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Orientés
vers l’intérêt général ou l’intérêt d’un groupe, les réseaux
formels et informels existent de tout temps. Les réseaux
informels, quant à eux, ne sont pas une invention de la
postmodernité. Il est sans doute dans la nature sociale
des humains de s’entraider et de se compléter, dans une
sorte de chaîne de solidarité, lorsque les structures
en place ne permettent pas au groupe ou à un individu
à l’intérieur du groupe œuvrant pour l’intérêt général,
d’atteindre ses objectifs. Le réseau informel est un outil,
probablement aussi vieux que l’humanité. A chacun de savoir
utiliser cet outil selon son éthique personnelle. Mais
cet outil est puissant, car il se joue – sans toutefois
toujours se moquer – des hiérarchies qui placeraient les
jeux politiques au-dessus de tout. Les réseaux informels
sont les moyens de réaliser de grandes choses, de dépasser
les clivages, surtout lorsque les organisations sont déficientes
dans leurs processus ou leur fonctionnement. Surtout,
ils agissent comme des contrepouvoirs car – basés sur
la compétence de leurs membre et la cooptation – ils permettent
le changement, notamment en important des événements de
l’environnement extérieur, de l’écosystème. Parfois, ils
peuvent agir au contraire en contrepoids d u changement,
si celui-ci – mal engagé – mène au dysfonctionnement ou
au blocage. Quoiqu’on veuille, les réseaux informels sont
incontournables. Aussi vieux que la civilisation, ils
sont le résultat de la confiance que les hommes se donnent
pour réaliser des choses ensemble – bonnes ou mauvaises.
Nul besoin donc d’invoquer la nouveauté pour justifier
ce phénomène vieux comme le monde.
Figure 12 :Certaines organisations, notamment de très grande
taille savent placer les barrières (naturelles et artificielles)
qui permettent d’asseoir le pouvoir sur une forte notion
de mystère. C’est ce mystère qui entretient l’autorité,
car on craint plus ce qu’on (et qui on) connaît mal :
‘Il n’y a pas de grand homme pour son valet de chambre’ [51]
Toutefois,
ce qui est nouveau, c’est la rapidité avec laquelle on
peut construire son réseau en se jouant des frontières
et autres barrières, grâce aux outils mis à notre disposition
et à l’Internet. Mais il ne s’agit que d’outils, et croire
que tout le monde parle à tout le monde serait une erreur.
Ce qui est frappant cependant, c’est la propension à développer
des stratégies personnelles au-dessus, à côté, voire en
remplacement des stratégies hiérarchiques et sociales
qui donnent aux individus l’impression d’être prisonniers
d’un ordre qu’ils ne contrôlent pas. A la rigidité sociale
des temps révolus s’est sans doute substituée la crainte
du lendemain, la navigation en futur incertain, qui pousse
les individus à adopter des stratégies pour réduire le
risque en ne comptant que sur eux, en formant des réseaux
de résistance ou de conquête.
C’est
cette individuation (et non individualisation) que l’on
retrouve omniprésente dans les réseaux et que ces derniers
à la fois reflètent et favorisent.
Figure
13 :Le réseau est plus fort quand il se nourrit de l’extérieur
car il permet l’ouverture d’esprit et l’enrichissement.
Sans compter qu’il permet aussi de faire tomber certaines
barrières hiérarchiques.
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Encadré n°4 : 3ème exemple
marquant de travail en réseau : Visionarymarketing.com,
espace de collaboration d’experts du marketing
Depuis mars 1996 existe le site web http://visionarymarketing.com.
Conçu au départ comme un moyen de publier un document
de recherche (Le marketing finalitaire) il est au
fil des ans devenu un espace de coopération entre
chercheurs, praticiens voire même étudiants qui
partagent une même vision du marketing d’aujourd’hui.
Outre les amitiés qui ont pu se nouer au long de
la construction de ce site, de réelles collaborations
professionnelles ont pu déboucher grâce à son existence.
Les colonnes de visionarymarketing.com sont ouvertes gratuitement aux
contributeurs volontaires qui en feraient la demande
au travers du formulaire suivant : http://visionarymarketing.com/ffeedback.html
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Ainsi,
dans une remarquable boucle complexe, l’individu trouve-t-il
sa liberté dans le groupe qui existe en liant les individus.
Tout ceci n’est pas nouveau, mais il est sans doute devenu
plus universel et plus urgent pour tous ceux qui veulent
assouvir cet impérieux désir de liberté.
Il
n’est nullement surprenant de ce fait de voir certaines
organisations tenter d’apprivoiser ce désir de liberté
pour mieux le contenir, dans un souci pervers de contrôle
de l’incontrôlable, ce qui reviendrait à étouffer la créativité
sous prétexte de la conquérir, un peu comme si on voulait
s’approprier la sauvagerie du lion en le mettant en cage.
Dans tous les cas, pour en revenir à nos deux cas extrêmes
du début de cet exposé, ils traduisent à leur manière
l’embarras croissant d’un middle-management éventuellement
entraîné à régner mais pas à négocier son pouvoir, dans
une société où l’autorité – sans cesse remise en
cause – doit
se négocier, se prouver et se gagner.
Plus
que jamais, le management du futur sera affaire d’humain,
et non de structure, l’extrême vitalité des réseaux informels
est là pour nous le rappeler au quotidien.
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Encadré n°5 : 4ème exemple marquant
de travail en réseau : Les logiciels libres ou open source
QUELQUES BELLES REUSSITES DE RÉSEAU
Tout le monde a pu le constater – les ordinateurs
personnels, produits en voie de banalisation – coûtent de
moins en moins cher. Pour moins de 1000€ on peut même s’équiper
d’un superbe appareil plus que performant pour un usage
courant. Hélas, trois fois hélas, le logiciel – sans lequel
votre PC restera muet et inutile – qu’il faudra ajouter
à votre nouveau PC n’est pas offert pour ce prix. Et l’addition
est vite salée, en moyenne autant que le montant du matériel
suscité (rien que pour Windows XP Home édition, environ
180€ (version OEM) et 600€ pour la version Office XP Standard
française) juste pour l’essentiel. Une solution existe,
grâce à l’initiative de réseaux de programmeurs volontaires
qui oeuvrent au bien commun de la communauté des utilisateurs.
Et tout cela pour 0€ , à condition de s’investir dans le
téléchargement du logiciel [60 MO pour la suite bureautique
OpenOffice par exemple; mieux vaut s’équiper en haut débit].
Le principe parait bizarre vu de l’extérieur. Des jeunes
gens talentueux travaillent gratuitement jusqu’à rivaliser
(de façon parfois remarquable) avec les logiciels commerciaux.
Ce mouvement libertaire (dans le logiciel « libre », il
faut surtout entendre libre au sens de liberté de parole),
la Free Software foundation (FST, ou fondation pour le logiciel
libre) a été créé par Richard Stallman en 1984, en réaction
à la pression croissante sur les licences logicielles, afin
de retrouver l’esprit des années 70 où les développeurs
échangeaient librement leurs logiciels. Avec le logiciel
libre, le « client », possesseur d’une licence a le droit
de copier, packager, dépackager, repackager et redistribuer
le logiciel.
C’est pour cela qu’il existe autant de versions (appelées
justement « distributions ») de LINUX qu’il existe de groupes
prêts à adopter son « noyau » (kernel en anglais). Basé
sur la convergence d’intérêts, le concept du logiciel «
opensource » est fondé sur un cercle vertueux propre à faire
mentir les plus cyniques, qui pensent que le monde n’est
mu que par l’appât du gain. Une communauté de passionnés
se crée ainsi : (voir le schéma de la figure 14) qui se
tiennent les coudes et contribuent, en ligne et la plupart
du temps sans se connaître réellement, à l’enrichissement
du logiciel pour le bénéfice d’autres enthousiastes qui
utilisent ce logiciel.
Ce mode de fonctionnement défie la logique.
Quiconque a déjà conçu des logiciels, sait l’énorme complexité
de ce travail et les difficultés – souvent insurmontables
– à faire travailler dans un même esprit, maîtrise d’ouvrage,
maîtrise d’œuvre, décideurs et autres intervenants. Dans
le cas du logiciel libre, pas de logique projet apparente,
pas d’organisation et de contrôle, et pourtant que d’exemples
remarquables dus à cette méthode de travail en réseau informel.
Citons simplement ici quelques cas de réussite exemplaires
: tout d’abord – assez loin du grand public – le remarquable
serveur web APACHE, qui est le standard du web, entièrement
gratuit. Après quelques années où Microsoft a tenté d’imposer
quasi universellement son serveur web pour plateformes NT
[notamment dans les années de la bulle, où il était plus
important de bâtir un site rapidement que de l’inscrire
dans la durée], APACHE s’est finalement imposé grâce à sa
légendaire – et éprouvée – robustesse. Ainsi, alors que
de prime abord on aurait pu croire que l’organisation chaotique
du développement d’un logiciel libre pouvait mettre en danger
sa stabilité, l’inverse s’est imposé rapidement comme une
réalité du terrain. APACHE est souvent complété par les
logiciels MYSQL et les langages PERL et PHP (destinés à
construire des pages web dynamiques) pour former un tout
robuste, efficace, rapide, stable et techniquement irréprochable.
Nous avons pu ainsi tester le même service entre 2000 et
2002, développé une fois sous NT et une fois sous LINUX
‘avec APACHE, PERL et PHP) pour montrer que le service sous
LINUX n’avait été redémarré qu’une seule fois pendant sa
période d’exploitation, contre une fois par semaine pour
le système Microsoft. Parmi d’autres bons exemples beaucoup
plus proches du grand public, citons OpenOffice, une suite bureautique
gratuite et téléchargeable sur http://openoffice.org. Si
son esthétique est peut-être moins fouillée que celle de
MS Office XP, gageons que sa stabilité et sa qualité logicielle
– ainsi que sa portabilité, sa localisation et sa compatibilité
– sont remarquables. De quoi équiper tous les utilisateurs
qui, bien qu’exigeants n’auraient pas de quoi acheter l’équivalent
chez Microsoft. A noter également que le logiciel libre
n’obéissant pas à une logique de profit et de rentabilisation,
cela permet de développer des interfaces internationales
dans des langues qui ne trouveraient pas preneurs chez des
éditeurs classiques.
Ceci est un indéniable avantage pour le développement
de l’utilisation des logiciels dans les pays défavorisés.
Le logiciel libre montre ici son côté solidaire qui n’est
pas le moins intéressant. Il existe un exemple ultime et
remarquable de la coopération des acteurs, le WIKI sur lequel
Jérôme Delacroix prépare un ouvrage . (voir également l’encadré
6 présentant WIKIPEDIA).
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Encadré n°6 : 5ème exemple
marquant de travail en réseau : L’encyclopédie libre Wikipedia (http://www.wikipedia.com)
Extrait
de l’ouvrage de Jérôme Delacroix Les Wikis, à paraître
fin 2004 chez M2 éditions
« Un «WikiWikiWeb», ou plus simplement «wiki », est un
site Web dynamique dont tout visiteur peut modifier les
pages à volonté. Il s'agit d'un modèle coopératif et communautaire
de rédaction de documents et de travail en équipe. Sur un
wiki, n'importe quel visiteur a le droit de modifier la
page qu'il est en train de lire ou d’en créer une nouvelle,
sans contrôle ni modération : ses modifications sont instantanément
prises en compte et visibles par les autres utilisateurs.
Dans la pratique, un premier auteur apporte une information
ou rédige un article, un deuxième le complète, un troisième
corrige une erreur... Les wikis sont donc de formidables
outils de partage du savoir et de coopération, que ce soit
à l’échelle d’une organisation (entreprise, université),
d’une communauté virtuelle ou du Web tout entier. Le paradoxe
est que ce système ouvert et finalement très simple s’avère
beaucoup plus rapide et efficace que certaines suites collaboratives
complexes. Son postulat est qu’il est plus économique de
laisser le système ouvert et de réduire au maximum l’impact
des dégradations éventuelles que d’installer une sécurité
en amont qui ne ferait que dissuader les contributions positives.
En effet, rien n’est jamais « grave » sur un
wiki, car les versions successives des documents sont conservées
en mémoire sur le serveur, et il est donc toujours possible
de revenir en arrière. Le système repose sur la confiance
qui est accordée a priori à ses utilisateurs et sur le travail
de veille constant de la communauté qui peut remédier aux
erreurs ou actes de malveillance aussi facilement qu’ils
sont apparus. L’exemple emblématique des wikis est Wikipedia
, une encyclopédie libre, gratuite, collaborative et évolutive.
Comme tous les wikis, elle est une œuvre éminemment collective.
Chaque lecteur peut d’un simple clic se transformer en auteur.
Le wiki efface donc la frontière entre l’utilisateur et
le producteur d’informations. Le contenu de l’encyclopédie
est naturellement en évolution permanente : débutant avec
1000 pages en février 2001, Wikipedia a connu une croissance
exponentielle, pour dépasser 500 000 pages à l’heure où
sont écrites ces lignes ! Le projet, qui entre temps est
devenu le plus gros wiki du monde, s’est également internationalisé,
et se décline aujourd’hui dans plus de 40 langues. »
Pour vous informer sur la date de parution de cet
ouvrage, connectez vous sur le site du travail collaboratif
à l’adresse : http://cooperatique.com
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