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Marketing strategique, cours marketing et SI Marketing
 
  Paradoxalement, la faveur dont jouit l’abonnement est peut-être révélatrice d’une déresponsabilisation de nos contemporains. Evidemment, quand on s’abonne, on choisit. Mais encore faut-il savoir ce que l’on choisit...
 
 

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Par Jérôme Delacroix
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« Pas d’engagement, pas d’abonnement, la liberté totale », dit la publicité. Pourtant, aujourd’hui, nos contemporains semblent être abonnés à l’abonnement. L'objet de cet article est d'analyser les raisons économiques et sociales de ce phénomène et de tenter d'y apporter une interprétation comportementale. La première partie s'attachera à exposer les avantages de l'abonnement du point de vue du consommateur. Nous verrons ensuite que la demande des consommateurs rejoint les intérêts des industriels, au point qu'il est bien difficile de décider si c'est l'offre ou la demande qui est le moteur principal du phénomène. Quoi qu'il en soit, c'est le consommateur qui est le grand gagnant de cette évolution : la troisième partie en donnera quelques exemples. Enfin, l'article se conclura en essayant de comprendre les ressorts du développement de l'abonnement. Ne faudrait-il pas inverser le slogan, et déclarer : "Ni engagement, ni responsabilité, l'abonnement intégral" ?
 

Préliminaires : quel abonné êtes-vous ?

Analyse bien ordonnée commence par soi-même. Faites le test suivant : comptez à combien d’éléments de la liste vous êtes abonnés. Ajoutez un point à votre compteur pour chacun de vos abonnements :

  • le téléphone fixe ;
  • le téléphone mobile ;
  • des magazines presse : comptez un point par magazine que vous recevez régulièrement ;
  • Canal + ;
  • le câble ;
  • internet ;
  • le satellite : comptez un point par abonnement Canal Satellite et/ou TPS ;
  • le cinéma : possédez-vous une carte UGC illimitée ? Une carte Gaumont ?
  • les impôts : si vous êtes mensualisés, considérez-vous comme abonné au FISC ! : un point.

  • Résultats du test
     
  • Vous avez entre 3 et 5 points : vous faites partie de la catégorie des minimalistes, des ascètes ou des rebelles.
  • Entre 5 et 10 points : OK, vous êtes dans la moyenne.
  • Plus de 10 points : félicitations ! Vous avez une capacité d’organisation exceptionnelle pour gérer autant d’abonnements…

I. La demande d'abonnement

I.1. La société devient ultra-tertiairisée.

La prépondérance de plus en plus marquée de l’abonnement comme forme de consommation est révélatrice d’une société particulièrement tertiairisée. En effet, l’abonné consomme davantage une prestation de service qu’un bien physique :
 

  • il obtient de l’information régulièrement via les magazines qu’il reçoit ;
  • il accède à un monde de communication grâce à ses différents fournisseurs d’accès aux nouvelles technologies : internet, téléphone mobile ; 
  • il se cultive et se divertit grâce à la télévision et au cinéma.


I.2. Le consommateur exprime un besoin de reconnaissance, d’appartenance.

Les abonnés sont aussi des membres d’une communauté. C’est particulièrement vrai dans le cas de l’internet, puisque les fournisseurs d’accès se présentent généralement également comme des portails, avec tous les services communautaires que cela suppose : forums de discussion, discussions en directe, …

Par ailleurs, il y a une dimension affective dans l’abonnement. S’abonner, c’est aussi revendiquer une identité, c’est s’attacher à des signes, à certaines valeurs, notamment dans le cas de la presse.
 

I.3. Le consommateur pressé a besoin de simplicité.

Dans un monde de plus en plus complexe, les consommateurs cherchent à simplifier au maximum l’acte d’achat. L’abonnement constitue une bonne solution car il permet de remplacer une série d’achats sans cesse répétés par une souscription réalisée une fois pour toutes, et généralement poursuivie par tacite reconduction.
 

I.4. Le consommateur recherche une certaine constance, une continuité dans le temps.

Dans un monde où tout bouge et où tout s’accélère, de nombreuses personnes recherchent une inscription dans le temps, désirent poser des jalons durables, structurer leur environnement, y compris de consommateur. L’abonnement s’inscrit dans cette logique.

II. L'offre d'abonnements

Cependant, il convient de ne pas être dupe. Le consommateur n'est pas le seul qui pousse à la roue de l'abonnement. Les industriels y trouvent clairement leur intérêt, au point de susciter la demande du consommateur.

Pour un fournisseur de biens ou de services en effet, l'abonnement présente un triple intérêt : 

II.1. Fidéliser le consommateur

L'abonné est de fait un consommateur captif avec les avantages que cela suppose en termes de :
 

  • coûts d'acquisition : l'abonné est acquis une fois pour toutes pour toute la durée de l'abonnement ; lorsque celui-ci arrive à échéance, l'abonné se transforme en prospect hyper-qualifié, et il est beaucoup plus facile et moins coûteux de poursuivre la relation commerciale avec lui plutôt que de recruter un tout nouveau client ; 

  • marketing relationnel : l'abonné est un client bien connu, surtout s'il l'est depuis plusieurs années ; les offres auxquelles il a souscrit, les mailing auxquels il a éventuellement répondu, les données socio-professionnelles qu'il a pu fournir au moment de l'abonnement, tout cela forme un ensemble de données permettant d'envisager un marketing one-to-one avec lui. C'est par ailleurs une source de revenus supplémentaires, car ces données peuvent être revendues à d'autres sociétés commerciales ;

  • extension de l'offre : il est très aisé de proposer à un abonné des services complémentaires : abonnement à d'autres magazines de la même société (cas de la presse), services à forte valeur ajoutée (dans le cas de la téléphonie mobile, on pourra proposer à un abonné des services tels que le double-appel, l'assistante virtuelle, la facturation détaillée, …)


II.2 Lisser les flux financiers

Il est plus avantageux pour une société d'avoir des clients abonnés que des clients qui achètent au coup par coup. En effet, les abonnements engendrent des rentrées financières régulières, qui permettent une meilleure gestion du Besoin en Fonds de Roulement.

II.3. Banaliser l'acte de consommation

Le dernier avantage (mais non le moindre) de l'abonnement pour un industriel, c'est de banaliser l'acte de consommation : 

  • l'abonnement permet de lever le barrage psychologique du coût d'achat. 


Au lieu de proposer l'achat massif d'un appareil coûteux, l'industriel pourra proposer la souscription d'un abonnement à un ensemble de services, incluant l'achat à crédit du matériel. C'est par exemple la stratégie qu'a choisie Net-Up pour démocratiser l'informatique individuelle : un foyer hésitant à débourser 8 000 francs pour l'achat d'un ordinateur multimédia, 500 francs dans l'achat d'un modem, et 100 francs par mois pour l'accès à internet via un Fournisseur d'Accès, pourra choisir la solution Net-Up, incluant, pour 250 francs par mois : l'ordinateur (acheté à crédit), le modem, des heures de communication gratuites pour accéder à internet. C'est un bon moyen pour lever le frein que constitue l'investissement lourd en matériel informatique.

  • Pousser à la consommation.


Un abonné ayant payé son forfait mensuel a en effet tout intérêt à l'utiliser. Ainsi, on peut penser que les forfaits téléphoniques tendent à augmenter la consommation naturelle de téléphone d'un individu ; de même, les cartes d'abonnement au cinéma augmentent la fréquentation des salles.

 III. Le détournement de l'abonnement

L'abonnement aujourd'hui a pris l'aspect d'un vaste jeu de qui-perd-gagne. D'une part, le consommateur trouve son confort dans l'abonnement ; d'autre part, les industriels y trouvent eux aussi leur intérêt. Tout pourrait donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes économiques possibles, si les marchés n'étaient pas aujourd'hui clairement déséquilibrés en faveur du consommateur. Celui-ci est en effet en position de force pour détourner à son avantage les mécanismes de l'abonnement.

III.1 Acquérir à bas prix un produit à forte valeur ajoutée

Le consommateur a appris à profiter des offres d'abonnements pour empocher à peu de frais des matériels coûteux. Nombreux sont en effet les abonnés au téléphone mobile qui souscrivent un abonnement dans le seul but d'acquérir pour 1 FRF un téléphone qui en vaudrait 1690, et qui se désengagent dès que cela leur est contractuellement possible (généralement au bout d'un an). Le cas peut-être aggravé par l'existence de mauvais payeurs, qui décident de ne plus s'acquitter des mensualités de l'abonnement. Les coûts de récupération du matériel, ou de procédures judiciaires, peuvent s'avérer prohibitifs pour la société, qui risque de voir ses téléphones ou ses ordinateurs "s'envoler" sans avoir étés amortis par les mensualités d'abonnement.
 

III.2 Galvauder la prestation offerte

Un des risques que font courir les offres d'abonnement, c'est de dévaloriser la prestation aux yeux des consommateurs. Si je peux aller au cinéma autant de fois que je le souhaite pour 98 francs par mois, pourquoi rester jusqu'à la fin du film si celui-ci ne me plaît pas ? Je peux partir au bout de 15 minutes, cela ne me coûtera pas plus cher. Mais quid alors de la valeur artistique accordée au film ? Il ne s'agit plus de voir un film, mais de consommer du cinéma. Les chaînes de salles jouent cette carte, y compris dans leur communication. Un des spots vantant une carte illimitée déclare ainsi : " [vous devez partir ?] ce n'est pas grave, vous reviendrez plus tard". On peut se demander si, à terme, une telle stratégie ne finit pas par réduire la valeur perçue par le client dans l'offre, ce qui finit par minorer considérablement la variable Produit du mix marketing. (Voir à ce sujet l'article du Point "Cinéma : la chasse aux voyous", n° 1473, p.52)

III.3 Faire jouer la concurrence
 

Enfin, le consommateur a compris que son intérêt était d'être un zappeur, en sautant d'une offre d'essai gratuit d'abonnement à une autre. Ainsi, il est possible de surfer vraiment gratuitement sur internet, communications téléphoniques incluses, à condition de s'abonner à plusieurs Fournisseurs d'Accès gratuits et de passer de l'un à l'autre. De même, il suffit souvent de s'abonner à un fournisseur de biens ou services, puis à un autre, avant de revenir au premier, pour bénéficier indéfiniment d'offres de bienvenues particulièrement alléchantes. 
 

 
 

Conclusion : abonnement et engagement

Paradoxalement, la faveur dont jouit l’abonnement est peut-être révélatrice d’une déresponsabilisation de nos contemporains. Evidemment, quand on s’abonne, on choisit. Mais encore faut-il savoir ce que l’on choisit. Par exemple, les complaintes des abonnés au téléphone mobile quant aux clauses de leur abonnement ne sont recevables que s’ils ont attentivement lu leur contrat.

En fait, ce n’est pas l’abonnement qui est un refus de l’engagement. Mais l’acceptation de la tacite reconduction peut, à l’extrême, être associée à un endormissement du consommateur. En effet, s’abonner à un service, à une source d’information, c’est donner sa confiance une fois pour toutes ; c’est aussi s’abonner à une idée, et refuser de la remettre en cause pendant toute la durée de l’abonnement. 

Certes, un abonnement se résilie. Mais combien de consommateurs insatisfaits du montant de l’abonnement facturé par l’opérateur de téléphone historique continuent à renouveler leur abonnement, alors que des solutions alternatives existent : téléphone mobile, téléphonie par internet, notamment. De même, combien de personnes n’entend-on pas critiquer leur médecin généraliste de famille, tout en continuant à faire appel à lui ?

La citoyenneté n’a jamais été autant à la mode. On prône l’entreprise citoyenne, on s’alarme de l’abstention des citoyens lors des consultations électorales, on s’inquiète du taux anormalement bas de syndicalisation dans les entreprises du privé.

Le consommateur, lui, s’abonne. Et qu’on ne le réveille pas.

 
     

 

V O T R E  A V I S
 
Le Webring du Marketing

 

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