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Le basculement du marché Internet de l'accès bas-débit vers le haut-débit n'est pas qu'une amélioration technologique remarquable: il induit pour les acteurs du marché une rupture importante en terme d'enrichissement de leur offre et de gestion de leur relation clients

 

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Par Nicolas Bry, Expert Marketing des Télécoms

 
Le Triple play ADSL en mal de CRM
Triple self de Norman Rockwell

LES OFFRES "TRIPLEPLAY" ADSL EN MAL DE CRM

Le basculement du marché Internet de l'accès bas-débit vers le haut-débit n'est pas qu'une amélioration technologique remarquable: il induit pour les acteurs du marché une rupture importante en terme d'enrichissement de leur offre et de gestion de leur relation clients .

Comment tirer parti de cette nouvelle donne ? Après un panorama du marché et des enjeux, cet article se propose de revoir comment la recherche d'une augmentation du revenu généré par abonné (ARPU) conduit mécaniquement à l'enrichissement des services et à l'apparition d'offres groupées ou de " bundles Triple Play ".

 
 
   
  Il propose ensuite un modèle élargi de maximation des profits de la base de clients et précise ses implications sur le management de la relation client (CRM).  
   


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1 Panorama du marché et enjeux pour les FAI

Le nombre d'Internautes adoptant une connexion à haut débit est en très forte progression : 1,3 millions d'abonnés xDSL en 2002, près de 3 millions en 2003, la croissance s'accélère pour atteindre 6 millions d'abonnés en 2004 et 7 millions sur T1 2005. Les abonnés haut-débit représentent plus de 50% du marché de l'accès à Internet fixe : un effet de substitution du bas débit vers le haut débit se combine avec un équipement des nouveaux internautes directement en haut-débit. Le potentiel est encore important : moins de 30% des foyers français sont équipés en connexion haut-débit.

Chacun se réjouit de l'amélioration apportée par la rapidité du débit, la permanence de la connexion et une ligne téléphonique " à nouveau libre ". Ces bénéfices contribuent à amener une nouvelle frange de la population à adopter Internet et au développement de la " France numérique ". Les fournisseurs d'accès (FAI) voient également un avenir plus radieux se dessiner. Après un modèle Internet basé sur la gratuité d'accès (l'Internaute ne payant que le coût de la communication = " pay-as-you-go "), l'accès haut-débit impose un modèle basé sur un abonnement mensuel, générant un revenu bien supérieur aux revenus bas-débit et permettant de bâtir une base de clients bien identifiés.

    
 
 
Les revenus haut-débit dépassent nettement les revenus bas-débit
Evolution du prix d'accès à Internet
Source : ART enquête trimestrielle T4 2004

Ces revenus étaient attendus avec impatience : la construction de bases clients est très coûteuse pour les FAI en frais de marketing et de communication; les coûts d'acquisition peuvent varier fortement entre quelques dizaine et plusieurs centaines d'euros par client selon les campagnes (en moyenne 200 € par client).

2 Un développement inévitable des services Triple Play

Sur un marché en pleine croissance, les FAI visent en premier lieu l'acquisition de parts de marché et se livrent une guerre des prix sans merci . Le prix mensuel de l'accès haut-débit est en baisse de près de 40% en l'espace de trois ans, passant de 35 à 20 €.

Evolution du prix d'accès à Internet
Evolution du prix d'accès à Internet
Source : ART 2004

Cette guerre n'est pas sans impact sur le revenu généré par abonné. Or un client s'abonnant à un prix d'accès réduit ne coûte pas pour autant moins cher en frais d'acquisition et de gestion : face à des coûts qui ne baissent pas et afin de compenser la chute du prix d'accès, les opérateurs diversifient leurs revenus et basculent d'une offre d'accès à une offre multi-services : à l'accès Internet viennent s'ajouter la téléphonie et la télévision, rendues possibles par les nouvelles capacités des réseaux et techniques de compression (MPEG), c'est le Triple Play.

Free a été précurseur en France en ce domaine : son directeur, Michael Boukobza évoque un changement de métier et se présente comme un " distributeur de services DSL" ou " un distributeur de contenus " par le biais de la Freebox. Ses offres rencontrent un réel succès : sur 1 million d'abonnés ADSL Free, la grande majorité utilise le service de téléphonie sur IP (VoIP) et plus de 200 000 foyers ont activé l'offre de télévision, 96 000 ont choisi une option de chaîne payante. Cette offre a été rapidement suivie par France Télécom puis par Neuf Télécom : France Télécom compte 100 000 abonnés aux offres payantes TPSL et CanalSatDSL à fin T1 2005; Neuf Télécom indique que son offre de TV payante avec Canal+ intéresse 20% des clients elligibles.

Les services de voix et de télévision sur IP sont présentés les opérateurs de différentes manières. Free propose une offre groupée à 30 € : l'ARPU reste inchangée. Cegetel, Neuf télécom, Club Internet proposent les différents services séparément. Pour la téléphonie, il en coûte 10 € en plus de l'accès Internet. L'offre apparaît facialement moins chère, donc plus attractive, mais si le client ne souscrit qu'à une partie des services, l'ARPU est plus faible.

La marché italien, parti en avance, permet de tirer un premier bilan. Avec un système de services à la carte très diversifié, le FAI italien Fastweb a atteint un revenu par utilisateur élevé : environ 66 € par mois, dont 12 € pour les programmes vidéo à la demande et 20 € de télévision, à rapprocher du revenu généré par l'abonné français, autour de 25 € par mois. L'impact est aussi important sur la fidélité des clients : le taux de résiliation a été abaissé de manière remarquable à 7% alors qu'il est couramment à 20% chez les FAI français.

 

     
 
  3 D'une logique de services à une orientation client

Le développement des services se poursuit :

  • Le mode de consommation TV s'individualise, " la télévision comme je veux ", avec les services de vidéo à la demande, d'enregistrement (PVR) et de pause sur une émission en direct.
  • La qualité hautedéfinition en 16/9 est annoncée, en lien avec la pénétration des écrans plasma.
  • Le foyer se " numérise ", le consommateur peut écouter ses messages vocaux sur sa télévision, exploiter les contenus de son PC (photos, films, musiques) sur sa télévision ou sa chaîne hi-fi.
  • L'ouverture du marché de la mobilité permet d'aller vers le Quadruple Play, en ajoutant la téléphonie mobile au Triple Play ; des offres de convergence apparaissent où les communications émises depuis un mobile basculent vers le réseau fixe.

Pour valoriser une base clients devenue " capital " de l'entreprise et créer les conditions favorables à l'adoption des services, la logique de services doit être complétée par un changement de point de vue, en s'orientant vers ses clients (Customer Relationship Management). Cette orientation induit une adaptation continue des offres à des besoins ou à des comportements d'achats évolutifs, une acquisition et une gestion des clients plus sélectives et différenciées selon la valeur des clients dans le temps (Customer Life Time Value), une maîtrise de la relation, une focalisation sur la capture de la valeur, en cernant ce qui a du prix pour le client , en accompagnant l'évolution de sa consommation tout en préservant ses marges.

La relation client pèche actuellement sur les services d'assistance (hot-lines) : les clients ne sont pas satisfaits des horaires d'ouverture, du temps d'attente (facturé !), de la discontinuité de la relation (plusieurs interlocuteurs), de la durée des appels (15' en moyenne mais un appel peut atteindre 45' sans que le problème ne soit résolu) et de sa facturation. Le nombre de litiges traités par l'UFC (Union Fédérale des Consommateurs) augmente plus vite que le nombre d'abonnés à Internet !

L'enrichissement des services accentue le besoin de recentrage du service client :

  • Il implique une formation des téléopérateurs, l'organisation de cellules de deuxième niveau et de centres d'excellence, la révision des indicateurs et l'adaptation des systèmes d'information.
  • Le service client doit être déchargé, grâce à une information régulière pendant la période d'activation et à une orientation des demandes vers les canaux automatisés, Internet ou Service Vocal Interactif. Internet offre une prise en charge fluide et complète (e-sales+e-billing+e-care), est source d'économie pour le client et l'opérateur (moins de 1 € pour une transaction en ligne et 10 € par le centre d'appels) et de développement des ventes. L'automatisation doit se poursuivre au-delà du Web et permettre une simplification des processus de gestion de bout en bout.

Les clients des FAI sont aussi mécontents des frais de résiliation et des dates d'effet des demandes. Le traitement des résiliations doit se faire en amont, en identifiant au plus tôt les facteurs de risque et en développant les programmes de fidélisation ciblés, récompensant le potentiel futur du client, développant la confiance du client plutôt que l'enfermant, induisant un changement mesurable de comportement en travaillant sur ses critères de sensibilité aux offres.

Avec l'élargissement du marché, c'est un autre public qui apparaît, loin des jeunes technophiles " early adpoters " qui " bricolent " eux-mêmes leur ordinateur : pour eux, le fournisseur de services va devoir simplifier le parcours client et mettre en place un accompagnement cohérent et constructif au cours des différents contacts (customer experience), avec une évolution du discours, banissant les termes techniques et toute déconsidération de l'interlocuteur néophyte, établissant une relation de confiance propice à la souscription des nouveaux services.

La capture de la valeur vise à " coller " à ce que le client valorise, en maîtrisant sa rentabilité : doit-on garder son offre centrée sur la téléphonie si celle-ci perd de sa valeur aux yeux du client ? Quel service passe du domaine de la promesse à celui de la dette ? Comment accompagner la diversification des usages (communication, échanges en " peer-to-peer ", loisirs, vie pratique, santé) et partager la valeur avec ses partenaires ? Comment s'assurer que le client continue à souscrire aux services à forte marge ? L'évolution des offres des télécommunications vers l'audiovisuel peut changer la perception du consommateur sur la valeur attendue et ses critères de choix : garder le contrôle des services décisifs est un des prochains enjeux des fournisseurs de services.


Bibliographie :

  • Simon Glynn. 2004. "If a telecom company's assets really were its customers …" Mercer Management Consulting. 10p.
  • Adam Braff, William J. Passmore, and Michael Simpson. 2003. "Going the distance with telecom customers". The McKinsey Quarterly, 2003 Number 4. 7p.
  • Silviano Andreu, Enrico Benni, Wayne Pietraszek, and Hugo Sarrazin. 2004. "Automated self-service comes to Telcos". The McKinsey Quarterly, Web exclusive, February 2005 & Winter 2004 of Mc Kinsey on IT. 6p.
  • Scott Beardsley, Andrew Doman, and Pär Edin. 2003. "Making sense of broadband". The McKinsey Quarterly, 2003 Number 2. 10p.

 

 

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