemple ci-dessus, il s'agit " de créer la demande en proposant une offre de projets avant que l'acheteur potentiel n'ait clairement formulé son besoin ". Dans cette situation d'offre créatrice de projets, le but est de créer le besoin de projet, nous sommes donc dans une " perspective constructiviste " ; le fournisseur va induire la demande en reconnaissant une idée de projet qu'il a vécu dans une autre société cliente, ou qui pourrait présenter une opportunité pour ce client jusqu'alors " inconnu " (" unknown " in Cova, Hoskins, 1997, p. 547 et 552) [7].

La précision du " unknown " parait ici intéressante si l'on compare à la situation précédente de la vente de solutions. Pour rappel l'approche de vente de solutions se veut basée sur un relationnel approfondi bâti dans le temps et sur la confiance mutuelle, qui ne peut se gagner que par des échanges relationnels, sociaux, intellectuels et transactionnels réguliers, ayant déjà prouvé la valeur ajoutée apportée par le fournisseur au client dans d'autres contextes, et ayant déjà démontré sa connaissance et la compréhension des enjeux de son client. Or, dans le cas de la stratégie d'offre créatrice de projets, le client peut être découvert après l'idée de projet potentiel. Aussi la rencontre avec le client peut-elle comporter une dimension plus opportuniste.  

  unknown
Le Marketing de l'inconnu

Ainsi un fournisseur ayant réalisé un projet A chez un client avec succès, va chercher à rentabiliser ses investissements humains, financiers, les différents frais liés à la recherche et au marketing ; il va en outre tâcher de promouvoir son image et de développer son portefeuille clients sur la base de ce projet A : il va donc tenter de capitaliser l'expérience de la démarche projet A en la proposant auprès d'autres clients potentiels -qu'il connaît peu ou ne connaît pas, mais qu'il aura découvert à partir d'un fichier, d'une étude, d'un réseau, etc…- et créera ensuite les projets A', A'', voire B… basés sur le process du projet A.

Certes un dialogue reste ensuite essentiel pour re-" construire " la demande en interaction client / fournisseur (Azimont et Al., 1999, p. 136). Cette démarche impliquera une dimension d'apprentissage au sein du marketing de projets, mais l'enjeu premier pour le fournisseur est de prouver à ses interlocuteurs qu'un problème comparable a été solutionné chez un autre client -qui présente, ou non, les mêmes caractéristiques- grâce à un processus projet, une démarche qu'il maîtrise et qu'il va adapter à leur situation pour générer leur propre projet. L'on est bien en situation de conquête clientèle. Aussi, dans ce contexte, " le fournisseur refuse[-il] de réagir de façon behavioriste au stimulus [d'un] appel d'offres " (p. 136) ; au contraire, la démarche est " pro-active " par opposion à l'approche classique qualifiée " d'approche réactive de la sous-traitance " (Dessinges, 1990, p. 83). En outre, et on le voit bien à travers le dernier exemple, même si elle se place dans une dimension opportuniste, l'offre créatrice de projets - de la même façon que cela fut souligné pour la démarche de vente de solutions- se situe dans le cadre d'une stratégie de réseau [8], au sein d'un " milieu " [9]. Cette approche n'est en effet possible que si le réseau d'alliances est préalablement " tissé " autour du " futur client ", que les décideurs sont repérés. Il s'agit alors " d'orienter le projet vers des solutions techniques où le groupement est leader " (Dessinges, 1990, p. 83).

Ainsi, d'après Hoskins et Cova (1997, p. 555), la situation optimale pour l'offre créatrice reste, bien sûr, un réseau relationnel fort et des interactions client/fournisseur élevées, même si, au final, d'autres clients apparaissent. En effet, même dans le cas où le fournisseur n'a pas eu de contact direct avec le client, il a des relations suffisantes avec d'autres acteurs du réseau qui jouent un rôle non négligeable pour le projet. Le fournisseur peut alors participer de façon indirecte sur la définition du process et en conséquence influencer les conditions de l'offre. En se dotant d'un réseau relationnel fort au sein de son environnement technologique, marketing, commercial et financier, le fournisseur se positionne de façon idéale pour anticiper le projet et modifier les règles du jeu [10]. Car, en effet, " les règles de concurrence actuelle doivent inciter les entreprises à resserrer leurs relations avec leurs clients et fournisseurs " et la participation des entreprises à des réseaux de coopération implique " d'accepter un certain nombre de règles du jeu, à la fois en termes d'obligations mutuelles et de procédures " (Moati, 2002, p. 151 et 152). L'on peut ici se tourner vers " une approche de l'influence permettant de jouer à la fois du pouvoir et de la confiance " (Bansard, 1999, p. 188). Ces échanges et interaction au sein du milieu sont d'ailleurs caractéristiques du B to B aujourd'hui (Ford, 2002, p. IX et XIII ; Turnbull et al., 2002, p. 5).

Ainsi les deux démarches correspondent bien à la certitude partagée par tous les spécialistes et professionnels en B to B qu'une firme n'a pratiquement aucune chance de remporter une affaire, de vendre son idée de projet si elle ne fait que répondre à un appel d'offres émanant du client, sans s'y être intéressé avant ; et c'est tout autant une caractéristique du marketing de projets ou du marketing d'affaires [11] (Cova, Salle, 1999, p. 30).

Comme pour le marketing de projets, nous avons mis en avant, dans les paragraphes précédents, les différentes phases de marketing de projet, et il s'avère que les démarches de vente de solutions comme celles d'offre créatrice, interviennent selon cette " temporalité spécifique " [12] aux projets : en phase " hors projet ", en phase " amont du projet " (marketing du projet) et en phase " dans le projet " (marketing dans le projet) et ce, que la stratégie soit plutôt de conquête ou intégrée dans un processus de flux relationnel continu. Il semble pourtant que, pour ces deux approches, le travail hors projet et en amont soit très développé et plus spécifique : il correspond d'ailleurs à " une perspective de façonnage des affaires, […] de montage de projet" (Cova, Salle, 1999, p.152). En effet, en vente de solutions, le travail relationnel et transactionnel en hors projet est évident : le fournisseur travaille déjà avec le fournisseur dans d'autres contextes que la solution qui va s'acheminer, donc dans d'autres conditions que le projet en question. De la même façon le travail de maîtrise d'un processus projet à adapter et de l'insertion au sein d'un réseau d'acteurs influents en stratégie d'offres créatrice en hors projet et en amont est primordial.

    
 
  {Body Text 2}       
 
Ière partie
IIème partie
IIIème partie
IVème partie
Vème partie

[7]  extrait de la version originale : " In so doing the contractor induces a demand by recognising a project idea corresponding to a problem which remains to be clearly defined by a customer or which might represent an opportunity for an, as yet, unknown customer "

[8] Voir à ce sujet les travaux de Bansard (1999, p. 183 à 193)  

[9] "Un milieu est défini comme un ensemble localisé d'acteurs qui, par la fréquentation ou par le simple fait de vivre dans une même région, ont un respect professionnel mutuel. A partir de cela et de savoir-faire proches ou complémentaires, d'une part ils construisent une représentation convergente des contraintes et des opportunités qui apparaissent dans l'environnement technique et de marché et d'autre part, ils développent ensemble et de façon interdépendante leur savoir-faire et les règles professionnelles qui les accompagnent " (Crevoisier, 1994, p. 36)

[10]  Extrait de la version originale : " where a contractor has achieved a strong network position, it is ideally
placed to anticipate the project and modifiy the rules of the game "
[11] Le terme affaire, qui " traduit la perspective du fournisseur face à un projet chez un client " et le terme projet
sont souvent employés " de façon indifférenciée " (Michel et al., 2000, p. 391) dans les ouvrages comme sur le
terrain. Il conviendrait d'explorer de façon plus approfondie les relations, recouvrements et/ou différences entre
" affaire " et " projet ".
[12] Cette expression est empruntée à Cova et Salle (1999, p. 29) qui étudiaient alors le marketing d'affaires. Cf
également Lecoeuvre, 2002, note page 20 concernant l'utilisation indifférenciée des termes projet et affaire.

 

 

V O T R E  A V I S
 
 
 

 

En association avec  
  marketvente.fr  
  Manager-Go  
     
     
     
     
     

 Accueil | Textes | Articles | Livres | Archives | Liens | NewsletterStats |

       

Copyright © 1996-2008 Visionarymarketing.com Yann A Gourvennec

Template designed by Holden-vs-Ford.com © 2002